Aristide se trompe

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Aristide se trompe

Post by admin » Wed Mar 01, 2006 8:48 am

HAITI EN MARCHE

[quote]Aristide se trompe ANALYSE


MIAMI, 24 Février - Que l'ex-président Jean-Bertrand Aristide désire retourner dans son pays, c'est son droit constitutionnel.

Le président élu René Préval a été clair. La constitution haitienne (article 41.1) autorise tout citoyen haitien à aller et venir librement dans son pays, sans être soumis à l'obligation d'un visa, comme sous les régimes dictatoriaux. Cependant l'article suivant (42) est tout aussi clair. Personne n'est au-dessus de la loi au cas où l'on est sous le coup d'une action judiciaire.

Qu'une certaine presse n'ait voulu retenir que le premier de ces deux articles, libre à elle...

Que monsieur Aristide essaie de lancer une campagne médiatique pour faire avancer sa cause, libre aussi à lui.

Par contre, quand il proclame que c'est "pour son retour" que Haiti a voté aussi massivement le 7 février dernier, nous disons que monsieur Aristide se trompe. Il met tout à fait à côté de la plaque.

Le 7 février 2006, le peuple haitien a voté pour sa survie, pour ne pas se faire assassiner jusqu'au dernier...

Soit par balles, soit par la famine et toutes les privations auxquelles il a été soumis pendant les deux années terribles qui ont suivi la chute du régime Lavalas de monsieur Aristide en février 2004.


Assurer jour et nuit la défense de son vote!...

Le peuple a voté devant une situation de vie ou de mort et parce que ceux qui ont vaincu monsieur Aristide en février 2004, ne lui en laissaient pas le choix. C'était voter comme ça ou la mort! Qui dit mieux, assurer jour et nuit la défense de son vote pour qu'on n'en déforme pas le sens ou pis encore, ne l'évacue dans la décharge publique au nord de la capitale. Mais voter pour le retour de monsieur Aristide est un luxe que personne en Haiti ne peut aujourd'hui se permettre. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts.

A la limite, le peuple n'a même pas voté Préval en tant que tel. On a voté Haiti, notre pauvre Haiti qui mérite qu'on s'occupe enfin un peu d'elle, et avant tout autre.

Et le plus grand reproche qu'on puisse adresser à cette nouvelle opération Aristide est qu'elle vise à tirer la couverture à soi pour servir la seule cause de monsieur Aristide.

Or le plus grand bien que monsieur Aristide puisse faire aujourd'hui à Haiti, c'est lui laisser un peu reprendre son souffle.

Ses dernières déclarations visent l'effet contraire.

Un "pavé dans la mare"...

La victoire de René Préval a été suivie non seulement d'une reconnaissance internationale - sans une seule exception, mais également, chose inouie, la classe politique haitienne dans sa presque totalité, a salué le vainqueur, avec toutes les réserves que de droit.

Or monsieur Aristide n'a plus aucune crédibilité ni dans la classe politique haitienne. Ni dans la plupart des grandes chancelleries...

Aussi la presse anti-Lavalas de se réjouir de ce "pavé dans la mare." Et avec raison...

Monsieur Aristide ne peut en effet aboutir qu'à tout bousiller: à la fois le début de concertation qui commence à poindre à l'intérieur...

Et à l'extérieur, les bonnes dispositions annoncées vis-à-vis d'Haiti.

Or monsieur Aristide est en problème avec Washington, Paris et Ottawa...

Mais en même temps, on ne l'a vu trouver aucun support véritable à La Havane, ni à Caracas, voire à Santo Domingo.

Pas plus du côté du Brésil ou du Chili, ou des autres capitales sud-américaines, avant tout aujourd'hui intéressés au retour de la stabilité en Haiti. Donc s'opposant à tout ce qui est susceptible de ré-alimenter l'instabilité.

Une sortie inopinée et unilatérale...

Jusqu'à la communauté caraibe (CARICOM) qui a tenu tête pendant deux ans dans son refus d'admettre le renversement par la force d'un président constitutionnellement élu d'Haiti, mais qui vient d'annoncer après les résultats des élections du 7 février que Haiti est à nouveau la bienvenue comme membre à part entière.

Et c'est tout cela que monsieur Aristide menace de mettre en péril par sa sortie totalement inopinée et unilatérale.

Ensuite comment peut-il proclamer que le peuple haitien a voté pour son retour, quand lui-même a cherché au contraire à décourager le peuple à aller aux dernières élections?

Selon l'argumentation: aller aux élections, c'est accepter la logique du "coup d'état" du 29 février 2004!

Ainsi tous les premiers temps du processus électoral l'année dernière, les bureaux d'inscription demeurèrent vides. Le peuple bouda la carte d'identification nationale (également carte électorale). Malgré que celle-ci fut gratuite.

Le mouvement se relâcha quelque peu quand la rumeur d'une candidature à la présidence du père Gérard Jean-Juste, un fidèle du président exilé et qui lui avait rendu visite en Afrique du Sud, se mit à courir.

Lorsque Jean-Juste fut jeté en prison par le pouvoir de transition pour des motifs qui se révéleront sans fondement, le mot d'ordre de boycott revint en application.

La cellule de communication du parti Fanmi Lavalas (en exil) s'indigna que la presse haitienne (en Haiti) eut rapporté que l'ex-président avait demandé au peuple d'aller "faire sa carte."

A ce sujet, les messages échangés par Internet existent encore.

Mais soudain, René Préval annonce sa candidature.

Les uns et les autres pris de court...

Surprise dans les secteurs de l'ancienne opposition qui occupent toutes les avenues du pouvoir intérimaire, ainsi que l'institution électorale.

René Préval, 63 ans, et ancien président de la république (1996-2001), lance sa candidature sous une nouvelle étiquette: l'Espoir (en créole LESPWA) et non sous celle du parti d'Aristide, Fanmi Lavalas.

Lors des tournées du candidat aux quatre coins du pays, il est accueilli partout par des dizaines de milliers de personnes qui l'écoutent avidement.

Ses opposants sont pris de court. Ils ne trouvent plus qu'une seule parade: la désinformation. Puis finalement, la diffamation pure et simple.

On connaît la suite. Les élections, reportées à quatre reprises (et pour cause), ont finalement lieu le 7 février dernier.

Malgré toutes sortes de magouilles et manipulations pour lui barrer la route, le candidat de LESPWA est proclamé vainqueur au premier tour avec 51.15% des voix.

Hormis un Leslie Manigat qui semble penser qu'il aurait pu être le vainqueur avec seulement les 12% qu'il a recueillis, tous les candidats ayant pignon sur rue ont concédé la victoire à leur rival, quoique celui-ci venant du camp ennemi, c'est-à-dire le Lavalas, considéré comme sa chasse gardée par monsieur Aristide.

Or L'Espoir ce n'est pas seulement le Lavalas (mais c'est une autre histoire sur laquelle nous pourrons revenir une autre fois).

Monsieur Aristide ne peut donc vouloir récolter ce qu'il n'a pas semé. On ne sait pas si des radios haitiennes à l'étranger aient pu, à la dernière minute, faire coincider une campagne pour son retour à celle autour des élections du 7 février. Mais une telle entreprise n'a pas touché le pays (le pays réel). Loin de là. Sinon d'ailleurs, les élections auraient sûrement été renvoyées pour une énième fois.

Un galimatias...

La preuve en est que son parti, Fanmi Lavalas, est allé aux élections de son propre côté, derrière la candidature de Marc Bazin du MIDH.

En même temps que de petits groupes isolés appelaient désespérément Préval à faire une grande alliance avec les autres branches Lavalas.

Préval n'y a pas répondu, n'y trouvant aucun intérêt, et fort de l'avance imbattable de l'Espoir.

Au dernier moment, le bruit courut que Fanmi Lavalas n'allait pas aux élections.

Un véritable galimatias. Comme ce fut le cas depuis cette mystérieuse nuit du 29 février 2004, ou comment un président toujours au faîte de sa popularité (comme les événements subséquents dans le pays le prouveront) se laisse embarquer sans aucune résistance.

Depuis, toutes les démarches de monsieur Aristide, et de la petite équipe qui s'est embarquée avec lui, ne sont toujours pas sorties de cette ambivalence.

Enfin nous voici au sommet de l'ambivalence où monsieur Aristide se met à travailler, objectivement, pour l'opposition, son ancienne opposition.

Toutefois ce n'est pas à nous d'en décider!!!...

Après avoir épuisé toutes leurs cartes, il ne restait en effet aux plus farouches opposants à René Préval que l'allégation selon laquelle, ayant été le protégé d'Aristide, le président élu va travailler selon toute probabilité au retour de son ancien mentor.

Monsieur René Préval s'en est défendu jusqu'à présent tant qu'il a pu.

Retenez toutefois que ce n'est pas à nous d'en décider. La politique haitienne réserve souvent bien des surprises !

Mais il n'est pas difficile de constater que monsieur Aristide, en agissant de la sorte, ne peut que saboter les résultats obtenus par le président élu à la fois intérieurement (baisse immédiate dans l'instabilité générale et une trêve avec des adversaires hier encore intraitables) et sur le plan international où l'image du pays a, pour la première fois depuis plusieurs années, une chance de se relever un tant soit peu...

Mais ce n'est pas tant Préval qui est en cause. C'est un mauvais coup porté à Haiti. Car c'est Haiti qui a le plus besoin de ces quelques changements. Sinon c'est la fin...

Messieurs, cessez de faire de la politique (votre politique!) avec ce malheureux pays!

Donnez lui enfin une chance. Il a assez lutté pour.

Haiti en Marche, 24 Février 2006

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