Inquiétudes et position de la PAPDA

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Charles Arthur
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Inquiétudes et position de la PAPDA

Post by Charles Arthur » Fri Jun 16, 2006 3:09 am

Inquiétudes et position de la PAPDA suite à la réunion du 23 mai à Brasilia
Rompre avec le CCI et la logique de l'intérimaire (ou de l'occupation) pour instaurer une perspective de construction nationale souveraine sur le long-terme

6 juin 2006

La Plateforme haitienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA) tient à exprimer ses plus vives inquiétudes quant aux informations diffusées dans la presse relatant les conclusions de la réunion de Brasilia tenue le 23 mai dernier et qui a rassemblé des représentants de 16 pays et de 11 organismes internationaux dans une rencontre sur Haiti. Les questions du développement de notre pays continuent à être mal posées.

Tout d'abord soulignons que les conclusions annoncées ne répondent point à la nécessité d'une vraie ‘révision de la coopération internationale avec Haiti' enchâssée aujourd'hui dans le fameux « Cadre de Coopération Intérimaire » (CCI).


Les conclusions de Brasilia déçoivent donc par leur manque d'innovation pour autant qu'elles ressassent les mêmes poncifs imposés par le passé. Elles s'inscrivent pour ainsi dire en droite ligne de la réunion de Bruxelles des 20-22 octobre qui proroge le CCI jusqu'à décembre 2007.

La prolongation du CCI [1]se fera dans le cadre d'une connexion avec un programme type PRSP [2], tout en tenant compte de la récente intégration d'Haiti au club des HIPC / PPTE [3] (Pays Pauvres Très Endettés).

L'expérience des PRSP a démontré l'incapacité de ce type de programme a dynamisé un processus réel de développement des pays du Sud. Elle a partout renforcé la dépendance des économies des pays du Sud et le théâtre de la participation et de la consultation finit par conférer plus de pouvoir aux Institutions de Bretton Woods sur la définition des politiques nationales de développement.

Au cours de la Conférence de Brasilia une annonce officielle a été faite concernant l'intégration d'Haiti dans le groupe des PPTE. Selon une étude récente réalisée par l'Independent Evaluation Group (IEG) [4] basé à Washington, le Programme PPTE qui a démarré en 1996, suite aux pressions exercées par les mouvements de citoyens et citoyennes à travers le monde, constitue un échec flagrant :

-Parmi les pays PPTE (+ ou - 40 pays), 29 ont atteint le point de décision et 18 le point d'achèvement après avoir entrepris de drastiques réformes inspirées de l'orthodoxie néolibérale
-19 milliards de dollars US ont été accordés comme réduction du stock de dette externe publique de ces 18 pays
-Pour la moitié de ces 18 pays la situation d'endettement est la même et parfois plus grave que celle qui existait avant la mise en place du programme
-Pour 11 de ces 18 pays la dette publique externe est aujourd'hui plus élevée
-Pour 8 de ces pays (Rwanda, Ethiopie, Uganda, Tanzanie, Mauritanie, Burkina Faso, Ghana et Mali) le ratio Dette / Exportations dépasse les 150% malgré l'allègement obtenu
-Les 18 pays concernés par les allègements obtenus dans le cadre du programme HIPC / PPTE ne seront pas en mesure d'atteindre les objectifs de développement du millénaire fixés pour l'horizon 2015 et sont encore très vulnérables face aux chocs externes.

Soulignons que les décaissements de l'ordre de 900 millions de dollars US et les nombreux projets et programmes soutenus par ce financement n'ont produit aucun résultat de nature à relancer l'économie nationale vers les chemins de la croissance et montrent ainsi l'incapacité totale de cette stratégie à répondre aux besoins de restructuration des services de base et des institutions étatiques.

Rappelons également que près d'une centaine d'organisations de la société civile s'étaient clairement prononcées au cours de la période mai-juillet 2004 contre les choix contenus dans le CCI. Elles avaient alors appuyé leur contestation par la publication d'une série de documents d'analyse approfondie dénonçant le cadre adopté les 19 et 20 juillet 2004.

L'échec du CCI ne peut plus être maquillé aujourd'hui. Les différents exercices d'évaluation réalisés par les Institutions Internationales et l'État haitien montrent des résultats médiocres très en-deça des objectifs fixés [5]. Les bilans publiés au cours des 8 derniers mois sur l'économie haitienne (par le FMI, la CEPAL, la Banque Centrale, le CNSA, la PFNSA etc.) s'accordent pour signaler une croissance largement insuffisante, une aggravation de la pauvreté, une détérioration des conditions de vie de la population exposée à une brutale érosion de leur pouvoir d'achat. Haiti a enregistré un taux de croissance de 1.5% du PIB inférieur à la croissance de la population, tandis que nous avons payé plus 101 millions de dollars au titre de versements du service de la dette. Le Gouvernement intérimaire a enregistré un déficit fiscal de l'ordre de 4.5% du PIB et 76% de la population rurale survit difficilement avec moins de 1 $ US par jour. Aucun programme de création massive d'emplois n'a été déclenché malgré les promesses solennelles de l'ancien Premier Ministre Gérard Latortue.

Le CCI a également échoué dans ses objectifs de fournir de nouveaux mécanismes de coordination de la coopération internationale en Haiti. L'expérience de ces 2 dernières années montre un échec total dans ce domaine. Les réponses fournies par la communauté des « bailleurs » sont trop souvent incohérentes, faibles et désarticulées. La succession de réunions internationales coûteuses et sans grande efficacité (Washington, juillet 2004 / Cayenne, mars 2005 / Montréal, juillet 2005 / Bruxelles, octobre 2005 / Brasilia, mai 2006) cache mal les rivalités entre les puissances et les intérêts divergents. On a assisté au cours de ces 2 dernières années à une inflation d'unités d'exécution et à un gaspillage de ressources. La majorité des ‘Tables sectorielles' n'a pas fonctionné de manière satisfaisante et les représentants de la société civile au COCCI [6] ne se sont jamais réunis avec les organismes de la société qu'ils sont censés représentés. Ces mécanismes aboutissent à des effets médiocres de saupoudrage et au lieu d'améliorer les capacités d'intervention, de planification et de coordination de l'État ont contribué à aggraver les défaillances et les dysfonctionnements des instances étatiques.

Il nous faut sortir du CCI et du paradigme de l'étiquette d'un État en faillite dont on veut nous affubler souvent sans justification. Il faut reconquérir notre souveraineté et le droit de définir nos options et nos stratégies de développement.

La sortie de crise et l'amorce d'un processus réel de construction nationale exigent une rupture responsable avec les habitudes du passé. Le CCI doit être enterré. Cela n'implique pas l'arrêt de l'exécution de tous les projets engagés. Certaines actions doivent être maintenues mais dans le cadre de nouvelles priorités et d'une nouvelle vision du développement national. Il faut sortir de la logique du CCI et entrer résolument dans une perspective de construction économique et institutionnelle de long terme. Nous ne sommes plus dans une situation intérimaire. C'est un cadre conceptuel inadapté. Il faut avoir le courage de rompre avec les recettes néolibérales et construire de nouvelles politiques économiques et sociales qui sont en cohérence avec la satisfaction des besoins essentiels de la population et les défis qui se présentent au Peuple haitien au XXIème siècle.

Le Peuple haitien a clairement exprimé le 7 février 2006 sa volonté de changement et de reprise en main de sa souveraineté. Les récentes déclarations insultantes du nouveau patron de la MINUSTAH, le Guatémaltèque Edmond Mulet, « Nous devrons conclure des contrats avec des fonctionnaires internationaux parce que il n'y a pas de fonctionnaires haitiens. Nous devrons faire venir des juges de pays francophones, de France, du Québec et d'Afrique qui maîtrisent plus ou moins le système juridique français » montrent que nous sommes encore très loin de cet objectif. Il est inconcevable que le CCI, qui a été mis en place - 2 ans plus tôt - sans participation réelle de la population et qui réaffirme les orientations néolibérales qui sont en grande partie responsables de l'effondrement économique actuel de notre pays, ait été simplement prolongé au mépris de la volonté clairement exprimée par le Peuple haitien.

Une réunion décisive des IFIs, de l'ONU et des principaux partenaires d'Haiti se tiendra à Port-au-Prince le 25 juillet prochain. Nous appelons les responsables haitiens à saisir cette opportunité pour exiger une évaluation approfondie et participative du CCI tout en tentant de réorienter les logiques imposées par les IFIs et les grandes puissances. Nous appelons les citoyens et les citoyennes de même que les organisations de tous les secteurs de la société à se mobiliser pour faire entendre la voix des exploités et des exclus de toujours afin de mettre en place de nouvelles orientations conformes aux défis du moment et aux besoins de refondation de notre nation. Évitons de garder un silence qui ne serait qu'une complicité avec les plans de destruction de notre pays et de notre économie.

Camille Chalmers

Directeur Éxécutif de la PAPDA

Charles Arthur
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The PAPDA's concerns following the 23 May donors' meeting

Post by Charles Arthur » Mon Jun 26, 2006 9:07 am

'Ideas and Action - Projecting the voices of Haiti's progressive civil society organisations'

Volume 1, Number 8, 22nd June 2006


The PAPDA's concerns following the 23 May donors' meeting in Brasilia

Let's break with the ICF and the logic of the interim government (of the occupation) in order to find a long-term perspective for national reconstruction.

6 June 2006 - Camille Chalmers

The Haitian Platform of Advocate for an Alternative Development (PAPDA) makes a point of expressing its increasingly grave concerns following press reports on the conclusion of the meeting on Haiti held Brasilia on 23 May involving representatives of 16 countries and 11 international organizations. Questions about our country's development continue to be badly posed.

First of all, let us stress that the reported conclusions do not respond to the need for a real “revision of international co-operation with Haiti”, currently arranged as the infamous 'Interim Co-operation Framework' (ICF, or CCI in French).

The conclusions of the Brasilia meeting are disappointing because of the lack of innovation, in so far as they just re-arrange the same erroneous, but generally-accepted, ideas as imposed in the past. There is no departure from the course set at the Brussels meeting of 20-22 October which extended the ICF until December 2007.

The extension of the ICF will take place within the framework of a link to a standard Poverty Reduction Strategy Paper (PRSP) while taking account the recent inclusion of Haiti in the Heavily Indebted Poor Countries initiative (HIPC).

The PRSP experience shows the inability of this type of programme to instigate a real process of development in the countries of the South. Everywhere it has reinforced the dependence of the economies of the countries of the South, and the theatre of participation and consultation ends up conferring even more power to define national development policies on the Bretton Woods Institutions.

During the Brasilia Conference an official announcement was made concerning Haiti's integration into the HIPC group. According to a recent study carried out by the Washington-based Independent Evaluation Group (IEG), the HIPC initiative - started in 1996 following pressure exerted by citizens' movements throughout the world – has been a complete failure:

1. Out of the HIPC countries (about 40 countries), after having implemented drastic reforms inspired by neo-liberal orthodoxy, 29 countries have reached their decision points, where they start qualifying for debt cancellation, and 18 have reached completion point when debt relief is actually delivered;
2. US$19 billion of debt in these 18 countries has been written off;
3. In half of these 18 countries the debt position is now the same, and sometimes more serious than that which existed before the HIPC initiative began;
4. For 11 countries, the external national debt is higher today than it was before the HIPC initiative;
5. For eight of these countries (Rwanda, Ethiopia, Uganda, Tanzania, Mauritania, Burkina Faso, Ghana and Mali) the debt to export ratio, which measures the level of indebtedness, once again exceeds the HIPC debt-safety threshold of 150 percent.
6. All 18 post-completion point countries have made only "modest progress" on the Millennium Development Goals, which seek to halve poverty by 2015, and are still very vulnerable vis-a-vis external shocks.

Regarding the ICF, let us stress that the disbursement of about US$900 million and the many projects and programmes supported by this funding have not produced any results likely to re-launch the national economy on a path of growth, and this thus shows the total inability of this strategy to meet the need to restore basic services and state institutions. Also let us recall that during the period May-July 2004, nearly one hundred civil society organizations clearly pronounced against the approach contained in the ICF. At that time, they supported their position by the publication of a series of analytic documents denouncing the framework adopted on 19 and 20 July, 2004.

The failure of the ICF can no longer be covered up. The various evaluation exercises carried out by the international institutions and the Haitian State show very show poor results in relation to the stated objectives. Assessments of the Haitian economy published during the last eight months (by the IMF, the CEPAL, the Central Bank, the CNSA, PFNSA etc.) concur in declaring a largely insufficient growth, a worsening of poverty, and a deterioration in the living conditions of the population exposed to a brutal erosion of its purchasing power. Haiti recorded a GDP growth rate of 1.5%, which is lower than the growth of the population, while we paid more US$101 million in debt servicing. The interim government recorded a tax deficit of about 4.5% of GDP, and 76% of the rural population survives with difficulty on less than US$1 per day. No programme of massive job-creation has been started in spite of the solemn promises of the former Prime Minister, Gérard Latortue.

The ICF has also failed in its objective to provide new mechanisms to coordinate international assistance in Haiti. The experiment of these last two years shows a total failure in this field. The answers provided by the “donor community” are too often weak and incoherent. The succession of expensive and mostly ineffective international meetings (Washington - July 2004, Cayenne - March 2005, Montreal - July 2005, Brussels - October 2005, Brasilia - May 2006) barely mask the competition between the divergent powers and interests. Over these last two years, we have witnessed an inflation in executing units and the wasting of resources. The majority of the ‘Tables sectorielles' did not function satisfactorily, and the representatives of civil society on the Joint Committee for the Implementation and Monitoring of the Interim Cooperation Framework (COCCI) never met with the civil society organizations that they were supposed to represent. These mechanisms ended up as a mere cosmetic, and instead of improving the State's capacities for intervention, planning and coordination, contributed to a worsening in the failures and malfunctions of the official authorities.

It is necessary for us to depart from the ICF, and dfom the paradigm of the label of a bankrupt State, which is often given to us without justification. It is necessary to reconquer our sovereignty and the right to define our options and our development strategies.

The way out of the crisis, and the beginning of a real process of national construction, require a considered rupture with the practices of the past. The ICF must be buried. That does not imply a halt in the implementation of all the committed projects. Certain actions must be maintained, but within the framework of new priorities and a new vision of national development. It is necessary to leave the logic of the ICF, and to resolutely embark on with a view to long-term economic and institutional construction. We are no longer in an interim situation. It is an inappropriate conceptual framework. It is necessary to have the courage to break with the neo-liberal prescriptions, and to build new economic and social policies which are coherent with the satisfaction of the essential needs of the population, and the challenges which face the Haitian people in the 21st century.

On February 7, 2006, the Haitian people clearly expressed its will for change and for regaining hold of its sovereignty. The recent insulting declarations of the new boss of the MINUSTAH, the Guatemalan Edmond Mulet: “We will have to conclude contracts with international civil servants because there are no Haitian civils servants. We will have to bring judges from the French-speaking countries, from France, Quebec and Africa, which more or less control the French legal system”, show that we are still very far from this objective. It is inconceivable that ICF, which was set up - two years earlier - without the real participation of the population and which reaffirms the neo-liberal orientations that are mainly responsible for the current collapse economic of our country, was simply prolonged in contempt of the will clearly expressed by the Haitian people.

A decisive meeting of IFIs, the United Nations and the principal partners of Haiti, will be held in Port-au-Prince on 25 July. We call on Haitian leaders to seize this opportunity to demand a thorough and participative evaluation of the whole ICF, while trying to re-orientate the logic imposed by IFIs and the great powers. We call on our citizens, as well as organizations from all sectors of society, to mobilize themselves to make the voice of the exploited and excluded heard, in order to establish new directions in conformity with the challenges of the moment and the needs of rebuilding our nation. Let's not keep silent, for that would be an act of complicity with the plans to destroy our country and our economy.

Camille Chalmers
Executive director of the PAPDA
www.papda.org

(Originally: Inquiétudes et position de la PAPDA suite à la réunion du 23 mai à Brasilia - translated from French by Charles Arthur for the Haiti Support Group)
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'Ideas and Action - Projecting the voices of Haiti's progressive civil society organisations' is a Haiti Support Group project funded by the Scottish Catholic International Aid Fund (SCIAF).

Open letter to Préval from the Collective to Mobilise against the High Cost of Living - Vol. 1, No. 2, 4th May, 2006
SOS Journalistes: New press freedom organisation in action - Vol. 1, No. 3, 5th May 2006
KONAREPA - Launch of peasant organisation network - Vol. 1, No. 4, 9th May 2006
The Collective to Mobilise against the High Cost of Living: Press release on neo-liberal policies and the people's demands - 9 May 2006
- Vol. 1, No. 5, 15th May 2006
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The Haiti Support Group is a British organisation working in solidarity with the Haitian people's struggle for human rights, participatory democracy and equitable development, since 1992.

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