La globalisation et nous

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Tidodo_

La globalisation et nous

Post by Tidodo_ » Tue Mar 14, 2006 9:18 am

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L'intégration internationale des marchés des biens, des services, des capitaux et du travail, voilà en raccourci ce qu'est la globalisation. Aucun pays ne semble y échapper. Mais, elle n'est pas aussi totale qu'on pourrait le croire. En voici les principales raisons.

D'abord, le commerce mondial des biens continue de faire face à des situations de subventions dans les économies développées et à toutes sortes de restrictions dans certains pays sous-développés. Haiti demeure l'un des rares pays sous-développés à avoir une économie ouverte, à n'imposer aucune restriction sur le commerce international et à pratiquer un système tarifaire quasiment nul. Mais, à cause de l'absence d'autres facteurs positifs, notre pays n'a pas beaucoup profité de la globalisation.

Ensuite, les flux internationaux de capitaux (donc les investissements) se dirigent prioritairement et plus massivement vers les pays développés, même si certains pays dits émergents en bénéficient quelque peu depuis le début de la décennie quatre-vingt-dix. Les mouvements de capitaux semblent profiter beaucoup plus aux pays développés qu'aux pays sous-développés. Circonstance aggravante, ces pays pauvres qui ne reçoivent pratiquement aucun investissement extérieur se retrouvent bien souvent en situations de transferts négatifs vis-à-vis de leurs partenaires multilatéraux.

D'autre part, le libre mouvement de la force de travail des pays pauvres en direction des pays plus développés est sujet à tant de restrictions que la globalisation demeure associée à de très hauts niveaux d'inégalité. Les immigrants du monde entier sont sujets à des traitements qui ne font pas toujours honneur à leurs pays de refuge qui se targuent pourtant d'être des pays accueillants.

Est-ce à dire que la globalisation ne nous apporte que des déboires et qu'il nous serait plus avantageux de fermer notre économie ? Nullement. Nous en avons déjà fait l'expérience dans le passé avec les résultats que l'on sait. Il s'agit maintenant de voir comment nos pauvres et nos démunis puissent en tirer un bénéfice soutenu et pas seulement à travers les transferts effectués par nos compatriotes de la diaspora. Ces transferts qui avoisinent le milliard de dollars américains par an représentent plus de cinq fois les décaissements dont nous bénéficions de nos principaux partenaires internationaux. D'où la nécessité pour notre pays d'encourager les investisseurs nationaux, toutes catégories confondues, et de prendre des mesures garantissant que leurs investissements ne seront pas spoliés.

Bien entendu, les effets négatifs ou pervers de la globalisation se retrouvent aussi là où l'on ne les attendait pas. Pour ne citer que des exemples très visibles, aux fins fonds de nos campagnes, l'on ne se sert plus de calebasses pour transporter de l'eau, mais plutôt de gallons en plastique. Les calebassiers dont nos paysans ne voient plus l'utilité sont devenus une espèce en voie de disparition. De même, les animaux ne sont plus retenus par des licous en sisal ou en feuilles de palmier, mais plutôt par des cordes en plastique. D'où des problèmes environnementaux extrêmement sérieux, quand on considère que ces produits en plastique ne sont pas biodégradables, comme le sisal ou les feuilles de palmier. Des chercheurs ont démontré que la matière plastique met 450 ans avant de se dégrader. Incroyable mais vrai !

On pourrait étendre les exemples de ces effets pervers sur des centaines de nos cordonniers et de nos tailleurs qui ont été obligés de se retirer des affaires, à cause de l'importation incontrôlée de vêtements usagés bon marché. À quoi quelqu'un m'a fait voir que l'offre abondante de ces vêtements a permis à nos gagne-petit et à nos chômeurs de s'habiller très dignement et qu'on ne voit pratiquement plus personne circuler en haillons ou les pieds nus. Dommage que l'offre de produits alimentaires bon marché n'ait pas suivi celle des vêtements usagés, a-t-il ajouté. Question à débattre!

Plusieurs analystes estiment donc que les pays sous-développés sont les laissés pour compte de la globalisation. Ainsi, au cours des trente dernières années, ces pays sont passés d'une dénomination à une autre et ont été affublés d'une succession de qualificatifs différents. D'abord, ils étaient tous regroupés sous le label de pays du tiers-monde et même du quart- monde. Puis, au fur et à mesure que s'améliorait le revenu per capita de certains d'entre eux, l'on a commencé à faire la différence entre ceux-là qui étaient en voie de développement et ceux-là qui étaient franchement sous-développés. On a commencé à parler de pays émergents et de pays moins avancés (PMA).

Notre pays était naturellement classé parmi les PMA, du fait de notre faible revenu per capita, de notre faible taux d'alphabétisation et de notre haut niveau de chômage. Mais certains ont toujours estimé plus réaliste de le considérer comme un Pays en marche arrière. De nos jours cependant, on ne sait pas vraiment sous quel label classer des pays comme le nôtre. Tantôt, on est désigné comme pays en situation de post-conflit, tantôt comme Licus (sigle anglais signifiant low income country under stress, c'est-à-dire, littéralement, pays à faible revenu qui souffre de stress). Ces différentes appellations ne sont en fait que des euphémismes pour ne pas écrire dans des documents officiels que notre pays est en faillite.

Si le grand public n'est pas très conscient de cet état de fait et de ses implications, les gouvernements eux ne peuvent pas pratiquer la politique de l'autruche. Il leur incombe, avec la participation du secteur privé et de la société civile, de sortir le pays de cette situation. Et ceci plus tôt que plus tard. Il ne s'agit pas seulement d'une question de dignité. C'est aussi un moyen pour essayer de rembourser la dette sociale que nous avons contractée au fil des ans vis-à-vis des nos compatriotes et en particulier des classes défavorisées.

Dans une certaine mesure, la Minustah chez nous est un produit de la globalisation. Nous ne devons pas perdre de vue qu'un pays considéré en faillite ne garde de la souveraineté que le nom et que nos partenaires internationaux, même s'ils ne le disent pas en public, pensent qu'un pays assisté est un pays qui n'existe pas. Raison de plus pour que les responsables au plus haut niveau fassent montre de vigilance dans leur interaction avec ces partenaires. En ce sens, nos relations avec la Minustah qui regroupe plus de quarante nationalités doivent être définies de façon transparente et publique pour éviter des situations embarrassantes comme celles engendrées par la signature de ce fameux protocole régissant les rapports Minustah/ PNH. Le laxisme à ce niveau doit être évité à tout prix.

Et puis, nous ne devons pas perdre de vue que, malgré la situation critique de notre pays, nous avons encore un fond de commerce que nous pouvons faire fructifier. Je pense à notre population qui est très jeune et à nos étudiants qui ont soif de savoir et de mieux-être. Je pense à notre situation géographique qui est une importante ressource naturelle dont nous n'avons pas su toujours profiter, à cause de l'instabilité politique et de la mauvaise gouvernance. Je pense à cette masse critique d'Haitiens rompus aux idées de développement et de démocratie et qui ne demandent qu'à apporter leur contribution. Je pense à tous ces paysans, ouvriers, citadins, fonctionnaires, intellectuels, artistes, artisans qui sont des producteurs de richesses et qui ont permis à notre pays de survivre. Je pense à notre diaspora qui n'aspire qu'à revenir chez elle pour peu que s'améliorent les conditions de sécurité.

Le grand défi du prochain gouvernement sera de combiner ces différentes ressources pour exploiter ce fonds de commerce, créer des emplois et augmenter la croissance, sans oublier l'intensification du dialogue social, la lutte contre la corruption, la gestion transparente de l'État. Il est à espérer que les démarches entreprises actuellement par le président-élu René Préval pour institutionnaliser ce dialogue seront bien accueillies et que nos compatriotes ne se laisseront pas influencer par les vagues successives de spéculations négatives répandues par ceux-là qui ne cessent d'invoquer leur capacité de nuisance passée et présente pour influencer et insulter l'avenir.

Pour finir, la globalisation ne doit pas être non plus synonyme de banalisation ni de vassalisation des pays pauvres et de leurs dirigeants. Ces derniers doivent ainsi éviter de faire le jeu de certains fonctionnaires internationaux toujours en quête d'accès au plus haut niveau pour impressionner leurs collègues et leurs supérieurs, affaiblissant ainsi les cadres supérieurs des ministères qui sont leurs interlocuteurs naturels et « trivialisant » du même coup les dignitaires du pays hôte. Ils doivent se rappeler qu'à chaque niveau hiérarchique correspond un profil d'interlocuteur donné. En accordant régulièrement audience à des fonctionnaires moyens, ils diminuent l'autorité des cadres quand ce n'est pas du ministre concerné lui-même, débilitant du même coup l'institution qu'ils voudraient renforcer. Ce sont des aspects qu'il ne faut pas négliger. Et cela va bien au-delà de la globalisation.

rochasse091@yahoo.com[/quote]

Leonel JB

Post by Leonel JB » Fri Mar 17, 2006 4:05 am

Tidodo, great article!

I am skeptical on how to keep our sovereignty based on our state of dependency? My question is this, Is Globalization and Sovereignty related or intertwined?

One other thing that is very alarming is our Currency (Gourde). People do not use anything in Gourde anymore. Try to buy anything in Haiti. They will tell You, it should be paid in USD. They even accept Euros! Can Globalization affect Sovereignty ?

For the ones who want to go back and live in Haiti. One can not buy a property if he/she does not have USD. And on top of this, real estates are well over priced! Would that be because of Globalization? Our currency had been practically obsolete by this USD invasion. How do we control this?

Any Sovereign Country can control the overflowing of any Foreign Good invasion by putting a very high tariff on the goods. But, ourselves, the imported goods cost less! My other question is, can any Government do anything about it while its survival will depend on the Foreign COuntries responsible?

Tidodo, I was negociating with this guy who was selling a house in Haiti. He was offended when I asked him for the price in Haitian Gourdes... I know that it does not seem related. But, this same guy was talking about Sovereignty but does not see the connection between Sovereignty and dependency on Foreign currencies.

Alors Tidodo, what is your opinion on Globalization? Is it related to Sovereignty? If they are, what can we do to deal with those two?

M pa vle w konprann ke map quiz ou. Se paske, mwen ta renmen konnen sa w panse sou de bagay sa yo. I think that you can give some of your wisdom...

leonel

Tidodo_

Post by Tidodo_ » Fri Mar 17, 2006 11:09 pm

In my opinion, sovereignty is dominion over the three economic factors of production: land (and its contents), capital and labor. Globalisation is the process of removing barriers to the transfer or movement of these factors of production. That process was accelerated in the last century with advances in communication and transportation, for the most part.

Of course, you cannot move land. But you can transfer dominion over it through a warranty deed, which equals the same as moving it. When the transfer of dominion over these three factors of production, or wealth, is freed from any regional or other legal impediment, there is an erosion of sovereignty. Let's say that all land in Haiti was owned by foreigners, and all Haitians move to another country or the country of these foreigners. All capital or capital goods or investment will be on the foreign-owned land, thus in the hands of the foreigners. What would be left of Haitian sovereignty? Nothing. So, as you lose dominion over these three sources of production together, you are losing sovereignty.

J-M.

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