La Chute Du President Aristide

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T-dodo

La Chute Du President Aristide

Post by T-dodo » Wed Dec 01, 2004 2:04 pm


Retour sur la chute du président haitien
Par Maurice Lemoine,
Le Monde Diplomatique
22 Septembre 2004.

Le bicentenaire de l'indépendance d'Haiti a été marqué par des tensions qui ont abouti au départ contraint et forcé du président Jean-Bertrand Aristide, le 29 février. Victime d'un « coup d'Etat moderne » pour les uns, dictateur justement évincé pour les autres, l'ex-président demeure très controversé. Mais l'issue de la crise soulève aussi de nombreuses questions sur les ambiguités de son ex-opposition.

Au commencement était « Titid », le prêtre des bidonvilles, la voix des sans-voix. En ce temps-là, depuis l'église don Bosco, à Port-au-Prince, celui qui deviendra le président Jean-Bertrand Aristide représente l'espoir d'un peuple crucifié, de 1957 à 1986, par la dictature des Duvalier. Sans surprise, ce peuple et son
mouvement Lavalas (« l'Avalanche ») portent le curé des pauvres au pouvoir en 1990, au cours du premier scrutin libre du pays. Se montre-t-on alors trop enthousiaste ? « On n'a pas eu le temps de réfléchir à la personnalité de l'individu, confie l'un de ceux qui, après l'avoir accompagné, ont pris quelque distance (mais qui ne le fait pas aujourd'hui ?), pas eu le temps de comprendre comment il pourrait passer d'un discours de type prophétique, où il dénonçait le mal, à l'exercice du pouvoir.

Quel pouvoir au demeurant ? Lorsqu'il revêt son nouvel habit, M. Aristide ne tient pas l'histoire dans ses mains. Washington a envahi la Grenade en 1984 et achève de mettre à genoux les sandinistes au Nicaragua. Sous l'œil approbateur de George Bush père et avec l'aide de la CIA, le général Raoul Cédras n'attend pas plus de sept mois pour renverser le chef de l'Etat haitien. A dater du 29 septembre 1991, dans un chaos sciemment organisé, on marche sur les cadavres des « lavalassiens ». Il faudra attendre le 19 se
ptembre 1994 pour que le président américain William Clinton, avec l'aval du Conseil de sécurité des Nations unies, envoie 20 000 soldats rétablir le pouvoir légitime et (surtout) mettre un terme au flot des boat people cherchant refuge sur les côtes des Etats-Unis.

Toutefois, si les temps anciens reviennent, ce n'est pas sous la forme imaginée. « Ne comptait plus pour lui que la puissance à travers le pouvoir et l'argent », peut-on entendre au lendemain du 29 février 2004 et de la nouvelle défenestration du président – réélu le 20 novembre 2000, pour un second mandat. Suit la liste des turpitudes de l'ancien « petit curé », rendu responsable ou complice de tous les crimes d'Haiti, depuis le narcotrafic et l'assassinat d'opposants jusqu'aux chiens écrasés dans la rue.


Des opérations de diabolisation

S'agit-il vraiment là de celui à qui, le 8 janvier 1997 encore, l'Unesco remettait le Prix 1996 de l'éducation aux droits de l'homme, ou assiste-t-on
à l'une de ces opérations de diabolisation mises en œuvre dès qu'un leader populaire – à l'instar de M. Hugo Chávez au Venezuela – se mêle de chambouler, dans l'arrière-cour des Etats-Unis, le désordre établi ?

Dans cette histoire dérangeante, les trois ans d'exil de l'ex-président, son désespoir sans doute, sa frustration sûrement, pèsent de tout leur poids. « Il est parti Aristide, il est revenu “Harry Stide” », résume abruptement Mme Anna Jean Charles, militante du syndicat Batay Ouvriyé (lire encadré). De fait, à Washington, où il se lie étroitement au Parti démocrate (et particulièrement au Congressionnal Black Caucus), le pitit soyèt (fils du peuple) découvre les grands deals de l'establishment américain. Toujours considéré comme le président en exercice, gérant les fonds gelés de son gouvernement, il devient un « grand mangeur », comme on dit dans son pays – auquel il fait imposer un embargo dévastateur pour les plus démunis. Quant à ses nouveaux amis démocrates yankees, en le ramenant au pouvoi
r, ils vont bénéficier largement des privatisations à venir, notamment dans le secteur des télécommunications.

Réinstallé dans ses fonctions, l'ancien « curé des pauvres » applique en effet les mesures néolibérales exigées par les institutions financières internationales. Et il le fait à sa manière. M. Jean-Claude Bajeux est ministre de la culture lorsque se prépare, en conseil des ministres, un premier train de privatisations. Il raconte : « Alors que le premier ministre Smarck Michel préconisait de préparer les appels d'offres, le président l'interrompt : “Pourquoi ne s'organise-t-on pas pour distribuer ces choses-là entre nous ?” »

C'est pourtant à ce même Aristide que l'île doit, en 1996, la première passation de pouvoir pacifique entre deux responsables élus démocratiquement. Dans l'impossibilité constitutionnelle de se représenter immédiatement, il laisse alors la place à M. René Préval, l'un de ses anciens premiers ministres et amis. De manière contradictoire, c'est durant cette période q
ue la crise se noue. Alors que « Titid » est devenu le « Duc de Tabarre », du nom du quartier où il s'est fait bâtir une somptueuse villa, de nombreuses dissensions agitent Lavalas. Issu de l'Organisation politique Lavalas (OPL) – qui a accompagné M. Aristide dans le cadre d'un flirt sans amour, d'une union sans passion, juste par intérêt –, le premier ministre Rosny Smarth démissionne en juin 1997, provoquant une paralysie du système politique qui durera de très longs mois.

L'espace démocratique souffre déjà de multiples accrocs lorsque surviennent les élections destinées à pourvoir les 7 500 sièges vacants au niveau local et national, en mai 2000. Si les observateurs internationaux estiment que, globalement, le scrutin s'est déroulé normalement, une forte contestation surgit. Sept candidats sénateurs qui auraient dû se soumettre à un deuxième tour se sont vu attribuer des sièges, sans autre forme de procès. Situation d'autant plus paradoxale que, même sans fraude, Fanmi Lavalas (« Famille l'Avalanche
», le nouveau parti de M. Aristide) l'aurait largement emporté. « Seulement, note M. Micha Gaillard, ex-porte-parole de M. Aristide en exil, il faut qu'il contrôle la totalité des choses, il voulait 100 % des sièges au Parlement. Comme il l'a dit pendant le coup d'Etat : “Je suis le centre d'une roue de bicyclette, tous les rayons convergent vers moi.” »

D'aucuns objectent que M. Aristide a surtout été victime de partisans trop zélés « qui ont joué avec les urnes et l'ont débordé ». Sa seule faute : « Il n'a rien dit et a laissé pourrir la situation. » Peut-être. Mais l'examen des statuts de Fanmi Lavalas révèle un détail éclairant (1). « A été élu Représentant National [dirigeant de l'organisation], annonce l'article 29, le Président Jean-Bertrand Aristide », avant que l'article 32 ne précise : « Le poste de Représentant National devient vacant si le Représentant décède ou démissionne. » Aucune référence, nulle part, à la tenue d'élections internes. En d'autres termes, sauf volonté propre d'abandonne
r sa fonction, M. Aristide est implicitement et explicitement « président à vie » de son parti ! Dévastateur. On ne voit plus guère de différence entre sa philosophie politique et celle des Duvalier.

Effet boomerang, les élections de mai 2000 vont offrir un argument en or à l'opposition pour engager le bras de fer alors qu'elle se trouvait en situation d'infériorité. Afin de le délégitimer, elle boycotte le scrutin présidentiel de novembre 2000, que M. Aristide remporte, fort d'un appui populaire jamais démenti. La communauté internationale n'en gèle pas moins la plupart de ses aides et de ses prêts, enfonçant par-là même le pays dans le dénuement et le chaos.

En permanence, le malentendu aura deux faces, entretenant la confusion. « Sur certains points, témoigne le Père Frantz Gandoit, prêtre dominicain appelé à diriger (et qui dirige toujours) la campagne d'alphabétisation, Aristide conservait une vision sociale et la détermination d'en faire triompher quelques aspects. Il a, par exemple, réell
ement voulu un changement éducatif dans le pays profond. Mais, sur d'autres points, il a pratiqué la realpolitik, très machiavéliquement. » D'aucuns croient encore voir en lui un leader progressiste aux prises avec l'« ogre yankee ». Mais, s'il évoque avec flamme Toussaint Louverture dans ses discours, Charlemagne Péralte (2), le héros anti-américain, en disparaît.


Un enthousiasme irréfléchi

Tandis que le peuple affronte ses affres quotidiennes et que les grosses fortunes se consolident, le ministère des affaires sociales prend systématiquement le parti des patrons contre les travailleurs. Quand des syndicalistes liés à Batay Ouvriyé sont assassinés à Guacimale, le 27 mai 2002, le régime se retourne contre les victimes, dont quelques-unes se retrouvent en prison.

Les certitudes se lézardent encore avec le scandale dit « des coopératives », en 2001 et 2002. Tout commence avec un discours lancé depuis le Stade national : le président invite ses conc
itoyens à épargner en plaçant leur argent dans des coopératives. Dans le plus grand désordre, sans structures rigides, les coopératives en question apparaissent, dirigées par on ne sait trop qui. Au nom de la « solidarité sociale » , on annonce des taux d'intérêt extraordinaires : 12 % par mois (140 % par an !). Un enthousiasme irréfléchi gagne les classes moyennes. Certains vendent leur voiture, leur petit bout de maison, espérant doubler leur mise en un an. Même les plus pauvres mettent la main à la poche. Lorsque, du jour au lendemain, toutes les coopératives font faillite et disparaissent avec l'argent des épargnants, environ 170 millions de dollars ont changé de mains. Seule réaction du pouvoir : il emprisonne M. Rosemond Jean, le président de l'association des victimes... Le mouvement anti-Aristide monte d'un cran.

Pour autant, et compte tenu du dénouement de la crise – la mise sous tutelle du pays –, si l'ancien prêtre porte une énorme responsabilité, l'opposition n'en est pas exempte. Lorsqu'ell
e reproche à M. Aristide sa complicité avec les politiques du Fonds monétaire international, elle oublie que, quand il dirigeait le gouvernement, M. Rosny Smarth a également signé un plan d'ajustement structurel. Majoritaire entre 1995 et 2000 avec 36 députés et 8 sénateurs, son parti, l'OPL (ex-Organisation politique Lavalas, devenue Organisation du peuple en lutte), explique alors que, « par souci de compromis, elle n'a pas mis son propre programme en œuvre ».

Les élections de mai 2000... Lors de son retour à la présidence, M. Aristide a demandé aux sept sénateurs de son parti « élus » irrégulièrement de renoncer à leur charge. Rien n'y fera, l'opposition n'acceptera aucun compromis. Boycottant le Congrès et refusant de participer à toute initiative gouvernementale, elle se contente de dénoncer la désastreuse situation économique – qu'aggrave l'embargo (justifié par la crise politique) – et... le refus de dialogue du gouvernement.

Dépourvus de poids réel, les partis politiques, regroupés au se
in de la Convergence démocratique (3), échoueraient pourtant si n'arrivait à la rescousse le Groupe des 184, ensemble d'associations de tout type – la « société civile » – dirigé par M. André Apaid, le plus gros employeur industriel haitien. L'homme exploite plus de 4 000 travailleurs à qui il verse 68 cents par jour, alors que le salaire minimum légal est de 1,50 dollar, et s'est opposé à une augmentation de ce salaire minimum voulue par M. Aristide. Cette alliance contre nature ne trouble pas les partis de gauche. « Sur toute une série de points, il y a eu consensus, confie M. Gérard Pierre-Charles, coordonnateur de l'OPL : l'introduction de la démocratie, des libertés publiques, la nécessité de changer la vie en Haiti. » On oublie les divisions, les susceptibilités, les vieilles blessures, l'absence de projet commun. Un seul objectif : renverser le chef de l'Etat.

Nul ne mettra en doute la probité personnelle et la courageuse trajectoire de dirigeants, intellectuels et militants tels que MM. Gérard
Pierre-Charles (OPL), Micha Gaillard ou Jean-Claude Bajeux (Konacom), pour ne citer qu'eux. Mais l'intransigeance de la coalition ambiguë dont ils font partie (M. Gaillard en devient le porte-parole) va précipiter la catastrophe. Boycotté par elle, abandonné par la communauté internationale, privé de toute aide, l'ancien prêtre ne peut plus compter que sur la masse des défavorisés.

Au-delà d'une dérive individuelle qu'ils ne perçoivent pas forcément, ceux-ci, non sans quelque raison, voient dans l'offensive menée contre « Titid » une tentative d'« éliminer le peuple du pouvoir ». En tant que telle, la Plate-forme démocratique (Convergence démocratique + Groupe des 184) n'a jamais exprimé la plus modeste revendication sociale. Déjà présente, avec en fer de lance un succédané des « tontons macoutes » – les « chimères » –, une violence aveugle s'abat sur l'opposition.

En la matière, on fait sans doute porter à M. Aristide un chapeau beaucoup trop large pour lui. « Prenez n'importe quel peuple, s'in
surge Jacques Barros (4), pressurez-le, écrasez-le, désespérez-le, poussez-le à la mort, et vous passerez de la République de Weimar à Hitler, de la Ligue des justes à Staline, des fidèles de don Bosco aux “chimères”. » La dictature du général Cédras a essentiellement frappé le mouvement populaire – 4 000 morts – et éliminé les meilleurs de ses dirigeants. En 2003 encore, des raids meurtriers blessent et tuent des partisans de Fanmi Lavalas, notamment à Petit-Goâve et dans le bas Plateau central (5), pour ne citer que ces cas. Si l'on rajoute à ce contexte une gigantesque vague d'insécurité (amenant toutes les familles aisées à s'armer), ce que certains appellent « le romantisme verbal du peuple en armes » peut se comprendre à défaut de se justifier.

On entre dans une autre dimension avec les « chimères », « groupes de choc du président ». En l'absence d'une armée (dissoute par M. Aristide lors de son retour d'exil) et avec en mémoire le coup d'Etat de 1991, le régime distribue des armes. Aux officiels
du gouvernement, dans les mairies, dans les bidonvilles, à des leaders naturels soucieux de justice sociale, à des éléments du lumpenprolétariat. Seulement, une fois armés, certains deviennent exigeants et dangereux. Ils commencent à quémander du pouvoir, puis se comportent en gangs criminels, en réseaux de type mafieux, structurés en sous-main par la police qui mène avec eux des opérations de toute sorte, des enlèvements au narcotrafic. Tout en contrôlant les quartiers d'une poigne de fer, en attaquant les manifestations de l'opposition, en brûlant les locaux des organisations politiques, « pour soutenir le président ».

Que M. Aristide ait personnellement organisé ou dirigé ces groupes reste à prouver. En revanche, il ne les a jamais combattus ou condamnés. « Au contraire, explique l'un de ses ex-proches avec un soupir d'amertume, il expliquait qu'ils étaient le produit de la misère – ce qui est aussi vrai ! – et articulait son discours en leur disant implicitement : “Allez-y !” » L'important pour lu
i n'était pas la construction du mouvement populaire, mais son contrôle, la mise en place d'une clientèle utilisable en cas de nécessité.

Ce faisant, le président tombe dans son propre piège. Car c'est le soulèvement de M. Butteur Métayer, dans la ville portuaire de Gonaives, début février, qui marquera pour lui le commencement de la fin. Membre de l'Armée cannibale, qui l'a longtemps soutenu, y compris par la violence, en échange du contrôle des douanes, M. Métayer, tombé en disgrâce car trop voyant, a changé de camp. Il sera bientôt rejoint par la clique des ex-militaires – criminels, voyous et narcotrafiquants – surgis de République dominicaine, et qui, en contrôlant 5 des 9 départements du pays, feront tomber M. Aristide.

Cette bande mercenaire n'a pas surgi du néant. Aux Etats-Unis, les républicains haissent M. Aristide, mais il a l'avantage de maintenir un calme relatif et applique les réformes néolibérales. Formellement, ils l'appuieront jusqu'à la fin, M. Colin Powell ayant même de vives
discussions avec l'opposition pour la pousser à transiger. En sous-main, le sous-secrétaire d'Etat pour l'Amérique latine, l'ultraconservateur Roger Noriega, et la CIA n'entendent toutefois pas perdre le contrôle de la situation et risquer de voir arriver au pouvoir, à Port-au-Prince, des hommes qu'ils n'auraient pas choisis.

A la fin mars 2004, alors que l'ex-président se morfond en Afrique du Sud, seront rendus publics à Santo Domingo (République dominicaine) les résultats préliminaires d'une commission d'enquête sur Haiti menée par l'ancien procureur général des Etats-Unis, M. Ramsey Clark. La commission révèle que « les gouvernements des Etats-Unis et de la République dominicaine auraient participé à l'armement et à l'entraînement, dans ce pays, des “rebelles” haitiens ». Elle constate que 200 soldats des forces spéciales américaines sont arrivés en République dominicaine pour participer à des exercices militaires, en février 2003. Avec une autorisation du président Hipólito Mejía, ceux-ci se réal
isent « à proximité de la frontière, dans une zone d'où, précisément, les ex-militaires haitiens lançaient régulièrement des attaques contre des installations de l'Etat haitien (6) ». Rien de nouveau. Dans les années 1980, le Honduras a joué le même rôle vis-à-vis des sandinistes, au Nicaragua.


Dangereux premier pas

L'avancée des ces bandes armées permettra à l'ambassadeur des Etats-Unis, M. James Foley, le 29 février 2004, de pousser le président vers la sortie, aidé dans cette tâche et dans la mise en place d'une force de paix par… Paris. Tout en cherchant une réconciliation après la crise irakienne, la France n'entend pas laisser Washington faire cavalier seul, au risque de l'évincer d'une île à laquelle l'attachent des liens historiques. En lui demandant des réparations de plus de 21 milliards de dollars, M. Aristide l'a par ailleurs fortement agacée (7).

Reste une question clairement posée, entre autres, par les dirigeants des Etats de la Car
aibe. Quelle légitimité ont des puissances comme les Etats-Unis et la France pour « sortir » de la sorte un chef d'Etat ? « En tant que président de l'Assemblée nationale, nous confirme le sénateur Ivon Feuillé (Fanmi Lavalas), je n'ai jamais reçu aucun document me permettant de dire que le président a démissionné. » Cette intervention étrangère est vécue, à juste titre, comme un dangereux premier pas permettant, demain, à la Maison Blanche de procéder de même à Cuba, au Venezuela, voire en Colombie ou en Bolivie.

Cet aspect de la question ne préoccupe guère l'ex-opposition haitienne. Jusqu'au dernier moment, elle a choisi la politique du pire. Le 21 février 2004, M. Aristide avait accepté un plan international prévoyant la poursuite de son mandat jusqu'en 2006, la nomination d'un premier ministre « neutre et indépendant » ainsi que d'un nouveau gouvernement, en concertation avec l'opposition. La Plate-forme démocratique rejeta le plan : il ne mentionnait pas la démission du président. Sur ce point – l
e départ de M. Aristide –, elle a obtenu gain de cause. Mais le lendemain de fête la retrouve aussi frustrée que soulagée. Dans un scénario de fin de crise qu'elle n'a pas écrit, la privant de sa victoire, Washington, outre une occupation par des troupes étrangères (8), lui a imposé un « premier ministre d'importation », M. Gérard Latortue (9).

Le 20 mars, celui-ci n'a pas hésité à qualifier les « rebelles » autoproclamés, membres de l'ancienne armée tortionnaire, de « combattants de la liberté ». On parle d'en recruter certains pour apporter du « sang neuf » à la police nationale. En milieu rural, érigés qui en autorité déclarée, qui en chef naturel, ils permettent aux « grands dons » (grands propriétaires) ou autres duvaliéristes de recommencer à semer la terreur en essayant de voler les terres des petits paysans, comme au bon vieux temps.

On parle certes, à terme, d'organiser des élections. Mais comment mener campagne quand le Nord (Cap Haitien), l'Artibonite (Gonaives) et le Plateau central
(Hinche, Mirebalais) demeurent sous la coupe de ces groupes armés ? Pendant ce temps, une chasse aux sorcières se poursuit contre les partisans de M. Aristide – interdictions de sortie du territoire, mesures restrictives de liberté, arrestations, extraditions illégales aux Etats-Unis. Beaucoup se cachent, d'autres sont assassinés. Or Fanmi Lavalas reste sans doute, jusqu'à nouvel ordre, le mouvement politique le plus populaire sur le terrain...

Maurice Lemoine

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Haiti: Titide's Downfall

Post by admin » Fri Dec 03, 2004 12:39 pm

Haiti: Titide's Downfall
Maurice Lemoine

In the beginning there was Titide, preacher of the slums and shantytowns and voice of the disenfranchised. Titide - Jean-Bertrand Aristide - was ordained in 1983 and served as parish priest at the Don Bosco church in Port-au-Prince. Haitians had suffered under the Duvaliers since 1957, when François “Papa Doc” took power. When the brutal dictatorship of his son, Jean-Claude “Baby Doc” ended in 1986, Titide was the great hope of a desperate people.

When Haitians finally voted in free elections in 1990, it was no surprise that Aristide was elected president. He waited until the last day of registration to announce his candidacy, ensuring an electrifying campaign called Lavalas, Creole for flood. With hindsight it is easy to see this rush of enthusiasm as excessive and misplaced. “We didn't have time
to think about his personality as an individual,” admits one of his many former supporters. “We didn't have time to think about how he would move from the status of a prophet, speaking out against evil, to a position of power.”

But what power? Even as a president newly elected by a massive majority, Aristide was not in full control of his destiny. The world saw how the United States invaded Grenada in 1984 and crushed the Sandinistas in Nicaragua. In Haiti, US intervention took the form of CIA aid to General Raoul Cédras, who ousted Aristide in a coup barely seven months after the election, to the delight of President George Bush Sr.

On 29 September 1991 Haiti entered three years of orchestrated chaos that left many Lavalassiens dead. But the US did not intervene again until 19 September 1994, when Bill Clinton's ad ministration, with United Nations backing, sent 20,000 soldiers to reinstate the legitimate government and (more importantly from the US viewpoint) stop an armada of boat people w
ho sought refuge in the US.

Yet Aristide's comeback was not a return to the good old days: by 29 February 2004 when his third term as president ended (René Préval served from 1995 to 2000), the consensus was that he no longer cared about anything but power and money. This assertion was accompanied by a list of the little curé's misdemeanours: he was thought to be an accomplice to (if not directly responsible for) every crime - drugs trafficking, political assassinations and the dead dogs in the street. Could this be the man who received the 1996 Unesco prize for human rights education? Or is he being unfairly demonised, as popular leaders, notably Venezuela's Hugo Chávez, are when they have the nerve to upset the established disorder in the US's backyard?

Aristide's experiences during his three-year exile in the US loom over this. He presumably arrived in a state of frustration and despair. But he returned transformed, Americanised: “He left as Aristide and came back as Harry Steed,” says Anna
Jean Charles of the Batay Ouvriyé union (see box below). In Washington the pitit soyèt (child of the people) aligned with the Democratic party and the Congressional Black Caucus (a grouping of black members of the House of Representatives) and discovered the US establishment, big business and capitalism. Treated as a serving president in charge of Haiti's frozen assets, he grew greedy. With the help of his new Democrat friends, he had an embargo imposed on Haiti, with devastating effects for his poorest compatriots. The new friends brought Aristide back to power and were richly rewarded in the ensuing round of privatisations, particularly in telecommunications.


No Longer Priest of the Poor

For, on his return to power, the former priest of the poor followed the instructions of the international financial institutions and liberalised the Haitian economy. He had his own peculiar way of doing this. Jean-Claude Bajeux was minister for culture when the first round o
f privatisations was debated by the cabinet. “When the prime minister, Michel Smarck, said we should draw up some invitations to tender, the president interrupted him: 'Why don't we just arrange it so we can share these things out between us?' “ \

Yet this is the Aristide to whom Haiti owes its only ever peaceful transition of power between two democratically elected leaders. In December 1995, constitutionally excluded from standing for election immediately, he gave way to Préval, a friend and former prime minister. The seeds of the crisis in 2004 were sown during this period: Aristide moved into a grandiose villa on the edge of Port-au-Prince, no longer Titide but the “Duke of Tabarre” after the suburb in which it was built.

The Lavalas Political Organisation (OPL), which had supported Aristide since 1991, more out of self-interest than political conviction, and was the largest party in parliament, defected from the Lavalas movement. The OPL prime minister, Rosny Smarth, resigned in June 1997
, beginning a long period of political stagnation. There were already many cracks in Haiti's democratic system before the May 2000 elections, which were to fill 7,500 seats at local and national levels.

Although international monitors judged that the vote had, on the whole, been properly handled, the results were fiercely contested. Seven seats in the senate were handed directly to candidates who should have had to win a second round to ensure election. It was a peculiar situation because Fanmi Lavalas (Lavalas Family), Aristide's new party, had been assured of a massive majority without having to cheat. “But he just had to control every single thing,” recalls Micha Gaillard, who was a spokesman for Aristide while in exile: “He wanted 100% of the seats in parliament. As he said during the coup, 'I am the hub of a bicycle wheel and all the spokes point to me'.”

Some maintain that Aristide did not cheat and that the cheating was the work of a few overzealous members of his party who filled the u
rns to overflowing. His only error was that “he did not speak out and left the system to rot”. Maybe so. But a revealing passage in the Fanmi Lavalas party constitution undermines such confidence: “President Jean-Bertrand Aristide has been elected National Representative” [party leader], reads clause 29, while clause 32 states: “The position of National Representative becomes vacant if the Representative dies or resigns” 1. Nowhere is there any reference to internal elections. Aristide had declared himself president for life of his party. This revelation leaves little to distinguish his political philosophy from that of the Duvaliers.

Aristide's artificially enhanced victory in the May 2000 elections flew right back in his face. The opposition, electorally weak, was able to capitalise on this opportunity to cause a scandal by boycotting the presidential election that November. Although Aristide won that easily and genuinely, his fervent popular support undiminished, the international community froze m
ost of its aid and loan payments to Haiti. The country plunged into destitution and chaos.

Doubts as to whether Aristide was good or bad persisted, confusing Haiti. Father Frantz Gandoit, a priest of the Dominican order, was appointed and remains head of Haiti's literacy campaign. “On certain issues,” he says, “Aristide maintained a true social vision. He was determined to succeed in certain areas. He genuinely wanted to see far-reaching improvements in education. But on other issues he engaged in realpolitik of the most Machiavellian kind.” Some continued to see Aristide as a progressive leader struggling against the Yankee monster. But he no longer preached anti-Americanism: though he still cited Haiti's liberation hero, Toussaint L'Ouverture, in speeches, he dropped all mention of Charlemagne Péralte, martyr of the resistance against the 1915-1934 American occupation, who was executed in November 1919.


"Hub of the Bicycle Wheel"

As a lucky few amasse
d fortunes and all other Haitians scraped by from day to day, the ministry of social affairs systematically sided with bosses against the workers. The regime even used the assassination, on 27 May 2002 at a rally in Guacimale, of two unionists linked to Batay Ouvriyé as a pretext for arresting union members. Confidence in the regime evaporated further with the cooperatives scandal of 2001-2002. In a speech at the national stadium, Aristide invited Haitians to save money by investing in new institutions called, for reasons unexplained, cooperatives. It was never clear who was in charge of these, hastily set up amid total disorganisation. While encouraging investors to act out of a spirit of social solidarity, they promised ludicrous rates of interest - 12% a month or 140% annually. A fever swept the middle-classes and some sold cars and homes in the hope of doubling their investment in a year. Even the poorest dug deep into their pockets. Then, suddenly and simultaneously, the cooperatives went bust. Around $1
70m had been invested. The government's only action was to imprison the chairman of the victims' association, Rosemond Jean. The anti-Aristide movement strengthened.

Aristide bears much of the responsibility for this scandal but the opposition was not blameless. The OPL (it kept the acronym after dropping its association with Lavalas, calling itself Organisation du Peuple en Lutte, organisation of struggling peoples) attacked Aristide for complying with International Monetary Fund directives, forgetting that its own leader, Rosny Smarth, signed a structural adjustment plan when he was prime minister. The OPL claims that out of a spirit of compromise it did not enact its own programme when it was the largest party in parliament (1995-2000).

After his re-election in November 2000, Aristide tried to correct the irregularities of the May vote by asking the seven improperly elected Fanmi Lavalas senators to resign. But the opposition had lost interest in compromise. It boycotted Congress and would
not participate in government initiatives. Instead it denounced the state of the economy, due mostly to the US trade embargo, which was justified by the political crisis that its own attitude perpetuated. Even more hypocritically, it attacked the government for refusing to negotiate.

Yet the opposition parties, united as the Demo cratic Convergence coalition 2, had little real electoral importance. Their survival depended on the support of the Group of 184, which brought together organisations within Haitian civil society. The leader of the Group was André Apaid, Haiti's largest industrial employer. His businesses had some 4,000 workers, each paid 68 US cents a day. Not content with ignoring Haiti's official minimum wage of $1.50, Apaid had opposed Aristide's proposals that it be increased. He was not the likeliest associate for a movement of broadly centre-left political parties.


"Consensus on a Range of Issues"

But that did not seem to worry the coali
tion. “There is consensus on a whole range of issues,” said Gérard Pierre-Charles, general coordinator of the OPL, “democracy, civic freedoms, the need to change the way we live in Haiti.” Divisions, potential divisions, old wounds and the lack of any common agenda were smoothed over in service of a single, unifying purpose: to get rid of Aristide. Pierre-Charles is one of many intellectuals, leaders and campaigners - including Micha Gaillard and Claude Bajeux of the National Congress of Democratic Movements (Konakom) - whose courage and probity are not in doubt. But all were part of a coalition whose ambiguous nature and intransigent tactics brought catastrophe to Haiti.

Its refusal to negotiate with Aristide left him isolated, abandoned by the international community and deprived of aid. His only option was to fall back on the support of the impoverished masses, many of whom were unaware how their hero had changed. Most saw attacks on Titide as an attempt to take power away from the people. It is no
t hard to understand why. The Democratic Platform (a coalition of Democratic Convergence and the Group of 184) had not, as a political entity, proposed a single social policy reform. The violence always beneath the surface of Haitian society boiled over as the Chimères, armed gangs of Aristide supporters who recalled the Duvaliers' Tontons Macoutes (bogeymen), attacked the opposition.

Aristide has been given more than his fair share of blame for the violence. “If you put people, no matter who, under this sort of pressure, if you plunge them deep into despair and crush them to death,” says an angry Jacques Barros, former head of the French Institute in Haiti 3, “then this is what you get. You go from Weimar Republic to Hitler, from the League of the Just to Stalin, from the Salesians of Don Bosco to the Chimères.” The people were used to being attacked: General Cédras's dictatorship had wiped out the leadership of the popular struggle and killed 4,000 followers. Attacks on Fanmi Lavalas supporters were
still frequent as late as 2003 - there were murderous raids at Petit-Goâve and in the central plain 4. Insecurity swept the country and any family that could afford to do so armed itself.

This helps to explain, if not to justify, how Haitians came to be enthralled by a romantic image of themselves as a people in arms. Yet the emergence of the Chimères did change the nature of Haitian violence. Since Aristide had disbanded the army on return from exile, the state had armed its citizens as a defence against a repetition of the military coup that brought Cédras to power in 1991. Weapons were handed out to government officials, local councils and citizens with leadership qualities and a concern for social justice, or passed around the shantytown-dwellers. Some of these, once armed, began to make demands and threats. Greedily amassing power, they organised themselves into gangs and mafia networks. The police collaborated with these groups in operations from kidnapping to drugs-trafficking. Ruling their ne
ighbourhoods with an iron hand, these gangs also engaged in political violence, supporting the president by attacking opposition demonstrations and burning down party headquarters.


Encouraging the Violence

There is no proof that Aristide had any hand in running these groups. But he never spoke out against them and made no attempt to quell their activities. “He did just the opposite,” says a former ally, bitterly. “He explained that they were the products of destitution, which is true, but his whole tone was implicitly egging them on.” What mattered for Aristide was to have a clientele within the popular movement, so that he could control the violence if he needed to do so.

The strategy backfired. The rebellion in the port of Gonaives in February 2004 was led by Butteur Métayer, a member of the Cannibal Army, a gang that supported Aristide in exchange for control over the port's customs. Métayer had fallen out of favour with the president and accused the
regime of killing his brother. He changed sides. His uprising was soon joined by former soldiers, criminals, drug-traffickers and underworld figures from the Dominican Republic. The rebellion spread across Haiti until it controlled five of nine administrative areas and brought down the president.

This mercenary army did not come out of nowhere. US Republicans may have hated Aristide, but he had maintained a state of relative calm and agreed to neoliberal reforms. Officially they supported him to the end. The Secretary of State, Colin Powell, made strenuous efforts to reach a deal with the opposition. Neither the CIA nor the ultra-conservative Roger Noriega, assistant secretary of state for Western hemisphere affairs, wanted to see Haiti taken over by men they had not chosen.

In March 2004 in the Dominican capital Santo Domingo, the Haiti Commission of Inquiry, headed by former US attorney-general Ramsey Clark, published its preliminary findings. Aristide was languishing in Jamaica. Noting tha
t 200 US special forces had travelled to the Dominican Republic for “military exercises” in February 2003, the commission accused the US of arming and training Haitian rebels there. With permission from the Dominican president, Hipólito Mejía, US forces trained near the border, in an area used by former soldiers of the disbanded Haitian army to launch attacks on Haitian state property. (The Dominican Republic's collusion is not new. In the 1980s Honduras played a similar role in the US campaign against the Sandinistas of Nicaragua.)

With US-trained fighters at their core, the rebel gangs spread to Haiti, creating the situation that enabled US ambassador James Foley to force Aristide out on 29 February 2004. Washington's principal western ally was Paris. France was keen to repair relations with the US after the Iraq crisis and anxious to prevent the US from taking Haiti out of the French sphere of influence within which it had always been. France had little time for Aristide, who demanded $21bn as repa
yment for the 90m gold francs Haiti had paid for independence from France in 1804.

Regardless of Aristide's personal faults, his departure has worried many observers, particularly leaders of other Caribbean and South American states: what right do powers such as the US and France have to remove a head of state this way? “I never received a single document saying that the president had resigned,” says Ivon Feuillé of Famni Lavalas, chairman of the National Assembly at the time of Aristide's departure. Not without reason many see the Franco-American intervention in Haiti as a dangerous precedent that could encourage the US to do something similar in Cuba or Venezuela or even Colombia or Bolivia.

But the former Haitian opposition has other things on its mind. It was partially robbed of its victory by the US. On 21 February Aristide's opponents rejected a generous plan by which he had agreed to cooperate with them in forming a new, multi-party government, with an independent and neutral prime mini
ster. For the rebels, though, Aristide had to go. And so he went. The rest of the script was written in Washington. The government was handed to an imported prime minister, Gérard Latortue 5, and many foreign troops moved on to Haitian soil 6. On 20 March Latortue referred to the self-declared rebels (many of them former torturers from the disbanded army) as freedom fighters, and there is talk of recruiting some to a police force desperately in need of new blood. In the countryside, they have taken charge, either by force or natural leadership, and are helping the big landowners and other Duvalier supporters to bring back the good old days, using terror to impose their will and steal land from small farmers.

There is talk of elections. But for as long as the North (Cap Haitien), Artibonite province (Gonaives) and the central plateau remain in the hands of these armed gangs, it is hard to see how a campaign could be organised. Meanwhile the witch-hunt against Aristide's supporters goes on. Many have be
en forbidden to leave the country and their movements within Haiti restricted; there have been arrests and illegal extraditions. Many are in hiding; others have been murdered. Yet Fanmi Lavalas seems likely to remain, for the foreseeable future, the most popular political movement.


References

1. “Charte, statuts et règlements de Fanmi Lavalas”, First Congress, 14-16 December 1999, Port-au-Prince, Haiti.

2. Democratic Convergence was made up of social-democratic parties: the OPL, Konakom, the Haitian Nationalist Revolutionary party, the Democratic Unity Convention; centrist parties including the Christian Democratic party; and four or five others.

3. Barros is also the author of Haiti de 1804 à nos jours, L'Harmattan, Paris, 1984.

4. “Haiti: Abuse of human rights: political violence as the 200th anniversary of independence approaches”, Amnesty International, London, October 2003.

5. Latortue is an international diplomat who has lived o
utside Haiti for 30 years.

6. The United Nations Stabilisation Mission in Haiti, led by Brazil, has replaced the original interim peace-keeping force of troops from the US, France, Canada and Chile.

Published Monday, September 13th, 2004
Article courtesy of Le Monde Diplomatique

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