Qui dirige Haïti?

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Tidodo_

Qui dirige Haiti?

Post by Tidodo_ » Mon Aug 28, 2006 8:10 am

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25 août 06

Les bonnes actions ne sauraient être du ressort des bandits. L'idée fondamentale bien ancrée dans leur subconscient c'est de donner libre cours à leur instinct sauvage afin de maintenir la société haitienne en otage pour le triomphe d'une injuste cause. En une telle occurrence, sourire au fauve dans le but de l'attendrir afin d'échapper à ses griffes, c'est lui donner l'occasion de sauter plus rapidement et avec plus de vigueur puisqu'il est certain de dominer sa proie. Quelles que soient les raisons invoquées, nos dirigeants politiques que l'on croyait les plus clairvoyants, du moins dans le domaine de la sécurité publique, portent un bandeau sur leurs yeux. En effet, le Président Proclamé René Garcia Préval en déclarant que le banditisme n'est pas politique fait preuve d'un optimisme béat et dangereux car il endort et anesthésie les forces de l'ordre. S'agit-il d'une stratégie politique visant à protéger ses partisans lavalassiens ? Veut-il encore goûter de la délicieuse tranquillité de l'autruche en minimisant la portée politique des divers crimes commis par les bandits?

Les données sont claires. Les bandits majoritairement se réclament tous de la Famille Lavalas et expriment clairement leurs revendications:
- le retour inconditionnel de leur Chef Jean Bertrand Aristide
- la libération de leurs partisans incarcérés par le Gouvernement intérimaire (déjà acquise)
- le retrait des plaintes et l'annulation des poursuites judiciaires lancées contre eux
- leur réintégration dans l'Administration publique

L'irresponsabilité et l'ignorance feinte de nos Hommes d'Etat sont en cause. Ils refusent d'admettre après Galilée que c'est la terre qui tourne autour du soleil mais non l'inverse. En politique les théories n'ont de
sens que si elles sont confirmées par des résultats positifs. En effet, le lundi 21 août 2006 le verdict est donné au Gouvernement Préval/Alexis par le refus systématique des bandits de remettre leurs armes. Pourtant le scénario était bien monté dans un décor aussi typique que Cité Soleil qui par une coincidence bizarre est à la fois le fief de Jean Bertrand Aristide et le repaire des bandits. Un éclair de lucidité suffit pour identifier l'origine de l'insécurité qui endeuille les familles. Tout le monde s'en rend compte, excepté les officiels du Gouvernement et de manière spécifique le Président Proclamé d'Haiti René Garcia Préval.

En minimisant l'importance de l'arsenal dont ils disposent tout en arguant les moyens rudimentaires utilisés pour provoquer de fortes détonations, les bandits de Cité Soleil apportent aux responsables l'évidence de leur culpabilité. Il n'en faut pas plus pour que la Police pose ses grappins dessus. Au nom de l'égalité devant la loi, personne n'a le droit de troubler l'ordre public, même avec des engins explosifs de fabrication
artisanale. Paradoxalement, la Police Nationale et particulièrement le colonel Paolo Umberto de la Minustah affirment que ces bandits détiennent illégalement un important stock d'armes de gros calibre: M-15, M-16 et AK-47. Fabio Ricardo Marques, membre de l'Etat Major du Contingent brésilien confirme que les membres des gangs armés de Cité Soleil ont en leur possession des armes de gros calibre telles que Uzi, Gallil, Fal et fusil de calibre 12.

Que valent les déclarations du 9 août 2006 du Président Proclamé René Préval: " Remettre leurs armes ou mourir." Aujourd'hui les bandits ont ouvertement déclaré leur volonté manifeste de garder leurs armes. Personne au Gouvernement n'a la moindre idée des instruments d'observation. Le 55e Président d'Haiti navigue sans boussole et se contente de déclarations purement médiatiques pour la consommation internationale. Il ne tient pas compte de la force du vent qui souffle et ne cherche même pas à comprendre s'il lui est favorable ou non. Il traite les bandits comme des enfants et croit qu'avec des bonbons il peut les dociliser. Par ce geste il enfle leurs têtes et officialise le banditisme en augmentant d'un cran l'insécurité. Le PM Jacques Edouard Alexis de son côté ne comprend pas la situation sociopolitique réelle du pays ou du moins n'en a qu'une vue idéalisée ou mythique.

Le PAS ou Programme d'Apaisement Social est une idée très séduisante pour atténuer l'insécurité. Mais Alexis n'a jusqu'ici esquissé aucun calcul élémentaire pour l'estimation des coûts. Les sources de financement n'ont jamais été identifiées. Une promesse aussi farfelue à long terme tient lieu d'un suicide du Gouvernement. L'opinion publique n'aime pas les propositions désincarnées de la réalité ni des attentes déçues. Tôt ou tard le Peuple sanctionnera le comportement purement débonnaire de nos dirigeants politiques en les jugeant par leurs oeuvres. Les hésitations de l'équipe de l'Espoir ont occasionné des interventions ostensiblement réductrices du périmètre de leur pouvoir par la Communauté Internationale.
Les nominations respectives de Mario Andrésol et de Claudy Gassant comme Chef de Police et Commissaire du Gouvernement ne vont pas du tout dans le sens des intérêts de la Famille Lavalas. La tâche ne sera pas facile ni pour Mario Andrésol ni pour Claudy Gassant. Ils doivent s'attendre à des épreuves de force dangereuses avec les dirigeants politiques haitiens et la horde lavalassienne.

La rétrogradation des agents de police non qualifiés, en dépit de sa justesse, n'est pas bien accueillie dans les hautes sphères de l'Administration Politique haitienne ni au Parlement. Selon le Code de Promotion, le grade est distribué en fonction des critères de mérite et d'ancienneté. La PNH ou Police Nationale Haitienne est composée de 3 grands Corps:

1.- Le Corps des Agents
2.- Le Corps des Inspecteurs
3.- Le Corps des Commissaires

Pour passer du grade d'Agent au grade d'Inspecteur et du grade d'Inspecteur au grade de Commissaire, il faut un concours interne suivi de formation. Aristide pour exécuter ses basses oeuvres a promu carrément un agent 2 c'est à dire Caporal au grade de Commissaire Divisionnaire c'est-à-dire Colonel. Ce fut le cas en Juin 2003 de l'agent 2 Germain Saint Fleur, matricule: 95060402 promu carrément Commissaire divisionnaire de la Croix des Bouquets par Jean Claude Jean Baptiste ex-Directeur de la Police Nationale en violation de l'article 60 des règlements de la Police traitant des promotions. Jean Robert Faveur Directeur de Police choqué de tant de gâchis a démissionné pour traverser immédiatement la frontière haitiano-dominicaine afin d'avoir la vie sauve. Voilà dans quelle confusion évolue la Police Nationale, un Corps hiérarchisé. Le Directeur de la Police Nationale Mario Andrésol peut-il remettre les pendules à l'heure avec l'alter ego d'Aristide? Selon les principes du management quand on veut redresser une institution aussi pourrie que la Police Nationale, on doit faire un recrutement externe. Les cadres démobilisés de l'ancienne Police sont tout indiqués. Il se pose le problème de la parité des grades et de
traitement des salaires. Mario Andrésol a commis une erreur de planification et de coordination. Si l'alternative consiste à remplacer les policiers corrompus et incompétents par la pépinière préparée par Jean
Bertrand Aristide, la réforme policière est déjà vouée à l'échec avec une forte probabilité de mutinerie. Toute usurpation de grade équivaut à la révocation nous enseigne le manuel d'administration policière.

Conscient du danger que représente le retour de Claudy Gassant, le Chef de l'Exécutif s'est empressé d'aller au devant des événements en libérant Sô Anne, Paul Raymond, René Civil et Co. Au lieu d'amnistier ces prisonniers il a requis plutôt le verdict d'un juge partisan. Cette coloration légale lui permet d'éviter le choc en retour et l'émission éventuelle d'un nouveau mandat d'arrestation. Cette mesure, juridiquement légale, est socialement désastreuse et moralement condamnable. Elle prouve l'inégalité des citoyens face à la justice et à la loi et conforte l'idée que les désirs du Prince sont des ordres. Claudy Gassant n'est pas à son coup d'essai. Le chaud dossier de l'assassinat de Jean Dominique lui avait donné l'occasion de faire l'apprentissage du risque de l'interférence politique haitienne. Il a été déjà sevré de ses agents de sécurité et de sa voiture blindée. Aussi a-t-il dû gagner l'exil.

Claudy Gassant n'en est pas dupe. Il a été cueilli à l'aéroport François Duvalier par les soldats de la MINUSTAH qui assurent aussi sa sécurité. Il y a de l'électricité dans l'air. Va-t-il rebondir le dossier de
l'assassinat de Jean Dominique? Sa première réaction pour le moins encourageante c'est de demander aux forces de l'ordre d'occuper les rues pour colleter les bandits. Rappelons que le Commissaire du Gouvernement est le Chef effectif de la Police de sa juridiction. La donne doit changer avec la réforme judiciaire. Les Règlements Généraux et le Code de déontologie de la Police Nationale ont été copiés textuellement sur la Gendarmerie française. On a tout simplement substitué République Française par République d'Haiti. La loi portant création de la Police Nationale est un mélange hétéroclite et indigeste des lois des Polices de France, de Belgique et du Mali. Elle ne répond pas à nos critères sociaux. Dans sa publication officielle dans le Moniteur son caractère provisoire a été mentionné. Cette loi a été concoctée à la va-vite sous la pression de la Communauté Internationale et comporte bien des embûches qu'on doit
rectifier.

Par exemple, le CSPN ou Conseil Supérieur de la Police Nationale est un instrument politique mis au service de l'Exécutif haitien.

1.- Président: le Premier Ministre
2.- Vice-président: le Ministre de la Justice
3.-Membre: le Ministre de l'Intérieur
4.-Membre: le Directeur Général de la Police Nationale
5.-Membre:: l'Inspecteur Général de la Police Nationale

Remarquez que le Secrétaire d'Etat à la Sécurité Publique ne figure pas dans l'Organigramme. Ce poste a été créé par René Préval au cours de son premier mandat au profit de son ami d'enfance Robert Manuel. Une telle configuration organisationnelle se révèle vraiment alourdissante, dysfonctionnelle et génératrice de conflits. Coiffer deux hommes armés par 3 civils se révèle une vraie incohérence administrative. La structure matricielle ne convient nullement à des institutions hiérarchisées comme l'Armée et la Police. Dans de telles organisations, l'efficacité dépend de la rapidité de transmission des ordres et du feedback. Seule la figuration verticale dans son architecture garantit l'unicité et l'efficience du commandement en évitant des interférences parasites et nuisibles. D'ailleurs la Constitution haitienne sur laquelle René Préval a prêté serment (articles 269, 270) ne reconnaît que le Commandant en Chef de Police sous la tutelle du Ministère de la Justice. Il n'est nullement question d'un quelconque CSPN réducteur et encombrant. Qui dirige Haiti? Ce n'est certainement pas le calamiteux René Préval qui, en libérant sa bande de mafieux, vient de prouver que son Gouvernement est encore plus dévoyé qu'on ne le pense. Ce n'est pas non plus Jacques Edouard Alexis qui courtise les bandits pour assurer la succession du pouvoir. Dans cette fange où pataugent le Président, le Premier Ministre et son cabinet si la pression populaire devient la règle générale, désormais il appartient au domaine du possible que le prochain Président d'Haiti soit un bandit de la trempe d'Amaral. [/quote]

Tidodo_

Post by Tidodo_ » Mon Aug 28, 2006 8:17 am

[quote]Les données sont claires. Les bandits majoritairement se réclament tous de la Famille Lavalas et expriment clairement leurs revendications:
- le retour inconditionnel de leur Chef Jean Bertrand Aristide
- la libération de leurs partisans incarcérés par le Gouvernement intérimaire (déjà acquise)
- le retrait des plaintes et l'annulation des poursuites judiciaires lancées contre eux
- leur réintégration dans l'Administration publique [/quote]

Ne serait-il pas plus précis pour René de citer quelques bandits [sur qui il n'y a aucun doute d'être bandits] qui se réclament d'être de La Famille Lavalas comme il a fait plus bas pour Germain St Fleur pour supporter sa declaration?

J-M.

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Post by admin » Sat Sep 02, 2006 2:05 pm

"Qui dirige Haiti? Qui Finance Dirige." C'est une réponse très très perspicace, Senou. Mais il faudrait en dire davantage.

"Who governs Haiti?" Senou answered: "Who directs the flow of money." (my translation). I think that Senou is pointing to a very promising avenue for deciphering the crisis in Haiti, but he should tell us more... so we can finally engage in a two-way dialogue with the great Senou.

So far, Senou, you have placed a number of posts on Ann Pale, with interesting insights, but I have also noticed that you never (ever) comment on any reply to your posts. So, may we or may we not engage you in a real conversation?

Once again, your insight is that whoever directs the flow of money in Haiti also controls its governance. That is true almost everywhere, including the United States of America. But how does it work in Haiti?

Considering the (m)(b)illions of dollars that have exchanged hands in Haiti in cocaine deals, drug wars (and the War against Drugs), ransoms for kidnap victims, gun trade / small arms import, it makes one wonder with all that is going on "who really governs Haiti".

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