Edwin est un ami de longue date. Je tiens à lui adresser mes compliments et j'ose espérer qu'il pourra faire de ce poste plutôt honorifique jusqu'à date un ministère valable et effectif, valorisant ainsi les aspirations légitimes de tous nos frères et soeurs vivant à l'extérieur du pays... pour le moins qu'il commence cette noble tâche (je n'en connais pas de mieux qualifiés) et d'ores et déjà je m'avise de le seconder dans la mesure du possible.
Sans vouloir nullement m'engager dans la politique trop triste de notre pays d'origine, j'aurais préféré voir Edwin en tête de la diplomatie haïtienne en République Dominicaine, où il réside depuis bien des années, pour qu'un nouveau langage (et surtout une nouvelle attitude de l'Etat Haïtien) soit tenu vis-à-vis des infractions criminelles perpétrées régulièrement contre nos compatriotes les plus démunis vivant en République Dominicaine depuis des jours, des mois, des années, des décennies, voire même des générations. Nous avons toujours pensé les gouvernements haïtiens trop faibles à cet égard et ceci depuis le gouvernment de Sténio Vincent (au bas mot) qui a dû se soumettre à la plus ignoble promesse de réparations envers les familles affligées par le massacre de plus de trente mille de nos compatriotes, notre 9/11 à nous mais amplifié par un facteur de dix, au su de nos puissants voisins. Depuis lors, une menace de répétition pèse sur la main d'oeuvre haitienne en République Dominicaine qui pourtant a joué un rôle essentiel dans le développement de ce pays tandis que chez nous, cela a été une misère crasse et apparemment perpétuelle d'où notre faiblesse gouvernementale chronique dès qu'il s'agit de valoriser les droits de tous citoyens si miséreux qu'ils soient, et de notre quasi-absence sur le stage diplomatique.
Je le rappelle parce que si un homme tel que Edwin Paraison ne pourrait et ne pourra rien changer à cette équation sans une volonté politique extraordinaire réelle émanant du chef de gouvernement haïtien, au moins lui il a lutté pour le respect des droits de nos plus misérables compatriotes travaillant laborieusement sur les bateys dominicains sans compensation adéquate. Il a été décerné, je le rappelle, la grande estime du prix de la société "Anti-Slavery", ce qui lui a valu par son acceptation d'irriter la hiérarchie de son ordre épiscopalien en République Dominicaine et de perdre l'exercice de son sacerdoce. Mais ce sacerdoce, il l'a continué dans la pratique bien que sous d'autres formes dans sa vie privée tant que publique comme consul haïtien de la région de Baharona pendant bien des années. Des années où il a soutenu une association étroite avec les défenseurs des droits humains, dont je ne citerai pas les noms en ce moment pour ne pas leur causer de soucis inutiles, vu qu'ils en sont déjà accablés outre-mesure.
Oui, il est vrai que beaucoup souhaiteraient voir Edwin Paraison encore plus militant en paroles, alors qu'il s'évertue ces dernières années à promouvoir de façon pragmatique les liens culturels et intérêts d'échanges, type commerce et industrie, entre les deux pays, se partageant (très malaisément) une petite île et qui n'arrivent pas à se défaire de leur héritage colonial, de leurs suspicions, de leurs divisions, de leurs préjugés surchauffés et semblablement justifiés en maintes occasions par des actes tant arbitraires que déplorables, répétitifs et aussi prédictibles que profondément immoraux. Des actes odieux qui n'arrivent jamais à ébranler l'acharnement de certains politiciens dominicains contre la présence parfois illégale, il faut l'admettre, de nos compatriotes victimes d'une politique migratoire qui ferme les yeux à souhait... ou l'aveuglement ahurissant du prélat en tête de l'Eglise catholique dominicaine... ou la surdité de gouvernments homologues, de leurs chancelleries et ambassades, d'institutions civiques et entités politiques au civisme douteux qui préfèrent tout dénier comme l'autruche qui s'enfonce la tête dans le sable, dans l'idée de promouvoir leurs intérêts particuliers au lieu de ceux de tout un peuple.
Face à ces intérêts mesquins et souvent nocifs, Edwin Paraison a su préserver son intégrité morale mais aussi sa survie. Il s'est rangé fermement du côté des défenseurs des droits haïtiens avec tempérance et grande lucidité à travers les médias, bien que mettant surtout l'accent sur l'idéal d'une alternative à ce cheminement infernal que sont nos relations de peuples, une entreprise qui serait pourtant possible avec tant soit peu de bonne volonté de la part de nos gouvernments et sociétés civiles.
Au delà de ces espoirs nourris en vertu d'un changement éventuel des relations dominico-haïtiennes, nous espérons également, Edwin, que tu sauras encourager des relations franches et respectueuses entre l'Etat haïtien et les fils et filles d'Haïti qui le soutiennent, où qu'ils/elles aient choisi de vivre et cela en dépit de vagues, tempêtes et marées.
Guy S. Antoine
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