Cry "NO" TO KIDNAPPINGS!

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Guysanto
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Cry "NO" TO KIDNAPPINGS!

Post by Guysanto » Sun Jun 22, 2008 9:05 pm

These remarks were written earlier in an earlier thread, but are restated here to focus on the current wave of kidnapping in Haiti :

Though discussions of crime under Aristide, Preval, Latortue-Boniface, Cedras, Namphy, Avril (in other words, all post-Duvalier governments) tend to get bogged down by overheated partisan considerations, false identification and/or character assassination, the crimes committed under the Duvaliers (père et fils) are much more universally condemned.

Does this suggest that a crime committed under Papa Doc is more odious than one committed under Aristide? From the standpoint of the victim, it does not make a bit of difference. A beating is a beating. A rape is a rape. Torture is torture. A murder is a murder. And from an administration standpoint, corruption is corruption. It's just that it is easier to denounce the excesses of the Duvaliers (because there are relatively very few people who will defend them) than the excesses of the post-Duvalier governments, because a) it feels too raw to speak about them (I'll call that the Fallujah syndrome); b) people feel more defensive about speaking out against more recent crimes, due to the sting of political considerations (oh, you must be a lavalas! you must be a grenn nan bounda! you must be an elite! you must be a chimere! you must be a sell-out! you must be against the people!) It's no wonder that people often feel more secure keeping their feelings to themselves. It's not that they do not care about the crimes. When we criticize the criminal actions, we arouse suspicions and often invite undue criticism about ourselves. That becomes part of our general malaise.

However, we have to keep reminding ourselves that, from the standpoint of the victim, none of the political considerations really matter. When you are aggressed, you simply want it to stop. You will not care whether it's black-on-black crime, Haitian-on-Haitian crime, white-on-black crime, black-on-crime crime, native-on-blan crime, blan-on-native crime. It becomes simply a crime against your person, your integrity, your family -- and it simply must be stopped! The current wave of kidnappings in Haiti (which really started a long time ago) is just a case in point. It's hurting our country very badly. But, more importantly, it is sheer horror for those who fall victims to it, and by extension their families and friends, their loved ones. It simply must be stopped, by all means necessary.

Aside from all the reasons I have mentioned above, I think that often we do not speak about a situation when we feel that we have no influence or absolutely no control over it. Worse, speaking about it might even make you more of a target [most Jews or non-Aryans did note venture to speak against the barbarity of the Nazis, when they were at the height of power; similarly, most Americans did not venture to speak against the barbarity of the Bush-Cheney regime while their reign of intimidation was going on post-9/11. Now, and only now, has it become convenient to criticize the Bush administration and the neoconservatives who abused our freedoms. These days, even loyal Republicans seem eager to criticize other Republicans and the Bushies in particular. I am led to think "where the hell were they all along when our constitutional rights were being shredded to pieces?" If this keeps up, you will soon see moderate Republicans charging leading Democrats for their backing of the War In Iraq, and they will not be far off the mark. It's all extraordinarily ironic. But the general point that I am making here is that people do not speak when they are afraid, when they feel vulnerable, and when they feel completely powerless.

Yet, History has taught us that the the word is often stronger than the sword. We must be educated about the courage and necessity to speak out against injustices, regardless of their source. We must have as mentors international heroes like Nelson Mandela, local heroes like Jean Dominique, and family heroes (we know them) who have paid the price for speaking out (but were not necessarily killed) for defending our freedoms and denouncing the crimes that other people commit against us as well as the crimes that we commit against ourselves. Because, after all, a crime is a crime is a crime. Just ask any victim.

Let's have the courage to denounce all crimes of men on men, including women of course. To a dying victim, a crime has no color but red is the color of his/her blood anywhere on the planet.

As a matter of urgent attention, let us scream "NO" to the wave of kidnappings in Haiti and entrust our intelligent civic leadership to put a stop to it by all means necessary. No Haitian should feel unsafe walking in his own neighborhood. No foreigner or diasporic citizen or national of Haiti should feel unsafe when visiting our sacred heritage, the land bequeathed by our ancestors to all lovers of freedom and racial equality.

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Guysanto
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Post by Guysanto » Thu Jul 03, 2008 10:22 am

Un article de Rudy Gaspard, père du décédé Kareem Xavier Gaspard. Pour dire une fois de plus "Non!" à l'insécurité, mais surtout "Non!" à l'impunité courante qui sert de fertilisant aux monstruosités dont nous sommes maleureusement témoins de temps en temps. Il nous faut penser et trouver une solution...

[quote]UN ANGE S'EST ENVOLÉ ...

Kareem Xavier Gaspard

Lorsque, le 3 décembre 1991, le Dr J.J.B. sortit à grandes enjambées de la salle d'opération de l'Hôpital du Canapé-Vert, j'étais convaincu que le petit être qu'il tenait précieusement dans ses bras, enveloppé dans une serviette jaune, était la fille que j'avais tant souhaitée avoir et que j'attendais depuis huit mois. Et quand ma belle-mère vint m'annoncer que j'avais un deuxième fils, je pensais qu'elle me taquinait un peu, histoire de faire durer le suspense. Ce n'est qu'en le voyant qu'effectivement, j'ai dû admettre que cette fille que je pensais avoir conçu était un petit garçon.

Ma femme et moi, nous avions décidé de l'appeler Kareem, à cause du célèbre joueur de basket, et Xavier, parce qu'il était né le jour de St François Xavier, bien que je ne connaissais rien de la vie de ce Saint.

Je me suis vite rendu compte que Kareem Xavier était spécial. (Tous les enfants sont spéciaux aux yeux de leurs parents...) Kareem avait les yeux gris clairs, ce qui faisait ma fierté et celle de toute la famille, car ces yeux constituaient une source intarissable de commentaires les uns plus flatteurs que les autres. L'enfant ne pleurait quasiment jamais et dormait la nuit. Il prenait ses biberons sans se faire prier et paraissait toujours content, avec ce sourire ravageur propre à tous les bébés. Au bout d'une année, le gris clair de ses yeux se mua en une teinte tamarin clair, un « je lwil » comme on dit chez nous, avec un regard d'une douceur infinie. Son frère aîné le surnomma Kako.

Quand il fut en âge d'entrer à l'école maternelle, je prenais un réel plaisir à le regarder porter l'uniforme de l'école en me demandant ce qu'il pouvait bien y faire ou s'il y apprenait vraiment quelque chose! Et lorsque je revenais à la maison pour ramener son grand frère et pour prendre le lunch, Kako m'attendait toujours pour manger avec moi. Je ressentais une fierté particulière en lui mettant sa nourriture à la bouche, cuillerée, après cuillerée car personne d'autre ne réussissait à lui faire avaler quoi que ce soit avant mon arrivée.

Puis vint le moment d'aller à l'école fondamentale. C'est sans hésiter que Kako nous annonça qu'il voulait fréquenter la même école que son grand frère. De ces années, je ne retiens que quelques petits incidents qui n'ont fait que confirmer ce que je savais déjà : Kako, cet enfant au regard doux, ne se laissait pas marcher sur les pieds et était toujours prêt à se battre pour se défendre. Je me souviens encore du commentaire de Mme M.A.B. : « Monsieur Gaspard, cet enfant n'est vraiment pas comme son frère aîné, il est plus bagarreur... » Mais il était aussi un enfant très studieux et très appliqué qui tenait toujours à avoir de bonnes notes. Après avoir réussi les examens officiels de la 6ème Année Fondamentale, encore une fois, il exprima le désir d'aller rejoindre son frère à l'école secondaire, comme si on avait eu l'intention de les séparer...

Plus le temps passait, plus je découvrais l'unicité de cet enfant qui aurait dû être ma fille, mais qui la remplaçait, tant il était affectueux. Il m'a fait refaire toutes les classes du secondaire (jusqu'à la Seconde en tout cas...) tant il m'impliquait dans son travail scolaire. « Papi, il faut que tu m'expliques... », disait-il quand je rentrais le soir, exténué après dix heures de travail et une heure d'embouteillage, sans même me laisser le temps d'enlever mes chaussures...

A mes heures perdues, quand je prenais un chiffon pour nettoyer ma voiture, ou un marteau pour enfoncer un clou ou encore un pinceau pour repeindre une pièce de la maison, immanquablement et inlassablement, Kako laissait tomber tout ce qu'il faisait pour me demander : « Papi, je peux t'aider ? » Et si j'avais le mauvais goût de lui dire non (car, des fois, les enfants nous empêchent de travailler), c'est avec une déception non feinte qu'il répliquait : « Mais je veux t'aider ! »

Quand nous dînions chez mes parents, c'est lui qui mettait le couvert. Ma mère lui avait appris la recette d'un dessert qu'il adorait : la charlotte à la crème. Il le réussissait mieux que ma mère (désolé Didie...), car il aimait cuisiner. Il appréciait la cuisine haitienne. Le samedi matin, invariablement, son petit déjeuner favori était : mais moulu, avocat et jus de citron qu'il préparait lui-même.

Kako avait aussi le culte de la famille. Ses plus belles vacances, disait-il, étaient les deux dernières réunions de famille qui lui ont permis de faire connaissance et de se lier avec ses nombreux cousins et cousines de tous âges vivant à l'étranger. Kako a eu la chance de connaître et de vivre avec ses grands-parents maternels et paternels. Moi quand j'étais enfant, j'avais un peu peur de mes grands-parents. Lui, au contraire, il appréciait leur compagnie, les taquinait, les caressait, leur rendait service et riait avec eux.

Ses éclats de rire tonitruants et spontanés, que je crois encore entendre résonner dans notre « living-room », contrastaient un peu avec la simplicité et la douceur de son sourire. Particulièrement quand il nous appelait affectueusement certes, mais pour nous taquiner un peu aussi: « Papounet », « Manmounet », « Fabibounet ».

Kako avait également deux autres passions dans sa vie : la musique et le basket-ball. Je pense qu'il aurait été un joueur de basket plus que respectable. Sa maman et moi, nous l'encouragions à faire partie de l'équipe de basket de son école. Malheureusement, le jour des entrainements correspondait souvent au jour des répétitions de musique, car, dès son plus jeune âge, il jouait de la trompette. Alors, avec ce ton sérieux qu'il prenait parfois quand il nous parlait, il dit à sa mère : « Je choisis la musique à la place du basket, car la musique me permettra d'obtenir une bourse d'études à l'étranger plus facilement que le basket. » Kako était le seul petit garçon que les Soeurs du Sacré-Coeur de Turgeau laissaient venir répéter avec les filles de la Fanfare dont il faisait partie, en quelque sorte...

Et comme de fait, un cousin de ma femme lui avait payé un camp de musique, cet été, au Minnesota aux Etats-Unis. Kako devait voyager le dimanche 15 juin 2008. Pour cette occasion spéciale, il avait demandé à sa maman de lui acheter un drapeau d'Haiti, pour que, à la manière de Wyclef Jean, il puisse représenter fièrement son pays à ce camp de musique au Minnesota. Le drapeau est toujours chez nous dans son emballage de cellophane, inutilisé, inutile...

Aujourd'hui, j'écris ces lignes pour célébrer la vie de Kareem Xavier Gaspard, mon fils de 16 ans, torturé puis assassiné le 21 mai 2008. C'est une façon pour moi de lui rendre hommage, de lui dire une fois de plus à quel point je l'aime. Je voudrais qu'on sache qui il était et comment il a vécu.

J'ai été le premier étonné d'apprendre et de découvrir à quel point mon fils était religieux. Dans sa chambre, je n'avais jamais vraiment prêté attention à toutes ces petites images pieuses, à ce crucifix en porcelaine, à ce chapelet et à tous ces souvenirs de sa première communion et qu'il conservait précieusement. Bien sûr, nous allions à l'église ensemble presque tous les samedis après-midi, mais j'ignorais que mon fils récitait l'Angélus tous les jours à midi. Je ne savais pas qu'il discutait de religion et des choses de la Bible avec quelques-uns de ses camarades de classe...

J'écris aussi parce que cela me fait du bien d'écrire. Comme une sorte de psychothérapie, car en écrivant, je me rends compte que je n'ai que de merveilleux souvenirs de mon fils Kako. Et sans savoir qu'il serait enlevé si jeune et de manière si horrible à notre affection, nous avons vécu intensément les seize années de son existence terrestre avec nous.

J'écris encore pour présenter mes remerciements les plus sincères à tous ceux qui nous ont supporté tout au long de ce calvaire. Je pense à nos parents, à nos amis et connaissances, à nos voisins, à nos collègues de travail, à la presse, à tous ceux qui ont prié avec nous, pour nous et pour Kareem, et qui continuent encore à le faire, aux inconnus aussi, bref à tous ceux qui se sont sentis affectés par cette tragédie. Merci. La sincérité de votre douleur et la ferveur de vos prières nous ont aidé et nous aident encore à porter cette croix. Nou wè tout bagay, nou konnen tout bagay e nou pap bliye. Mèsi anpil.

J'écris enfin pour rendre témoignage de la puissance de Dieu et de la puissance de l'Amour.

Paradoxalement, ma foi s'est affermie. La première personne à prier avec moi m'a dit que le coeur de l'homme a été conçu pour faire deux choses : aimer ou hair. Plus on hait, moins on a de place dans son coeur pour aimer et plus on aime, moins on a de place dans son coeur pour hair. Je ne crois pas avoir de haine dans mon coeur. Mais cela ne veut pas dire que je pense que les Institutions de mon pays ne doivent pas faire leur travail. Cela ne veut pas dire que je n'ai pas droit à la justice divine comme à celle des hommes.

Les bourreaux de mon fils doivent être arrêtés, jugés et condamnés selon la loi. Je ne connaitrai jamais la paix tant que je ne saurai pas pourquoi on a tué mon fils. J'ai le droit de savoir.

Il faut briser le cercle infernal de cette impunité absolue qui fait couler les larmes des pères et mères de famille de ce pays. Il n'est pas normal que j'aie reçu plus de support et de considération de la part d'un étranger (Responsable de la sécurité pour une Organisation Internationale), que je ne connaissais pas du tout avant l'enlèvement de mon fils, que de la part de mes concitoyens de la Police Nationale. Ce n'est pas normal que ce même étranger me demande la permission de venir me présenter ses sympathies alors que, pour la PNH, il me semble que mon fils n'ait été qu'une donnée statistique, une victime de plus...

Non, Kako est plus qu'une statistique. Il n'est pas mort, car il vit en moi comme il vit dans le coeur de tous ceux qui le connaissaient et qui l'aimaient. Il s'est envolé pour « aller de l'autre bord », comme il le chantait une semaine avant sa mort, et c'est pourquoi j'ai trouvé un certain réconfort dans la touchante simplicité de ce poème de mon amie J.D.:

« Un Ange est parti.
Il a ouvert grand ses ailes et son envol a renversé des milliers...
Il a pénétré la lumière et il est devenu lumière.
Levons la tête et regardons-le
Que sa lumière nous imprègne.
Il s'appelait Kareem Xavier Gaspard. »

Rudy Gaspard
[/quote]

Serge
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Post by Serge » Thu Jul 03, 2008 12:03 pm

Cela faisait quelque temps que je n'avais lu un si beau texte.

Serge

Dr Roger Malebranche

Post by Dr Roger Malebranche » Sun Jul 06, 2008 1:10 pm

16 ans, c'est le commencement de la vie. C'est un age special. Ici aux Etats Unis il y a une phrase pour le commemorer : SWEET SIXTEEN.
En temps que pere je ne sais si je pourrais continuer a vivre apres une tragedie pareille. Il est temps pour nous de realizer que ces criminels n'ont pas d'excuses. Il ne s'agit pas de noble proletariat, des depossedes. Ce sont des mecreants qui abusent de la situation politique qui leur accorde une impunite non moins criminelle.

Pauvrete ne doit pas servir d'excuse. Je me souviens des annees ou il y avait pauvrete mais aussi securite en Haiti, une securite qui dependait sur la peur des gendarmes, peur du "coco macaque", peur d'etre emprisonne a Fort Dimanche, peur de recevoir la souffrance infligee sur un autre, peur d'avoir la vie arrachee comme on l'avait arrachee d'un autre. Je ne pense pas que les Haitiens comprennent les obligations demandees par la democracie, obligations comme: "ne pas s'approprier ce qui ne vous appartient pas" Il est temps pour les politiciens de cesser le jeu de blame comme: "Vous n'avez rien parce qu'il a beaucoup" ou bien "Il n'est pas necessaire de travailler. Allez prendre ce qu'il a. Il vous le doit ".

Il parait que notre pays benefiterait d'un dictateur honnete et benevolent. Malheureusement c'est une contradiction de termes. Torturer et assassiner un jeune de 16 ans a mis le point final sur mon desir de revoir Haiti. La bourgeoisie Haitienne n'a pas tue Haiti, l'armee Haitienne n'a pas tue Haiti, Nous avons tous tue Haiti. REQUIESCAT IN PACE mon pauvre pays natal. De Perle des Antilles tu es devenue la detriture des Antilles. Peut etre nous ne meritions pas cette independance dont nous sommes tellement fiers. Je suis sur que Toussaint L'Ouverture, Dessalines, Christophe, Petion et tous ceux qui sont morts pour nous la donner auraient change d'idee s'ils pouvaient voir notre pays aujourd'hui.

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