Temoignage d'un Observateur Privé du Jour des Elections

Post Reply
T-dodo

Temoignage d'un Observateur Privé du Jour des Elections

Post by T-dodo » Fri Feb 10, 2006 12:51 pm

This was sent to me by a friend. It is so detailed that I though some of you might have an interest in it.

[quote]Observation électorale
Jeudi, 9 fév. 2006 14:07:22
J'étais observateur électoral le 7 février 2006
par François Chavenet*

En plus de ma décision ferme d'aller voter très tôt en cette journée électorale, je m'étais porté volontaire au CNO afin d'apporter une contribution citoyenne à ces joutes et de me faire une opinion très précise de la qualité de ces élections.

Très tôt ce matin-là, nous sommes arrivés, ma femme et moi, au centre « Collège Mixte Union des Éducateurs» de Delmas 83, aux environs de 6 h a.m. Il y avait déjà une foule assez importante de personnes en ligne, disciplinées et motivées.

J'ai laissé ma femme en ligne et me suis rendu à l'entrée du local, muni de m
on badge d'identification et de mon maillot CNO de circonstance ainsi que du kit de supervision qui m'a été remis la veille.

À cause de problèmes logistiques, je n'ai pu rentrer que vers 6 h 15. La pauvreté des lieux était surprenante et le manque d'espace et d'équipements de base était plus qu'évident. En effet, ce centre a dû accommoder 21 bureaux de vote dans un espace d'une superficie maximale de 200 m2 réparti en 8 « salles ». Il y a une entrée et une sortie sur la même façade, occasionnant des frottements inutiles entre votants. Pour se faire une idée de la situation, la circulation avant le vote avec tout le personnel des bureaux et les différents représentants mettait déjà à l'épreuve les structures.

En posant les questions de base aux responsables sur place et à travers leurs réponses, j'ai tout de suite compris que je n'étais pas là rien que pour observer. Voici quelques faits qui vous donneront une idée de la situation : absence de tables et de chaises pour déposer le maté
riel et permettre au personnel de se reposer. Les quelques bancs de très mauvaise qualité ont dû être mis à contribution afin de pallier cette énorme carence, alors que le « manager » du bureau avait la garantie du représentant autorisé de l'institution électorale que le matériel de base allait être livré. De plus, l'absence de facilités sanitaires était perceptible par notre odorat mis sérieusement à l'épreuve. Aucun poste de secours ou secouriste n'était visible pour un centre devant accueillir théoriquement 8400 votants.

La première grande difficulté constatée a été la lenteur mise pour organiser le matériel de vote[1], aggravée par les carences importantes citées plus haut. Le faible niveau de formation et/ou d'expérience des différents employés sautait aux yeux.

La deuxième grande difficulté a été constatée tardivement : dans les caisses de matériel prévu pour un numéro de bureau donné, il y avait des registres électoraux qui ne correspondaient pas. Difficulté mineure, me direz-vous,
sauf si cela avait été constaté avant d'inscrire sur les enseignes prévues à cet effet le numéro théorique du bureau figurant sur la boîte. Ceci a exigé la récupération de différentes listes électorales partielles pour les redistribuer correctement aux différents BV. Ne pas le faire aurait provoqué un véritable séisme car, le votant qui arriverait dans son bureau théorique ne retrouverait pas son nom sur la liste.

La troisième grande difficulté a résoudre a été la suivante : seulement 5 % des votants étaient au courant du numéro de leur bureau. Il a fallu donc que je prépare une feuille de synthèse des codes alphabétiques correspondant à chaque bureau (qui n'étaient pas placés nécessairement selon une certaine logique) après avoir constaté avec un cadre haitien de la Minustah que les listes correspondaient à une séquence alphabétique. J'ai donc passé dix heures à guider, à l'entrée du centre, un nombre incalculable de votants en fonction de leur nom et du numéro de leur bureau.

Quand les p
remiers votants ont finalement pu pénétrer l'enceinte, c'était lamentable de voir leur état physique, puisqu'il leur fallait passer à travers un véritable « laisser- frapper » : coups de bâton, sandales perdues, coiffures défaites, sueur coulant à flots, indignation, essoufflement, etc. Tel est le prix actuel pour exercer la démocratie en Haiti.

Une foule compacte a résisté à toutes les carences et à la fatigue pour exercer son droit de vote au cours d'une journée qui paraissait interminable, tant la « capacité d'absorption » du local était criante. Nous étions tous surpris de constater, à la fermeture physique de la grille principale vers 6 h p.m., qu'il ne restait pratiquement plus de votants. Avaient-ils tous pu voter ? Combien sont partis, découragés ? Telles étaient les questions que je me posais à ce moment précis.

Le crépuscule était déjà tombé quand arrivèrent les « VIP » du CEP, comme l'indiquait leur badge, avec des bougies aux fins d'éclairage pour compléter la partie que je
considère comme la plus essentielle des élections de ce pays. En effet, à part les incidents de la ruelle Vaillant en 1987, les autres joutes depuis la Constitution de 1987 ont toujours dévié lors de ces fameux dépouillements dont le contrôle a toujours échappé au CEP et à ses représentants.

La fatigue était plus que visible chez ces courageuses personnes (employés du CEP et mandataires de partis politiques) ayant défié des conditions de travail terribles depuis plus de douze heures déjà et qui s'apprêtaient à affronter encore de longues heures de labeur.

J'ai pu tenir le coup jusqu'au dépouillement de 3 bureaux pour les présidentielles car la séquence adoptée était la suivante : président, sénateurs, députés.

Mes observations jusqu'à 9 h 45 p.m. (je n'en pouvais plus !) m'ont permis de constater un processus transparent, sans trop de heurts entre les acteurs présents, où l'autorité des superviseurs était respectée et les observateurs et mandataires sollicités.

Cependan
t le décompte a révélé, pour les 3 bureaux observés, un taux de participation tournant autour de 50 %. Et la question à 1 million de dollars est la suivante : Quel est le profil de ces 50 % qui ne sont pas venus par découragement, peur, dispersion géographique, etc. ?

Au terme de cette journée « historique », je peux me permettre certaines réflexions :

Le contraste est choquant entre les moyens financiers et technologiques déployés pour aboutir à cette journée et l'accueil réservé à l'électorat (du moins dans ce centre spécifique).

L'Etat haitien doit respecter ses citoyens en choisissant des locaux plus adaptés et pouvant accueillir des gens en santé tout comme les personnes âgées, enceintes, handicapées. Des facilités sanitaires, ne seraient-ce que temporaires, doivent être fournies, ainsi qu'un poste de secours.

De plus en plus de quartiers sont gérés par une association, ce qui était le cas dans mon centre de vote. Est-ce que des contacts avaient été établis dans un sen
s ou dans l'autre ? Car, un appui logistique minimal aurait pu être fourni en terme d'éclairage, eau, snack, tables et chaises.

De par ce que j'ai pu voir, pour de ne pas créer d'écarts entre l'intention de voter (reflétée notamment par les sondages) et l'action elle-même, les conditions matérielles doivent encourager tout un chacun. Nous devons réduire le plus que possible les sources de démotivation des électeurs. Autrement dit : que ce ne soit pas le plus résistant seulement qui arrive à exercer son droit de vote.

Les secteurs de la société civile (associations, regroupements, fondations, etc.) doivent être plus présents lors de ce genre d'opération et participer jusqu'au bout au processus, en compagnie des membres de BV. Cette réflexion est aussi valable pour beaucoup de partis politiques que ne se manifestent qu'à travers des notes de presse.

Les tendances du vote vont définitivement sanctionner certains « leaders » qui, selon le dépouillement partiel que j'ai pu observe
r, devront baisser leurs prétentions et briguer des postes à leur portée.

*Comptable professionnel agréé, directeur associé du CEGEC (Cabinet d'étude de gestion d'économie et de comptabilité)

Matricule # 100 359
Centre observé : 01-09-25-02-88-86
Adresse : Delmas 83[/quote]

User avatar
admin
Site Admin
Posts: 2153
Joined: Thu Nov 13, 2014 7:03 pm

Post by admin » Fri Feb 10, 2006 3:41 pm

Merci Jean-Marie! C'est un bon rapport qui rejoint dans les grandes lignes mes propres observations lors des élections de novembre 200 à Jérémie. Les conditions physiques des bureaux de vote sont réellement dégradantes, mais la patience et le dévouement du staff m'ont paru sans borne. Et dire qu'il n'étaient même pas sûrs qu'ils seraient payés (à l'occasion, cela a pris des mois).

Après mes observations et celles que je viens de lire, je suis convaincu que le peuple haitien est prêt à tout sacrifice pour l'adoption d'un vrai système démocratique.

Post Reply