LeNouvelliste.com
Elles en ont parlé. Haut et fort. Le sexe de la femme en surface comme en profondeur... et avec tous ses petits surnoms pudiques, Magalie Comeau Denis et Paula Péan ont, pendant une cinquantaine de minutes, monologué autour du vagin. Une thérapie pour libérer l'esprit et l'âme des interdits. C'était ce lundi 2 avril 2007 au local de la Fondasyon konesans ak Libète (Fokal) dans « Les monologues du vagin » de Eve Ensler.
« Les monologues du vagin » sont issus d'une série d'entretiens (plus de deux cents), avec des femmes qui ont confié à l'auteur leurs joies leurs angoisses, leurs sensations, leurs traumatismes, leurs aspirations... La révolution sexuelle est vieille de plus de 30 ans, cependant le mot "vagin" reste encore un mot tabou, honteux, ou tout au moins "embarrassant", confie un critique. Dans ces monologues, les interrogations secrètes sur le « vagin » enfermées dans les esprits sont gueulées sur scène. Certains spectateurs paraissent choqués, d'autres se sentent amusés d'entendre autant de dires « interdits » sur le sexe de la femme. L'oeuvre d'Eve Ensler, une introspection, une libération, une thérapie sur la plus passionnante partie du corps de la femme.
Quand tombent les masques
Les voiles tombent. Les tabous et l'indécente pudeur par rapport au sexe aussi. Bas les candeurs. Bas les gênes. Les masques s'en lèvent. L'amende, que dis-je, le vagin, peut être un sujet de conversation. Aussi bien en privé qu'en public. C'est ce qu'ose proposer la poétesse, comédienne, scénariste et militante féministe américaine, Eve Ensler à travers « Les monologues du vagin ». Interprété par l'ex-ministre de la Culture et de la Communication, Magalie Comeau Denis, et Paula Péan sous une mise en scène de Michèle Lemoine, « Les monologues du vagin » ont fait sourciller, rire ou tout simplement le bonheur d'un beau public composé d'une centaine de femmes et d'hommes à la salle Unesco de la Fokal à la veille de la journée nationale de la femme.
Des femmes opinent sur « Les monologue du vagin »
« On ne pense pas assez souvent à parler "vagin" en sortant de son travail... et pourtant ! Ça fait un bien fou ! Surtout quand les actrices sont douées, que le texte est bon et que la connivence avec la salle fonctionne à ce point », opine une femme de 30 ans ayant assisté à une représentation de « Les monologue du vagin ».
« Les monologue du vagin », portés par une nouvelle distribution, font toujours ses petits effets. Parfois sérieux, souvent très drôle, jamais vulgaire, ce texte fait passer un bon moment : extrêmement intime, il ne met jamais mal à l'aise », poursuit-elle.
La finesse du ton, les regards et sourires complices des actrices font que cette pièce reste toujours pudique... même si elle va "au fond des choses", sans mauvais jeu de mots !
Un bon moment à passer entre copines, ou avec son amoureux... qui, vous le constaterez sans doute, ne rit pas forcément au même moment que vous !
Démystification du vagin
« Les monologues du vagin » ont pour qualité première la démystification du sexe de la femme, le vagin. C'est un discours amusant sur la façon d'appréhender l'anatomie et les plaisirs féminins.
« Les monologues du vagin » provoquent le fou rire grâce au ton naturel des entretiens et à la fraîcheur des interprètes, on s'y émeut énormément lorsque les sujets de viols et d'excision y sont abordés. La mise en scène est sobre mais efficace, et les 90 minutes semblent s'écouler trop vite. Bien que la représentation à la Fokal lundi dernier n'a duré que 50 minutes avec l'amputation du dernier acte sur l'accouchement.
Les deux interprètes (Magalie et Paula) ont chacune apporté leur touche personnelle. Délibération de l'une jointe aux sens super-naturels de l'autre ont fort ajouté au charme de ces entretiens.
Les spectatrices sont ravies, les quelques spectateurs le semblent aussi, bien que le spectacle eut la réputation d'un spectacle féministe.... En bref, chacun ressort avec un « petit quelque chose en plus », fait remarquer un spectateur.
Si le vagin pouvait parler...
« Que dirait votre vagin s'il pouvait parler? », les marques d'étonnement de la plupart des spectateurs et spectatrices étaient visibles, quand Magalie a lancé cette question. Admettez qu'il y a de quoi être étonnée par une telle question...qui peut même inquiéter aussi. Mais cette inquiétude est passagère. Car, une fois entrée dans le jeu des actrices, très vite, l'inquiétude s'estompe pour faire place à l'émotion...
Les témoignages de femmes recueillis par Eve Ensler y sont pour beaucoup.... Mais c'est de la mise en scène que provient cette intensité épluchée et du jeu naturel des deux comédiennes sur scène. Deux femmes d'une même génération qui se parlent et nous parlent de toutes ces femmes, de leurs corps, de leurs expériences, de leurs histoires, de leurs souffrances, de leurs rêves, de leurs plaisirs...
« Dans la salle, le silence et l'attention des spectatrices et des quelques spectateurs, presque palpables au début, ont laissé la place aux rires, aux fous rires, aux larmes parfois... », indique une spectatrice.
« Et puis la fin arrive trop vite, trop tôt...Et je me dis que ces moments forts, intimes, intenses, durs aussi ont résonné...Je ne suis plus tout à fait la même.... Et finalement que dirait mon vagin s'il pouvait parler? », se demande-t-elle.
En présence de l'auteur, Eve Ensler, cette représentation à la Fokal de les « Les monologue du vagin », traduits aujourd'hui en plus de 40 langues, est une initiative du ministère à la Condition féminine et aux Droits de la femme. Ceci pour marquer toute une série d'activités autour de la journée nationales des femmes et pour célébrer l'intégration d'Haïti au mouvement « V-Day ».
Gaspard Dorélien
gasparddorelien@lenouvelliste.com
