UNIS CONTRE L'OCCUPATION (Gérard Bissainthe)

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UNIS CONTRE L'OCCUPATION (Gérard Bissainthe)

Post by admin » Sat Mar 06, 2004 10:14 am


UNIS CONTRE L'OCCUPATION

Récemment j'ai envoyé une lettre à tous ceux qui, s'identifiant comme Haitiens, de quelque bord qu'ils soient, pensent que ce sont les Haitiens qui doivent s'occuper des problèmes d'Haiti, que les Haitiens ont potentiellement les capacités nécessaires pour gouverner leur pays, sont prêts à quelques sacrifices pour arriver à ce qu'un jour Haiti soit gouvernée par les Haitiens.

Vous qui recevez aujourd'hui ce message, vous êtes de ceux qui ont répondu "d'accord" à cette lettre.

Entre-temps, les événements se sont précipités. Aristide est parti. Et nous sommes actuellement sous une occupation étrangère qui ne dit pas tout à fait son nom, mais sur laquelle personne ne se fait plus d'illusions.

Nous aurions pu nous dire "Nap bouché nin nou pou nou bouè dlo senti" [Nap bouche nen nou pou nou bwè dlo sant
i], si cette occupation pouvait nous tirer de notre marasme. Mais rappelons-nous que l'occupation de 1994 a laissé notre pays dans un état pire que celui où il était, lorsque les troupes étrangères sont arrivées. En fait c'est l'occupation de 1994 qui a créé le marasme épouvantable d'aujourd'hui. Cété trokette-la, kou lyè a, yo vini avec chaj la. [Se te twòkèt la, koulyè a, yo vini avèk chaj la.]

Notre salut ne viendra pas de l'étranger. Notre salut viendra de nous-mêmes.

Mais pour qu'il vienne de nous-mêmes, il faut que nous y croyions. Vous qui avez répondu "d'accord" à mon dernier message, que ce "d'accord" ne soit pas seulement la réponse impulsive et généreuse de quelqu'un qui voudrait bien faire quelque chose. Il faut que ce soit l'accord de quelqu'un qui est déterminé à faire quelque chose et qui est prêt à prendre les moyens appropriés pour arriver au but. Vouloir c'est pouvoir. Il n'y a jamais de cause perdue et quelques justes peuvent sauver une cité.

Ne v
ous laissez surtout pas aller au découragement devant ce qui se passe. Il fallait sans doute arriver au fond de l'abîme pour pouvoir remonter. L'essentiel c'est de remonter. Et nous allons remonter.

Nous choisissons la voie de la "résistance positive" qui sera d'abord mentale, en ce sens que nous refusons intérieurement, au plus profond de nous-mêmes l'occupation. Nous refusons le fait accompli de l'occupation, comme le propriétaire d'une maison qui voit sa maison occupée et qui ne reconnaît pas à l'usurpateur le droit d'être là. C'est le premier pas pour arriver à le chasser. Il faut commencer par là.

Une fois que la volonté existe de refuser l'occupation, elle doit se donner les moyens. Le moyen efficace est l'organisation. Nous devons nous organiser. L'organisation implique un mouvement qui n'a pas forcement besoin d'avoir la rigueur d'un parti politique. Ce peut être un mouvement informel qui n'est pas une organisations politique en ce sens qu'il ne vise pas à prendre l
e pouvoir, mais seulement à en finir avec l'occupation.

J'ai déjà proposé à quelques uns d'entre vous le nom "Mouvement du 29 Février 2004 pour une Haiti Souveraine". Nous pouvons l'abréger en "Mouvement pour une Haiti Souveraine"
(M.H.S.).

Restons-en, si vous voulez, à M.H.S. Les couleurs du MHS sont "le jaune et le vert".

Je vous prie, par retour du courrier, de me dire si vous êtes d'accord pour faire partie d'un mouvement "M.H.S." (Mouvement pour une Haiti Souveraine) qui se donne pour but

1. de refuser le fait accompli de l'occupation étrangère actuelle qui viole la souveraineté et l'indépendance de la nation haitienne;

2. de lutter par tous les moyens démocratiques contre cette occupation étrangère pour y mettre fin;

3. d'aider, si possible, à poser les bases d'un autre mouvement qui aura pour but la reconstruction d'Haiti.

Il est clair ici que l'engagement que vous prenez concerne uniquement le rejet de l'oc
cupation. Le point 3 laisse une ouverture à tous ceux qui le désirent, mais ce n'est pas obligatoire, d'entamer plus tard une action politique pour remettre le pays sur pied. Cette action pourra aussi bien être l'adhésion à un des mouvements politiques actuellement existants; toutes les options restent ouvertes, y compris, celle, une fois l'occupation terminée, de ne plus s'engager dans rien du tout.

Il est aussi clair que l'engagement dans le MHS est compatible avec tout autre engagement que vous auriez déjà, politique ou autre.

Donc ceux qui entrent dans le MHS se donnent la main pour le temps d'en finir avec l'occupation. Le MHS c'est une chaîne de l'eau pour éteindre un incendie. L'incendie éteinte, chacun pourra faire ce qu'il veut, ce qu'il a toujours fait ou quelque chose de nouveau.

Il est clair aussi que le MHS est en lui-même un mouvement collectif qui doit fonctionner selon les normes démocratiques. Seules les circonstances actuelles de dispersion (j'ai reç
u des réponses d'Haitiens vivant dans le monde entier) et d'urgence et les exigences de la sécurité imposent un fonctionnement pour le moment centralisé. Tous les mouvements de résistance dans le monde entier sont passés par là. Au fur et à mesure que nous avancerons, car nous devons avancer, une fusion ouverte des différents éléments de notre mouvance pourra se faire. La patience est aujourd'hui de règle.

Je suis sûr que l'accord que vous avez donné au début n'est pas le résultat d'un emballement passager. Ce qui se joue aujourd'hui est trop grave et trop sérieux. Il s'agit de l'Haiti que nous allons laisser à nos petits-enfants et petits-neveux, à la génération future, à ceux qui demain vont prendre la relève.

La victoire est possible. Arrêter l'occupation est possible et finalement beaucoup plus simple que vous ne le pensez. Agissons vite et vous verrez. Vos commentaires, critiques, suggestions seront toujours les bienvenus. Dialoguons, oui. Mais soyez direct. Evitons surtout de
passer notre temps dans des débats. Le danger n'est pas à nos portes mais maintenant dans la cité. Ne délibérons plus. Ne courons pas non plus après des solutions idéales. Soyons réalistes et pratiques.

"Du sol soyons seuls maîtres"
de ce sol que nous ont légué nos ancêtres. Nous tous qui sommes d'accord pour ne le laisser à personne qu'à nous Haitiens, estimons-nous mobilisés. Et mobilisés jusqu'à ce que le dernier soldat étranger ait quitté le sol haitien qui est à nous et à personne d'autre.

Vous m'aviez dit "d'accord" en ce qui concerne votre foi en Haiti et votre volonté de faire quelques sacrifices pour que notre pays reste libre. Je vous prie aujourd'hui de confirmer cet accord. Je ne compterai que sur ceux qui répondent à ce présent courrier. Quant aux autres, je regretterai seulement qu'ils aient fait un …"filalangue". Convaincu qu'il n'y a pas qu'une seule manière de lutter pour le pays, je pense qu'ils ont dû rejoindre d'autr
es formes de lutte; l'essentiel est de ne pas baisser les bras et s'ils continuent à se battre contre vents et marées pour la même grande cause, où qu'ils soient, je les salue.

A vous qui voulez adopter la forme de lutte que je propose ici, j'adresse d'ores et déjà mon merci au nom du pays. Que je vous dise tout de suite que vous n'êtes pas seul, que nous ne sommes pas seuls. De nombreux mouvements en Haiti surtout et à l'étranger sont avec nous. Comme aussi de très nombreuses personnalités. Pour des raisons d'efficacité nous ne publions encore aucun nom. Mais soyez certain d'une chose en nombre et en qualité nous sommes forts, en Haiti et à l'étranger.

Pour le moment "le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien". Pour le moment. Quand sera venue l'heure où pour faire du bien, le bien aura besoin de faire du bruit, le bien fera du bruit.

En attendant de vous lire, je vous prie de croire à mes sentiments patriotiques et cordiaux.

Gérard Bissainthe
r
bissaint@bellsouth.net
gerarbis@att.net
6 mars 2004

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