The Insecurity Phenomenon in Haiti

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Vaincre l'impunité c'est désarmer les armes

Post by admin » Sat Oct 07, 2006 9:30 am

Vaincre l'impunité c'est désarmer les armes


ANALYSE

PORT-AU-PRINCE, 2 Octobre - L'ex-colonel Guy François a été assassiné de sang froid par deux bandits à Pétionville.

Un jeune cadre de l'administration publique, Coles Barnatte, a été tué semblablement d'une balle au cœur près de la place Jérémie, dans la capitale.

Etc.

Les assaillants n'hésitent pas à mettre fin sans aucune hésitation aux jours de leurs victimes. Jamais on n'avait vu gâchette aussi facile.

C'est la preuve qu'ils sont sûrs d'une totale impunité et que rien de sérieux ne leur arrivera.

D'abord en Haiti des enquêtes sont rarement menées. Elles aboutissent encore moins.

Et quand occasionnellement des suspects sont retrouvés, ils ont plus de chance de sortir de prison sans avoir purgé aucune peine, soit à cause du laxisme du système judiciaire, soit à la faveur d'un événement accidentel (prise d'armes, coup d'état, évasion pénitentiaire massive, etc).

Et cela dure comme ça depuis vingt ans.

La nouvelle génération de malfrats de tous âges (et les plus jeunes en tête) qui sévissent partout à la capitale et dans ses faubourgs, en a tiré les leçons. C'est la résultante naturelle des deux décennies écoulées, deux décennies perdues pour le développement et le progrès du pays. Et surtout d'anéantissement total de l'autorité de l'Etat.

"Gardez vos armes, et vous mourrez "...

Aujourd'hui que le gouvernement et la mission internationale de maintien de la paix (Minustah) lancent un programme de désarmement sur la base: désarmez et vous serez récompensés, mais gardez vos armes et vous mourrez, comment être certain que le message passe exactement comme on le croit?

Fait-on suffisamment la part de l'impunité dans ce message? Une impunité aujourd'hui aussi impitoyable et sûre d'elle-même...

Pourquoi ces petits durs ne prendraient pas au contraire ce message pour une preuve de faiblesse à leur égard!

Ne pouvant nous vaincre, la société tente de nous acheter, peuvent se dire certains d'entre eux...

D'un autre côté, "Gardez vos armes, et vous mourrez" a dit le président René Préval.

Mais, comme on dit, ils en ont entendu d'autre. Ayant été témoins des pires moments de la dictature militaire et du règne des paramilitaires et plus souvent dans le camp des persécutés.

De toutes façons, cette seconde partie du message ( "vous mourrez") fait appel à un extrême qui de ce fait peut justement produire l'effet inverse.

Cela veut-il dire que si je suis trouvé en possession d'une arme illégale, je serai abattu sur le champ, sans aucune explication...

Beaucoup peuvent ne pas y croire.



Il faut un juste milieu...

Aussi pensons-nous qu'on devrait commencer par mieux définir ce qui attend ceux qui violeraient leur parole après avoir accepté la réinsertion et les bénéfices qui en découlent...

Aussi bien que ceux qui continueraient d'utiliser leurs armes pour tuer ou kidnapper au-delà de l'échéance fixée par la commission du désarmement (qui justement n'en a encore fixé aucune, et nous ne sommes pas les seuls à le remarquer, n'est-ce pas... Donc signe de faiblesse, peut-on penser).

Le désarmement doit fixer un temps de grâce au-delà duquel tout peut arriver à l'individu pris en flagrant délit.

Bref, entre la compensation pour ceux qui désarment volontairement et le "vous mourrez", il faut un milieu, un juste milieu, autrement dit tout un paquet de dispositions pénales des plus sévères, pour ne pas dire presque aussi impitoyables que donner la mort à son prochain sans raison aucune. Etant donné que notre Constitution ne reconnaît pas la peine de mort.

Plus précisément, l'impunité devrait être la préoccupation première, la pierre angulaire dans cette affaire de désarmement. De telle sorte qu'on puisse donner à réfléchir à tous ceux qui tuent aujourd'hui sans la moindre arrière-pensée...



Permettre de sauver de nombreuses vies...

Et aussi pour la bonne raison que le désarmement peut ne pas réussir, en tout cas un désarmement général, alors que si on réussit à attaquer efficacement la question de l'impunité, en mettant en place un système capable de dissuader les tueurs à la gâchette facile, on aurait accompli déjà plus de la moitié du chemin...

Tout en permettant aussi de sauver de nombreuses vies.

La différence entre Haiti et la Jamaique et New York ou encore Santo Domingo, ce n'est pas le nombre de crimes perpétrés, comme on se plait souvent à le montrer.

Mais Haiti est le seul pays où le tueur a toutes les chances de s'en sortir sans qu'un cheveu sur sa tête ne tombe et de recommencer à tuer la minute d'après sans la moindre inquiétude.

Le principal problème n'est donc pas tant la quantité d'armes en circulation. C'est d'abord l'impunité...

A moins d'être un psychopathe (car il en existe aussi), tout individu sachant qu'il risque de passer sa vie en prison comme aux Etats-Unis, ou d'être pendu haut et court comme à la prison de Kingston, réfléchirait plusieurs fois avant de presser sur la gâchette.

Sinon on aurait des centaines de meurtres par jour à New York ou à Los Angeles...

Or trois cas par jour à Port-au-Prince et dans sa banlieue, cela équivaut proportionnellement à des dizaines dans une mégapole américaine ou brésilienne.



Quel meilleur emploi que celui de tueur à gages!...

On se leurre peut-être à s'investir aussi totalement dans un désarmement qui de toutes les façons, vu le nombre de flingues en circulation et à tous les niveaux, du petit laveur de voitures au grand patron, et la complexité du problème (d'où viennent les armes, et plus encore les munitions, comment des gens qui n'ont rien à manger peuvent-ils se procurer tout cet arsenal etc.)...

Mais ce n'est pas seulement la quantité d'armes et de munitions qui fait problème, que la liberté totale de s'en servir pour tuer qui que ce soit sans craindre aucune sentence. Quel meilleur emploi aujourd'hui en Haiti que celui de tueur à gages!

Comme cela pourrait avoir été le cas dans beaucoup de crimes commis ces derniers temps, du moins on le présume.

Absolument aucune crainte à avoir, sauf bien sûr se faire descendre par un gang rival.

La loi de la jungle.

Le contraire d'un Etat de droit.

Définitivement nous pensons qu'il vaudrait mieux se pencher d'abord sur le défi de l'impunité (et qui du reste n'est qu'une affaire de volonté de la part des pouvoirs publics, aussi bien exécutif que législatif) que de consacrer toutes nos énergies à courir après les armes en circulation.

Ce n'est pas simple esprit de contradiction de notre part, mais penser que vaincre l'impunité c'est désarmer les armes.

Et cela, on n'a pas besoin de financement international pour y arriver.



Haiti en Marche, 2 Octobre 2006

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