MIGRATION ET DEVELOPPEMENT

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Edwin Paraison
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MIGRATION ET DEVELOPPEMENT

Post by Edwin Paraison » Sun Nov 08, 2009 6:33 am

EXPOSE SUR LA FACILITE INTRA-ACP POUR LES MIGRATIONS

PRESENTE A BRUXELLES LE 28 OCTOBRE 2009
(A la réunion technique de Bruxelles au local des ACP)

Par Jean SAINT-VIL

Je suis heureux de découvrir à la faveur de ces travaux qu'une nouvelle vision se profile de nos jours sur la question des rapports entre migration et développement.


Jusque-là, l'idée qu'on se faisait était que les migrations sont défavorables au développement. Mais, ce n'est qu'une fausse idée reçue. Car, plusieurs pays, surtout les pays neufs se sont développés par le jeu des migrations. Sans remonter aux phénomènes coloniaux du 16e au 18e siècle en Amérique et des 19e-20e siècles en Afrique et en Asie, je citerais entre autres les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud.


De même, à l'intérieur des pays du Tiers-Monde, les ACP d'aujourd'hui, les migrations ont joué un rôle décisif dans les progrès de leur économie.


La représentation de migration défavorable au développement est donc contestable et est loin de refléter la réalité historique.


Il faut admettre que dans le monde actuel, certains pays sont tellement touchés de manière sévère par les migrations que l'on a l'impression que leurs malheurs découlent de l'ampleur de ces mouvements de population. C'est ce que l'on pourrait s'imaginer pour Haiti, confronté à une fuite chronique des cerveaux et des populations dans la force de l'âge.


Mais, il ne faut point céder au pessimisme. Envisageons plutôt pour l'avenir des liens positifs entre les migrations et le développement. Cela passe par une nouvelle conception et de nouvelles stratégies à mettre en place.


Le grand paradoxe qui se révèle est que la migration haitienne est une migration qui a contribué davantage au développement d'autres pays ACP qu'à celui d'Haiti. On peut prendre en exemple la République dominicaine qui compterait plus d'un million d'Haitiens et où les Haitiens constituent une part essentielle de la population active dans de nombreux secteurs-clés de l'économie.


Comment inverser la tendance ?

Plusieurs aspects sont à considérer:

- d'une part, les Haitiens qui se déplacent à l'intérieur du pays, soit pour des raisons économiques, en particulier pour lutter contre la pauvreté, soit à la suite de catastrophes naturelles.

D'autre part, les Haitiens qui reviennent avec un minimum de capitaux et de savoir-faire et qui peuvent être mobilisés pour l'avancement du pays.



1. L'INTENSITE DES MIGRATIONS ET LEURS CONSEQUENCES RECENTES


Haiti est un petit territoire peuplé de 9 millions d'habitants, caractérisé par des migrations intenses et où la problématique de la migration découle du surpeuplement relatif avec une densité démographique dépassant 300 habitants au kilomètre carré.


1.1 Historique de la migration haitienne


La migration est depuis plus d'un siècle une composante essentielle des mouvements de population en Haiti. Ces mouvements ont commencé depuis la seconde moitié du 19e siècle avec le départ de nos compatriotes vers la République dominicaine, puis au début du 20e siècle vers les plantations sucrières de Cuba où il y aurait de nos jours plus de 300 000 Haitiens et descendants d'Haitiens.


Les migrations d'Haitiens se sont intensifiées, changeant d'orientation depuis les années 1960 pour se porter d'abord vers l'Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) en raison de la dégradation économique enregistrée à l'époque et des effets de la dictature des Duvalier.

D'où la cohabitation dès cette époque de deux types de départ :

- des exilés ou réfugiés économiques, d'une part ;

- des exilés ou réfugiés politiques, d'autre part.


Jusqu'aux années 1980, la migration haitienne était essentiellement une migration légale qui passait par l'obtention de visas d'immigrants pour se rendre aux Etats-Unis ou au Canada.


La migration haitienne profitait alors de la vanne ouverte par les pays de l'Amérique du Nord qui avaient un besoin urgent de main d'œuvre pour soutenir leur expansion économique . Un quota de 25 000 Haitiens étaient accueillis chaque année aux Etats-Unis comme immigrants, soit au titre d'une première installation, soit au titre de regroupements familiaux.


Il faut mentionner aussi qu'à partir des années 1960-70, la pression de la migration haitienne augmente sensiblement, matérialisée par la diversification des destinations. Les Haitiens s'installent alors en Guyane française, suite à un appel pour peupler ce territoire à très faible densité démographique, puis en Martinique, en Guadeloupe, en France, aux Bahamas, aux îles Turques et Caiques (où ils sont 30 000 actuellement) et même plus loin en Afrique où ils ont été recrutés comme cadres.


De nos jours, il ne semble pas exister de pays au monde où l'on ne trouve d'Haitiens. On en dénombre même au Pakistan et le pôle émergent actuellement serait le territoire de Bélize en Amérique centrale.


1.2 L'estimation des effectifs de migrants haitiens


Les effectifs d'Haitiens et de descendants d'Haitiens seraient actuellement les suivants :

- plus d'un million et demi aux Etats-Unis ;

- un million en République dominicaine ;

- plus de 300 000 à Cuba (où ils ont arrivés avant la Révolution) ;

- plus de 100 000 au Canada ;

- 30 000 en France ;

- 30 000 en Guyane ;

- 5 -10 000 en Guadeloupe ;

- 1 300 en Martinique.


1.3 Les conséquences de la migration haitienne dans les pays d'accueil


Face à ces flux massifs constitués de plus de en plus d'illégaux, les réactions se sont faites de plus en plus sévères dans les pays d'accueil, se traduisant par un durcissement des lois d'immigration successives notamment aux Etats-Unis, au Canada, aux Bahamas et en France. Les clandestins sont chassés systématiquement, les droits de visa ne cessent d'exploser, se montant actuellement à 140 dollars en République dominicaine, expulsion des repris de justice que l'on appelle déportés en Amérique du Nord - actuellement 6 000 à 7 000- et que l'on a commencé à renvoyer en Haiti depuis 1986.

La palme des chasses à l'homme haitien est détenue par la République dominicaine qui expulse nos compatriotes souvent dans des conditions humiliantes, tantôt par centaines, tantôt par milliers et ceci en plusieurs vagues chaque année. Les Bahamas sont également très durs avec les Haitiens, les renvoyant par centaines et de manière systématique plusieurs fois par mois.

Enfin, la menace la plus forte vient du gouvernement américain qui avait déjà annoncé à la fin du mandat de George Bush l'expulsion prochaine de 30 000 illégaux Haitiens. Ce qui a soulevé des protestations de la part de la communauté haitienne dans ce pays qui a organisé des protestations par voie de presse et des manifestations dans plusieurs villes des Etats-Unis. Dossier en attente sous Barack Obama !


2. Vers une gestion rationnelle de la migration en Haiti.


Face à ces flux incessants et réguliers, il s'avère impératif que le pays définisse un certain nombre de stratégies dans la perspective de la gestion des migrations, à la fois pour des raisons de développement économique et pour des raisons de sécurité.

De nos jours la nécessité est reconnue par plusieurs partenaires internationaux comme l'OIM, l'Union Européenne, le Canada, les Etats-Unis et la France de contribuer à une meilleure gestion de la migration en Haiti.

Cela suppose avant tout un renforcement des capacités de gestion de la migration du pays à travers la mise en place d'une loi sur la migration qui prendra en compte notamment les aspects réglementaires de ce phénomène explosif ainsi que sa canalisation en vue de contribuer au développement du pays.


2.1 Les réalisations récentes du pays dans le domaine de la gestion de la migration


Les réalisations récentes du pays dans le domaine de la gestion de la migration sont les suivantes :

- tenue de consultations régionales avec les pays plus avancés dans la gestion des migrations pour des échanges de savoirs et de savoir-faire ;

- actions en termes logistiques en vue de l'amélioration du système de production des passeports, des systèmes informatiques, du renforcement des contrôles des entrées et des sorties, de l'équipement des postes frontaliers qui sont actuellement au nombre de douze ;

- formation des agents de l'immigration, de la Police, de la douane et d'autres services de l'Etat travaillant dans le domaine de la gestion de la migration auxquels on a dispensé des cours d'informatique, de langues (anglais et espagnol), etc.

2.2 Vers le tissage de meilleurs liens entre migration et développement.

La politique migratoire devra s'inspirer d'une vison de développement mettant à profit les aspects suivants :

- une meilleure utilisation des ressources financières en provenance de la diaspora dont les envois vers le pays sont estimés à un milliard de dollars par an;

- la canalisation des aides des migrants pour le développement local dans les domaines essentiels que sont l'éducation, la santé, le tourisme, l'agriculture et l'industrie.

- la coopération avec les Etats de provenance des migrants qui veulent ou sont forcés de se réinstaller dans le pays dans le cadre de ce que la France appelle le co-développement ;

- la réinsertion des Haitiens déportés des Etats-Unis estimés actuellement à 6 000-7 000.

- l'octroi de facilités aux Haitiens de la diaspora pour les inciter à investir dans le pays.

En conclusion, de nouvelles avenues semblent s'ouvrir pour le développement des relations entre migration et développement en Haiti. Si elles sont bien canalisées, elles pourront contribuer à la création de nouvelles entreprises et d'emplois pour soulager la population active et notamment les jeunes qui représentent plus de 40 % de la population du pays. Ces jeunes dont on sait qu'ils se trouvent dans une situation désespérée quant à la possibilité d'accéder au marché du travail.

L'analyse des flux migratoires permettra sans doute de connaître l'importance de leur ampleur, leur composition, leur orientation ainsi que leurs relations avec le marché du travail, les déplacements de population, les problèmes fonciers et leurs effets sur l'environnement. Cela passera aussi par l'implication de la société civile dans le dialogue sur la migration.



Jean SAINT-VIL

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