Lettre ouverte à la presse haïtienne:

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Gelin_

Lettre ouverte à la presse haitienne:

Post by Gelin_ » Mon Feb 27, 2006 10:39 am

Lettre ouverte à la presse haitienne:

[quote]Lettre ouverte à la Presse Haitienne</B>

-- Par Patrick Honoré

Je suis un peu effaré de la légèreté qui caractérise les reportages de certains « grands media » haitiens, sur leurs sites Internet, des élections du 7 Février 2006, présidentielles et législatives. Dans la majorité des cas, ces reportages inspirent une sorte d'appréhension, parce qu'en les lisant on se rend très vite à l'évidence qu'on a affaire à des apprentis journalistes à qui le professionnalisme fait grand défaut, sans aucune maîtrise de leur art. Ainsi on ne discerne dans leurs reportages aucune analyse politique profonde de ce tournant historique du 7 Février; ni le pourquoi du choix de Préval, ni le rejet massif de toute une classe politique par le vote du 7 Février n'y sont évoqués. De préférence on y trouve des expressions comme les lavalassiens, les partisa
ns de Préval, les prévaliens, le frère jumeau d'Aristide, etc., autant de titres flottants pour décrire cette date historique du 7 Février 2006. Peut-on, au milieu de cette carence médiatique, s'empêcher de penser aux éditoriaux de notre grand Jean Dominique, de si regrettée mémoire, à la façon dont il aurait transcendé ses propres convictions, en bon journaliste, pour aider ses auditeurs, et de surcroît tous les Haitiens, à saisir la portée de cet événement singulier qui a attiré l'attention du monde entier?

En conséquence, le lecteur avisé se trouve contraint de se demander si un tel traitement de ce phénomène historique sans égal, - où 63% de l'électorat haitien était sorti, fort comme un seul homme, pour voter un candidat de leur choix à la magistrature suprême de l'état, - ne trahit pas d'une part l'ignorance de la presse de la réalité haitienne, ou de l'autre une appartenance idéologique diamétralement opposée aux desiderata de la majorité défavorisée de la nation.

Il parait que la victoir
e du président Préval aux élections du 7 Février, à en croire ces articles publiés jusqu'ici sur ces sites, est mal digérée par nos media. C'est comme si cette victoire, 51% des votes - si les votes blancs sont inclus, 49% - n'était pas assez écrasante pour être le vote du peuple Haitien, considérant la longue liste des prétendus présidentiables, 33 % être exact. Contrairement à ce que fait notre presse, dans les pays comme la France, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, etc., où la démocratie est un mode de vie, on parlerait bien sûr de vote populaire et non de celui d'un secteur, tel qu'on a vu dans la presse Américaine au lendemain de l'élection du président George Bush en 2004. Tout le monde, toutes appartenances politiques ou idéologies confondues, s'était mis d'accord pour reconnaître immédiatement le choix du peuple Américain par le verdict des urnes. Dans le cas du raz de marée de Préval, on évoquerait même la notion de « mandat » du nouveau élu. Si vox populi, contrairement à ce qu'on croit, n'est pas
nécessairement vox Dei, tout journaliste digne de ce nom se devrait de comprendre que dans une démocratie, même chancelante, le choix de la majorité doit être accepté et respecté par la minorité et ne doit être en aucune façon décrié par l'élite médiatique.

Je suis quasi convaincu que la rhétorique dans la presse serait toute autre si un candidat de l'aile dite bourgeoise - qui finance en gros les affaires de cette presse - ou si un candidat de la classe politique traditionnelle était élu. On dirait certainement dans ce cas que le peuple Haitien a élu un président.

Il me semble que notre presse, au lieu d'être la voix du peuple qu'elle devrait représenter, au lieu de se faire l'écho de sa problématique, de sa réalité sociopolitique et culturelle, etc., se fait plutôt la voix de l'élite anti-changement, le seul vrai bénéficiaire du statu quo politique en Haiti. Je m'attendais à voir une presse plutôt indépendante, au lendemain du 7 Février, prête à accompagner le peuple dans sa quête farouche de
démocratie, capable de comprendre et d'analyser la sagesse de ce vote historique.

Mais l'ironie du sort a voulu que le 7 Février 2006, le peuple haitien, ou la majorité dite inculte et ignorante, sous le couvert des isoloirs, n'a pas seulement voté son président, ses sénateurs, et ses députés ; mais il a aussi voté contre la presse, l'intelligentsia, et les politiques haitiens. Il s'est prononcé haut et fort par le verdict des urnes ou, selon notre vernaculaire, le carnet des urnes, - considérant les pourcentages dérisoires des votes obtenus par des soi-disant grands candidats de la place, allant de 0,12% à 12%, - faisant ainsi d'une même pierre plusieurs coups : à la presse, il dit clairement vous n'êtes pas ma voix, mais plutôt celle de ceux qui vous paient ; à l'élite intellectuelle, vous ne réfléchissez pas avec moi et pour moi, car vos réflexions ne s'accordent pas avec ma réalité ; et aux politiques, vous n'êtes pas mon choix, parce que vous ne travaillez pas dans le sens de mes intérêts.

nJe pense que si le reportage de la victoire du président Préval en particulier, et de surcroît celle du peuple Haitien en général, au lendemain du 7 Février laisse augurer ce que sera la presse sous la présidence de Préval, on peut croire que ce dernier aura vraiment maille à bien diriger le pays.

En conclusion, si je pouvais faire une seule demande à la Presse Haitienne, je lui demanderais, au nom du peuple Haitien, au nom du respect des principes démocratiques, d'être plus objective. Après tout, ce qu'on peut réclamer d'une presse c'est son objectivité. Si le peuple pouvait, sans vous et contrairement à vos analyses idéologiques entichées de partialité, trouver dans les vicissitudes et les déboires qui forment le quotidien de son existence une sagesse profonde pour choisir ses dirigeants, il aura certainement besoin de vous pour faire aboutir sa démarche. Sans vous, votre plume, votre micro, et surtout votre impartialité, le peuple haitien tout entier ne réussira pas à créer un espace haitien démocr
atique, juste, viable, et vivable. Il y va de la survie de notre apprentissage démocratique. Messieurs, soyez la presse de tous les haitiens, surtout l'organe des sans-voix.

Merci

Patrick J. Honoré, P.E., Freeport, New York, Phonore1@hotmail.com
19 févr. 06
Source: http://www.haitiimpact.com/cgi-bin/inde ... &display=1 [/quote]

gelin

Tidodo_

Post by Tidodo_ » Mon Feb 27, 2006 3:19 pm

[quote]Il me semble que notre presse, au lieu d'être la voix du peuple qu'elle devrait représenter, au lieu de se faire l'écho de sa problématique, de sa réalité sociopolitique et culturelle, etc., se fait plutôt la voix de l'élite anti-changement, le seul vrai bénéficiaire du statu quo politique en Haiti.[/quote]

La presse pourrait faire mieux: reporter au lieu de prendre parti. Car si la presse est la voix du peuple, comment peut-elle être impartialle dans son reportage quand les actions du peuple laissent à désirer? Ma question ne veut pas dire qu'il n'y a pas certains bons points dans l'analyse d'Honoré.

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