La diaspora peut voter si elle veut

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La diaspora peut voter si elle veut

Post by admin » Tue Nov 28, 2006 6:45 am

La diaspora peut voter si elle veut

ON THE AIR, 23 Octobre – Nous volons de Boston à Miami après la visite d´une délégation du ministère des Haitiens vivant à l´étranger aux compatriotes de la capitale de l´Etat du Massachusetts. C´est la première étape d´une tournée devant conduire le ministre Jean Généus et ses collègues, dont son directeur de cabinet, Jean-François Chamblain, et le directeur général du CFI (centre de facilitation des investissements), Guy Lamothe, dans plusieurs autres communautés de la diaspora haitienne des deux côtés de l´Atlantique.

Dimanche 22 octobre, lors d´une rencontre à laquelle ont répondu pas moins de deux cents compatriotes, l´accent a été mis sur les « privilèges » accordés par l´Etat haitien aux haitiens d´origine qui ont adopté une nationalité étrangère.

Le ministre Jean Généus devait répondre à la question d´un intervenant qui trouve injuste que étant aujourd´hui le principal soutien économique du pays natal (près d´un milliard de dollars en transferts effectué par an), la diaspora haitienne ne peut pas participer aux élections déterminant la politique du pays.

Le ministre répondit tout de go : rien n´empêche les compatriotes expatriés, y compris lorsqu´ils ont pris la citoyenneté du pays d´adoption, de participer aux élections en Haiti.

La Constitution haitienne qui enlève le droit à la candidature aux haitiens naturalisés, ne dit pas un mot du droit de vote.

Il suffit pour un haitien de se présenter avec une pièce d´identification haitienne pour faire sa carte électorale (aujourd´hui Carte d´identification nationale/CIN). Généus fait remarquer que rares sont les haitiens qui après avoir pris la citoyenneté américaine, canadienne, française ou autre, ne continue pas à utiliser un passeport haitien chaque fois qu´il se retrouve au pays natal.

Le reste est une question de logistique. L´Etat haitien va-t-il installer des bureaux électoraux en diaspora ? Probablement non. Trop compliqué et coûteux. De plus, la fiabilité n´est pas forcément garantie.

Mais ceci ne veut pas dire que l´Etat haitien empêche la diaspora de voter. Il suffit de venir en Haiti d´abord faire sa carte électorale, puis se trouver au pays le jour des élections.

Généus penche pour l´option jamaicaine. Tout Jamaicain qui se trouve dans son pays le jour du vote est un électeur potentiel.

Venons en maintenant à la question de la double nationalité.

Ce qu´il vient de dire, poursuit le ministre des Haitiens vivant à l´étranger devant une auditoire particulièrement attentive, ne doit pas être perçu comme une tentative d´éviter ou d´éluder la question essentielle : celle de la double nationalité.

Selon lui, le gouvernement du Président René Préval est décidé à redonner aux Haitiens naturalisés tous les droits et privilèges dont ils sont privés par la Constitution de 1987.

D´abord c´est une injustice à réparer. Le ministre a utilisé cette comparaison. Des Haitiens Haitiens ne font pas autant pour leur pays que des compatriotes qui ont dû par la force des choses adopter une autre citoyenneté. Ce tort, nous devons le reconnaître et le corriger.

Rappel du cri des indépendantistes américains à la veille de rompre avec la couronne britannique : « No taxation without representation ! »Nous ne paierons pas si nous ne sommes pas représentés dans le gouvernement. La réponse c´est la création des Etats-Unis d´Amérique.

Secundo, Haiti doit marcher avec son temps et ne pas être toujours à la traîne. Tous les pays à forte communauté immigrante ont depuis longtemps donné une réponse à la question, dont ceux de la Caricom ainsi que notre voisine la République Dominicaine.

Economiquement, cela saute aux yeux. Aussi bien en termes d´investissements que de tourisme, la diaspora constitue notre partenaire privilégié. Grâce au facteur sentimental, c´est la clientèle qui est la plus susceptible de patience vis-à-vis des problèmes les plus récurrents du pays, ceux qui prendront le plus longtemps pour être résolus.

Réservoir de cadres et de personnel qualifié. La question ne se pose même pas, à plus forte raison quand se poursuit l´exode des compétences dû à la persistance de la crise politique.

Enfin, la Constitution !

Une constitution n´est pas un bijou posé sur une table, comme un objet immatériel et immortel.

La constitution doit être adaptée à son époque et aux besoins réels (et non fictifs) du peuple qu´elle régit.

Par exemple, la constitution américaine a été maintes fois amendée. Reconnaissance du droit de vote aux femmes ; le triomphe des droits civiques grâce à la campagne d´un pasteur Martin Luther et co. etc.

Le Général de Gaule a créé la Ve république et adapté la constitution française aux exigences du monde moderne.

Selon le ministre Jean Généus, le gouvernement Préval est décidé à apporter une solution à ce problème.

Mais comment amender une constitution où le constituant (1987) a placé lui-même des barrières à tout amendement.

Un processus compliqué à souhait, dans le but probablement de décourager toute tentative. Ainsi tout gouvernement sous lequel un amendement est voté, ne peut le mettre lui-même en application. Alors que la question peut ne pas représenter une priorité pour le pouvoir suivant.

Selon les déclarations du ministre Généus, le gouvernement actuel n´hésiterait pas à contourner la question. En provoquant, par exemple, un grand mouvement de consensus national et de masse qui comprendrait aussi bien les Haitiens au pays que les compatriotes de la diaspora.

Aucun gouvernement, ni parlement ne pourrait rester sourd à un tel phénomène.

Ces déclarations ont eu un grand impact sur les plus de 200 haitiens résidents permanents aux Etats-Unis et Haitiens-Américains venus écouter dimanche la délégation venue de Port-au-Prince avec à sa tête le titulaire du ministère des Haitiens vivant à l´étranger.

L´autre importante question au programme : ce sont les mécanismes de facilitation des investissements, et qui a été développée avec compétence et humour par le directeur général du CFI, l´ex-ambassadeur Guy Lamothe.

Le centre de facilitation des investissements, récemment relancé au ministère du commerce et de l´industrie, se fait fort de réduire au maximum le temps consacré à l´enregistrement des entreprises et des sociétés en Haiti.

Le directeur Guy Lamothe a annoncé la mise en application du concept « one stop shop » : une seule visite au ministère du commerce et le tour est joué.

Le gouvernement entend également déconcentrer (pour ne pas dire décentraliser) le service en établissant des antennes du CFI dans les chefs lieux des dix départements géographiques.

Ainsi que dans les ambassades et consulats haitiens à l´étranger pour les premières démarches à accomplir par le futur investisseur.

Une visite bien remplie.

Les prochaines étapes sont Paris, New York, Miami, Montréal, Bahamas et les Antilles.

Marcus, 23 Octobre 2006

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