L'élection de M. Obama ravive le débat racial à La Havane

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Guysanto
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L'élection de M. Obama ravive le débat racial à La Havane

Post by Guysanto » Wed Jan 07, 2009 12:03 pm

L'élection de M. Obama ravive le débat racial à La Havane

LE MONDE | 02.01.09


L'élection de Barack Obama a ravivé la controverse sur la question raciale à Cuba. "La propagande officielle n'a pas préparé les Cubains à l'élection d'Obama", affirme l'opposant social-démocrate Manuel Cuesta Morua, à La Havane. Les médias présentaient les Etats-Unis comme la société présentant la plus grande ségrégation raciale après l'Afrique du Sud.

"Alors que les Etats-Unis ont élu un Noir à la présidence, quarante ans après l'assassinat de Martin Luther King, qu'a fait Cuba en cinquante ans de révolution ?" demande M. Cuesta Morua. "Les Noirs américains sont une minorité, alors qu'à Cuba nous sommes majoritaires", ajoute-t-il. Les Caraibes et le Brésil ont une population largement marquée par l'esclavage africain. Lors du recensement de 2002, 11 % des Cubains se sont déclarés noirs. Selon l'université de Miami, ils seraient plutôt 62 %.

Les Cubains entretiennent un "racisme cordial", dit encore M. Cuesta Morua. Malgré l'égalitarisme, les Noirs restent au bas de l'échelle sociale. En dépit du métissage, les préjugés perdurent. Depuis longtemps, l'idéologie du "blanchiment" - "l'avancement" selon la terminologie locale - distingue une multitude de nuances selon la couleur de peau, qui vont du "negro azul" (noir bleu) au "blanconazo" (blanchâtre), en passant par le "prieto" (noirâtre), le "moreno" (brun), le "mulato" (mulâtre), le "trigueño" (brun clair) et le "jabao" (clair de peau). D'où la différence entre la perception subjective et l'observation sociologique.

"La problématique raciale est un sujet politiquement très sensible", affirme Juan Antonio Madrazo Luna, qui coordonne à La Havane un comité pour l'intégration raciale, formé à l'initiative de l'opposition social-démocrate. La question est "explosive", renchérit Enrique Patterson, ancien professeur de marxisme à l'université de La Havane, exilé aux Etats-Unis.

A en croire l'enquête Cubabarometro, pilotée à La Havane par l'opposant Darsi Ferrer, 80 % des Cubains pensent qu'il n'y a aucune possibilité pour qu'un Noir préside le pays après Raul Castro. Une institution officielle, le Centre d'anthropologie de La Havane, abonde dans le même sens. Les Blancs obtiennent les meilleurs logements et les bons rôles à la télévision. L'industrie touristique confine les Noirs à la cuisine ou à l'intendance. A peine un tiers des remesas, les envois de fonds des émigrés, parviennent à des familles noires.

"La peur des Noirs" remonte à l'indépendance de Haiti, qui a suscité des remous à Cuba. Affranchis par les patriciens cubains pour participer à la lutte indépendantiste, des milliers d'anciens esclaves ont été massacrés en 1912, lorsqu'ils ont formé le Parti indépendant de couleur, pour réclamer leurs droits d'anciens combattants. "La direction castriste, formée essentiellement par des Blancs d'origine rurale, n'était pas sensibilisée sur la question raciale", souligne M. Cuesta Morua. Le sujet ne figurait pas dans la plaidoirie de Fidel Castro qui tenait lieu de programme de la guérilla, "L'histoire m'absoudra".

L'anthropologue cubain Carlos Moore, résidant à Bahia, au Brésil, vient de publier ses Mémoires, Pichon (Lawrence Hill Books, Chicago), où il évoque ses déboires à Cuba, dans les années 1960. Le fait d'avoir parlé de discrimination raciale au comandante Juan Almeida, le seul Noir du premier cercle du pouvoir, lui a valu un mois d'interrogatoires à Villa Marista, siège de la police politique. Influencé par le Black Power aux Etats-Unis, le jeune Carlos Moore découvrit que "le racisme n'était pas seulement vivant, mais qu'il bénéficiait d'une nouvelle légitimité se réclamant du marxisme". Son insistance à plaider pour une politique spécifique contre le racisme lui coûta quatre mois en camp de rééducation.

Les autorités estimaient que l'égalité des chances suffirait à surmonter les préjugés. "Elles agissaient comme si les Noirs cubains leur étaient redevables et devaient être reconnaissants, note Carlos Moore. Je sentais monter la cacophonie raciste." Parler du sujet équivalait à "diviser la Révolution", à promouvoir un "racisme à l'envers" ou la "subversion raciale".

La classe moyenne noire se regroupait dans 526 clubs récréatifs et culturels, les "Sociedades de color" (sociétés de couleur). En 1961, le gouvernement les "nationalisa" et les mis au pas. Autre expression identitaire, les cultes afro-cubains (Santeria) ont été poursuivis. L'exclusion des pratiquants de la santeria des rangs du parti unique a longtemps écarté les jeunes Noirs de certaines carrières, bloquant ainsi leur ascension sociale.

Au nom de la priorité aux médecins, aux agronomes et aux ingénieurs, les études d'anthropologie et de sociologie n'étaient plus disponibles, raconte Carlos Moore. Ancien ambassadeur de la révolution en Tunisie, l'historien Walterio Carbonell a été licencié après avoir publié, en 1961, un ouvrage sur L'Apparition de la culture cubaine (traduit aux éditions Menaibuc, Paris, 2007), faisant la part belle à l'apport d'origine africaine. En dépit de ses relations avec Fidel Castro et de son appartenance au Parti communiste, il sera emprisonné dans les camps des Unités militaires d'aide à la production (UMAP), puis interné en asile psychiatrique.

Les partisans du régime associent encore la "manipulation du thème racial" à la "subversion contre-révolutionnaire". Esteban Morales Dominguez, professeur à l'université de La Havane, reconnaît que le long "silence" officiel, fondé sur la croyance que l'égalitarisme "réglerait les problèmes", "oubliait les terribles séquelles" héritées du passé. M. Morales pense néanmoins que "les Noirs sont chaque jour plus nombreux au pouvoir" et que "le reste se règle avec le temps". Une affirmation optimiste, alors qu'au bout d'un demi-siècle, seul Esteban Lazo partage le sommet du pouvoir, que le bureau politique compte 5 Noirs sur 24 membres, le Conseil d'Etat un tiers de Noirs et métis, et le Parlement cubain 19 % d'élus noirs.

Le vieux théâtre comique havanais, disparu avec la révolution castriste, opposait le Gallego (Galicien) et le Negrito (Petit Noir), un duo bouffon qui mimait les tensions de la dernière colonie à s'être affranchie de l'Espagne. Dans la tradition picaresque, le malin Negrito surpassait toujours l'Espagnol lourdaud. Dans la réalité, les Gallegos l'ont emporté.

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Marilyn
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Post by Marilyn » Thu Jan 08, 2009 8:21 am

CUBA: Racism - "Taboo, Complicated and Thorny" Issue

Patricia Grogg

HAVANA, Jan 7 (IPS) - The persistence of racism in Cuba is disturbing to some of the island's thinkers, who are calling for a debate on the problem in this country, where equal rights have not guaranteed equal opportunities for all social groups.

The first documentary on racial discrimination in this Caribbean island nation was filmed here in 2008, incorporating opinions from well-known artists and intellectuals that go to the heart of the controversy. "Raza" (Race), by young filmmaker Eric Corvalán, could serve as a starting-point to launch the long-delayed debate.

"So far, racism has only been talked about in academia, among intellectuals. I think there should be an open, public discussion, even in parliament," the 36-year-old Corvalán told IPS.

"In 50 years (since the revolution), women's issues and homosexuality have been debated: why hasn't racism?" asked the filmmaker. "It's a revolutionary topic that concerns everyone, because there are black women, black homosexuals and black men."

"I think silence is worse. The longer nothing is said, the more the racism fermenting underground is rotting the entire nation," singer/songwriter Gerardo Alfonso says in the documentary.

According to Roberto Zurbano, head of the Casa de las Américas publishing house, to carry on "hiding" the issue would lead black people to think that "they belong to another country, and that there are two Cuba's as there were in the 19th century, a black Cuba and a white one." Another possible implication is that "the issue could become a political football, outside and inside the country."

In the debate on race in Cuba, the media have drawn some of the heaviest criticism for allegedly fomenting stereotypes that identify black people and people of mixed ancestry with crime, or with very specific activities like sports and music, while establishing the idea of white "normality."

"The media must help to create a balanced portrait of black people, which is lacking, so a racist stereotype is constructed by society," Corvalán said. "Why can't we make films starring blacks, whether as lawyers, doctors or engineers?"

According to Irene Ester, who holds a degree in audiovisual communications, television will never contribute to demythologising race as long as it only emphasises the high proportion of black people in prison, working as prostitutes, or unemployed, instead of the "heroism" and special characteristics of black families.

There is also an absence of models in the education system, especially in the teaching of national history. The first Africans arrived in Cuba in the early 16th century, brought in as slaves by the Spanish colonialists. Slavery was abolished in 1886.

"In primary education, skin colour is not mentioned," academic Esteban Morales says in the film. "If we are still living in a society where white people have the power, and we don't mention colour in education, we are in practice educating children to be white.

"Cuban history as we teach it is a disgrace, because it is predominantly white history, and explaining the role of black people and mulattos in building this society and its culture is not given its due importance," says Morales, of the University of Havana's Centre for the Study of the Hemisphere and the United States (CEHSEU).

Blacks and people of mixed-race heritage officially make up 34.9 percent of Cuba's total population of 11.2 million, according to the latest census, carried out in 2002.

However, most Cuban academics estimate that between 60 and 70 percent of the population is black or "mulatto"

Article 42 of the Cuban constitution states that "discrimination because of race, skin colour, sex, national origin, religious beliefs and any other form of discrimination harmful to human dignity is forbidden and punishable by law." In May 1961, the government eliminated racial segregation by nationalising all clubs and associations.

But equality before the law has not succeeded in closing the socioeconomic gaps between different racial groups.

The Cuban cultural journal Temas published studies by the governmental Anthropology Centre in 2006 that showed that on average, the black population has worse housing, receives less money in remittances from abroad and has less access to jobs in emerging economic sectors like tourism, in which blacks represent barely five percent of managers and professionals, than the white population.

"Equal rights does not mean social equality," Morales says. "We do not have the same social standing, nor the same opportunities. This is what has generally happened to non-white and black people in Cuba."

"If, 50 years after the revolution, there are still visible signs of racism in society, it means that equality of rights hasn't been sufficient," says Alfonso.

The issue of racism remains "taboo, a complicated and thorny" question, as Corvalán was told by some institutions where he showed his documentary, made with support from the non-governmental Martin Luther King Memorial Centre (CMMLK), the Higher Institute of Art (ISA) and Delfín, an independent producer.

"We made a revolution in this country, which is what sets us apart from other nations," Zurbano said. "It's a tremendous opportunity that revolutionaries of any colour cannot let slip away, in the sense that we can create a strategy, and it can evolve."

After the documentary's première at the recent Latin American Film Festival in Havana, Corvalán was thanked by black and mixed-race people, some of whom were surprised to see that a white person was interested in racism.

"I don't think of myself as white or black or mixed-race, I'm just Cuban," said Corvalán, who has French and Chilean ancestry. (END/2009)

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