HPN wrote:Ottawa pressé d'enquêter en Haïti
Source : La Presse, 14 mars 2005
Le Canada doit exiger la libération immédiate des détenus politiques en Haïti, comme l'a réclamé l'ONU, et entreprendre le décompte exaustif des victimes des violences qui y déferlent depuis le renversement du président Jean-Bertrand Aristide en février 2004.
Une délégation ayant rencontré jeudi à Ottawa Denis Coderre, conseiller spécial du premier ministre Paul Martin sur Haïti, a formulé ces demandes hier lors d'une conférence de presse à Montréal.
«La situation est d'une extrême gravité après les événements du 1er décembre 2004 et du 19 février 2005 au Pénitencier national, et la vie des détenus d'opinion incarcérés depuis des mois sans procès a été menacée en trois occasions », écrit Ronald Saint-Jean, du Groupe de défense des droits des prisonniers politiques (GDP) en Haïti, dans une lettr
e ouverte adressée hier au premier ministre du Canada.
Le 1er décembre 2004, «plusieurs douzaines» de détenus ont été tués dans ce que le gouvernement intérimaire du premier ministre Gérard Latortue a décrit comme «une mutinerie», a rappelé Brian Concannon, de l'Institute for Justice and Democracy in Haiti (IJD), et membre de la délégation. «Aucune enquête n'a été instituée», a-t-il souligné.
Et le 19 février 2005 a eu lieu une étrange «tentative d'évasion» au terme de laquelle le premier ministre déchu, Yvon Neptune, et le ministre Jocelerme Privert se sont reconstitués prisonniers après s'être mis à l'abri. Ils ont évoqué une tentative de les assassiner à la faveur de cette « évasion » et ils font une grève de la faim depuis. Selon M. Saint-Jean, M. Neptune a été hospitalisé hier.
Denis Coderre répond
«En ce qui concerne l'impunité, la position du Canada est claire: c'est la tolérance zéro, tout comme le Canada appelle constamment au respect des droits de l'homme en Haïti
», a déclaré Denis Coderre à La Presse lors d'une conversation téléphonique.
«Je viens d'apprendre qu'Yvon Neptune n'est plus en prison mais à l'hôpital de l'ONU», a-t-il confié, soulignant toutefois qu'il n'était pas libéré en raison du processus judiciaire en cours. « Pour ce qui est de compter les morts, c'est une demande des partisans d'Aristide, qui refusent d'admettre que les deux camps ont du sang sur les mains », a déclaré le ministre.
Interrogé sur la doctrine canadienne du «droit de protéger» invoquée pour justifier l'intervention d'Ottawa en Haïti, M. Coderre a rejeté les enquêtes sur l'ampleur de la répression, comme celle menée en novembre par l'avocat Thomas Griffin pour l'Université de Miami. Il a affirmé que, selon ses informations, «la situation est meilleure aujourd'hui qu'elle ne l'était avant le départ d'Aristide». Il a aussi affirmé que le Canada « maintient le cap sur les élections prévues pour la fin de 2005 ».
Les fonds de l'ACDI
Pour Lo
vinsky Pierre-Antoine, animateur de l'ONG Fondation du 30 septembre (date du premier putsch contre Aristide, en 1991) réfugié aux États-Unis depuis février 2004, il s'agit de « mettre le gouvernement canadien face à ses responsabilités ».
«Le Canada finance la répression en Haïti. Plus de 10 000 personnes ont été assassinées depuis le 28 février 2004. Le carnage doit cesser», a-t-il affirmé.
Dans sa lettre à M. Martin, le GDP souligne que Neptune, alors premier ministre en exercice, fut arrêté sur la base d'une accusation de « génocide » lancée en mars 2004 par une ONG, la National Coalition on Haitian Rights (NCHR), qui, a-t-il dit, a été financée par le Canada par l'entremise de l'ACDI.
La porte-parole du NPD sur les Affaires étrangères, Alexa McDonough, a elle aussi demandé hier au Canada d'enquêter sur les violations des droits de la personne en Haïti. Elle a souligné que «les Canadiens veulent être certains que les fonds accordés par l'ACDI sont utilisés à bon escient» et «com
prendre le rôle d'employés du gouvernement du Canada qui, semble-t-il, travaillent au sein du gouvernement provisoire d'Haïti».
La veille, les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU avaient enjoint au régime Latortue de sévir contre les violations des droits de la personne et de libérer les détenus politiques.
Le bureau de M. Latortue a rejeté hier cet appel, affirmant que le gouvernement «respecte la démocratie et les droits humains».
Jooneed Khan