Yves Dejean vs. Sosyete Koukouy

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Yves Dejean vs. Sosyete Koukouy

Post by admin » Mon Feb 06, 2006 10:51 am

Dans http://www.haitiforever.com/forum/viewtopic.php?t=239, Roger Savain écrit:
Par décret en date du 18 septembre 1979, le Gouvernement haitien a approuvé l'usage du “créole” comme langue d'enseignement au niveau primaire. Conformément à ce décret, le département de l'Education nationale d'Haiti a publié le 31 janvier 1980 une circulaire aux écoles dans laquelle il a rappellé l'usage du “créole” comme langue officielle et a défini les particularités de la langue. Il a alors souligné que “le créole a des sons et des signes pour écrire ces sons”, que le département est autorisé à montrer comment écrire le créole “qui doit être écrit de la même façon dans toutes les écoles.” En conséquence, le département, sous le titre : “KI JAN NOU EKRI KREYÒL AYISYEN” (Comment nous écrivons le créole haitien) a ind
iqué les six composantes suivantes [Voir texte original].

A partir de ce schéma linéaire, les linguistes haitiens et étrangers ont dégagé les caractéristiques de la phonologie, de la morphologie et de la syntaxe de l'haitien, en soumettant dans de nombreux textes le résultat de leurs recherches et de leurs observations. Parmi les différents courants, on peut identifier, aux Etats-Unis, deux écoles distinctes qui continuent d'influencer l'écriture de la langue haitienne. L'une dominée par l'enseignement de Yves Déjean, à New York et Miami, et l'autre établie par Ernst Mirville et la “Sosyete Koukouy”, à Miami. Des deux côtés, les points de vue sont défendus avec acharnement.

LA VOYELLE "OUN" ET LA CONSONNE "NG" SONT-ELLES VRAIMENT NÉCESSAIRES OU DES COMPLICATIONS CONTRE-PRODUCTIVES?

[quote]Mirville et son groupe appliquent totalement les instructions de la circulaire du département de l'Éducation nationale. Ils insis
tent particulièrement sur l'usage de la voyelle “oun” qui, disent-ils, a un son nasal africain qui doit être retenu comme un son distinct. Ils écrivent “youn” ou “oun” comme correspondant du déterminant un/une français et “younn”, doublant le n final, pour l'équivalent du nombre un. Ils appliquent la même règle pour écrire “mounn” ou tout autre mot terminé par le son “oun”. Le double n final se retrouve de même dans “vinn”. Aussi, ils utilisent la consonne “ng” pour écrire “lanng”. [/quote]

TRAIT D'UNION ET APOSTROPHE

[quote]Ils [Mirville et son groupe] se servent du trait d'union comme le suggère la circulaire et accordent une grande importance à l'usage de l'apostrophe qui fait l'objet d'une prise de position par J. R. Placide qui a écrit: “ Kreyòl pa tchoul ni lanng Franse ni okenn lanng ... Dapre konvansyon regleman no. 2 nan Òtograf ofisyèl la nan ka fòm kout pwonon sijè ki tounen fonèm konsòn yo, nou reprezante yo ak youn lèt
konsòn akonpaye ak youn siy apostròf anwo adwat li.”

“Le créole n'est à la remorque ni du français, ni d'aucune autre langue ... D'après la convention du règlement no. 2 de l'orthographe officielle, dans le cas de la “forme-courte” des pronoms sujets qui deviennent des consonnes-phonèmes, nous les représentons par une consonne avec une apostrophe placé en haut, à droite.” [/quote]

QUATRE PRINCIPES FONDAMENTAUX

[quote]Le point de vue de Déjean est bien différent de celui de la “Sosyete Koukouy”. D'abord, Déjean a défini les quatre principes fondamentaux de la langue haitienne:

Premye prensip / Premier principe

Code: Select all

Chak lèt rete nan wòl yo.
Chaque lettre a sa fonction.


Dezyèm prensip / Deuxième principe

Code: Select all

Chak son ekri menm jan.
Chaque son s'écrit pareil.


Twazyèm prensip / Troisième principe
[code:1:b1
f96ef7b1]
Nanpwen lèt ki bèbè.
Il n'y a pas de lettre muette.
[/code]

Katriyèm prensip / Quatrième principe

Code: Select all

Chak lèt se pòtre yon sèl grenn son oubyen yon sèl grenn bwi.
Chaque lettre représente un seul son ou un seul bruit.


“Katriyèm prensip sa a,” ajoute-t-il, “soti nan 3 lòt yo. Tou le 4 prensip sa yo mache ansanm. Se yo ki lakòz òtograf la regilyè anpil. Se yo ki fè òtograf la gen anpil valè.”

“Ce quatrième principe, ajoute-t-il, provient des trois autres. Tous ces quatre principes marchent ensemble. Ce sont eux qui permettent à l'orthographe d'être bien réglée. Ce sont eux qui donnent beaucoup de valeur à l'orthographe.”
[/quote]

Déjean a aussi identifié les “10 manman vwayèl” – (dix voyelles de base) -- de la langue comme représentant ses “10 manman son” – (dix sons de base) --
  • a [/*:m]
  • an [/*:m]
  • e [/*:m]
  • è [/*:m]
  • en [*:b1f96e
    f7b1]i [/*:m]
  • o [/*:m]
  • ò [/*:m]
  • on [/*:m]
  • ou[/*:m]
. Autrement dit, chaque mot de la langue contient une ou plusieurs de ces voyelles-sons de base. Il souligne aussi que les voyelles nasales sont représentées par un seul signe et n'ont qu'un seul son chacune:
  • an [/*:m]
  • en [/*:m]
  • on [/*:m]
  • ou[/*:m]
.

DEJEAN REJETTE LA CONSONNE "NG" ET LA VOYELLE "OUN"

[quote]Déjean rejette la consonne “ng” et la voyelle “oun” à peu près pour les mêmes raisons. Parlant de “ng”, ce sont, opine-t-il, deux consonnes que l'on trouve à la fin de quelques mots spéciaux tels que: zing et zwing. Il demande alors si on doit ajouter “ng” dans l'alphabet français à cause de “building, footing, smoking”. En ce qui concerne “oun”, il dit que ce signe de 3 lettres ne représente pas un son majeur dans la langue haitienne et [b:
b1f96ef7b1]peut toujours être formé avec ou et n.[/quote]

D'APRÈS DÉJEAN, L'APOSTROPHE EST UNE COMPLICATION INUTILE

[quote]À propos de l'apostrophe, Déjean écrit: “Nan fè tyoul òtograph franse, yo pèmèt moun sèvi ak yon apostwòf pou fòm kout pwonon sijè. Men, nan ekri pwonon franse, apostwòf pa mele ak koze sijè pa sijè. Epi nan ekri franse apostwòf pa rete ak pwonon ... Nan òtograf kreyòl, apostwòf se konplikasyon initil ki pa regle anyen.” (1986:39).

“À force d'être à la remorque de l'orthographe française, on permet l'usage d'une apostrophe avec les ‘formes courtes' des pronoms sujets. Mais, lorsqu'on écrit les pronoms français, l'apostrophe ne se mêle pas de savoir s'ils sont sujets ou non. De plus, lorsqu'on écrit le français, l'apostrophe n'est pas la domestique des pronoms. ... Dans l'orthographe créole l'apostrophe est une complication inutile qui n'a pas sa raison d'être.'

Déjean rejette aus
si le trait d'union comme une complication inutile et explique: “Nan egzaminen koze yo ekri an kreyòl depi kèk ane, nou kab remake jan yo sèvi mal ak tirè. Gen moun ki simen tirè tout kote. E sanble pèsonn pa suiv okenn prensip kle nan mete tirè. Poutèt sa, li kapab pi bon pou nou si nou prèske lage tirè a nèt ...Ekriti ap vin pi fasil lè kon sa. E sa pap fè lekti vin pi difisil. Egzanp: Yo di m mande sa k pase.” (1986: 41)

“ En revoyant les textes écrits en créole depuis quelques années, dit-il, on peut voir comment on s'est mal servi du trait d'union. Certaines personnes ont mis des traits d'union partout. Et il semble que personne n'ait suivi aucun principe clé pour mettre les traits d'union. C'est pourquoi il serait bon que nous abandonnions le trait d'union entièrement ... Ainsi, l'écriture deviendra plus facile et cela ne rendra pas la lecture plus difficile.

Exemple: Yo di m mand[e] sa k pas[e].” [/quote]

Cet exemple, toutefois, n'est pas concluant, car le pronom m peu
t être lu soit comme un complément de di – (dit) , soit comme le sujet de mand[e], -- (demander) -- ce qui donne à la phrase la possibilité de deux interprétations différentes.

FORME LONGUE vs. FORME COURTE DES PRONOMS

De plus l'usage de k, au lieu de ki -- (qui) -- fait penser au distinguo signalé par Pompilus entre “un calque graphique de la parole créole et une orthographe de la langue créole.” (11) De même remarque M.-C. Hazaël-Massieux: “Il est indispensable à l'écrit de retenir toujours la ‘forme longue' et de façon invariable ... pour permettre une identification globale et aisée de l'unité représentée ...” (12)

La phrase que Déjean propose en exemple pourrait avoir plus de clarté si on l'écrivait: “Yo di-m mande sa ki pase” ou encore “Yo di-mwen mande sa ki pase.” Autrement, le pronom m sera considéré comme un sujet de “mande.” Ce présentateur recommande l'usage du trait d'union et de
la “forme longue” autant que possible. (Savain, 1995: 32, 45).

L'usage de la “forme courte” des pronoms fait l'objet d'un autre débat. D'un côté, la “Sosyete Koukouy” place une apostrophe après la “forme courte” du pronom sujet et un trait d'union entre lui et le mot qui le précède quand il est complément ou déterminant, dès que ce mot se termine par une voyelle:

Code: Select all

m'renmen-l poutèt bote-l; m'achte-l pou li manje-l.


De son côté, Déjean élimine les deux signes et laisse seulement un espace à leurs places dans tous les cas:

Code: Select all

m renmen l poutèt bote l; m achte l pou li manje l.


PROPOSITION DE JEAN-ROBERT CADELY

Par contre, J.-R. Joseph Cadely procède à une agglutination de la “forme courte” des pronoms avec les mots qu'ils précèdent ou qu'ils suivent soit comme sujets, soit comme compléments ou déte
rminants, quant ces mots commencent et finissent par une voyelle: m renmenl poutèt botel; machtel pou li manjel. Il défend son point de vue en rappelant que la langue haitienne s'écrit comme elle s'entend. (13)

Partant de ce principe, on peut agglutiner “la forme courte” du pronom sujet avec un verbe commençant par une voyelle, mais l'usage du trait d'union après le verbe ou le nom est préférable, car la phrase se lit mieux:

Code: Select all

m renmen-l poutèt bote-l; machte-l pou li manje-l.
Déjean a aussi influencé l'écriture du créole en Haiti où il a enseigné plusieurs années comme professeur à la faculté de linguistique appliquée, dont le doyen est Pierre Vernet, et à l'École normale supérieure, dont le premier directeur fût Pradel Pompilus. Déjean a été directeur de “Biwo Lang Kreyòl” et chargé du programme national d'alphabétisation qu'on devrait plutôt nommer, “Pwogram 4 chemen: koute pale li ekri” (Programme des 4 chemins: écouter, parler, lire, éc
rire), pouvant aider à la formation d'une “konsyans kritik.”

Extraits de "DU FRANÇAIS À L'HAÏTIEN", écrit par Roger Savain. Ref: http://www.haitiforever.com/forum/viewtopic.php?t=239

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Post by admin » Mon Feb 06, 2006 11:23 am

Men kèk ralonj nou kab suiv pou apwofondi divèjans ki eklate nan òtograf kreyòl la pi byen toujou:

- Ki jan nou ekri kreyòl ayisyen (ak kòmantè an ba paj la) :
http://winterludes.net/bbs/mesajyo/868.html

- Du français à l'haitien (ak kòmantè an ba paj la) :
http://winterludes.net/bbs/mesajyo/903.html

- Kòmantè Jean-Robert Placide sou tèks Roger Savain an:
http://winterludes.net/bbs/mesajyo/1022.html

Sepandan, m espere pyèsmoun pa pral pran woulib sou divèjans sa yo ki afekte 1% nan ekriti kreyòl la pou yo derespekte 99% estandadizasyon ki deja fèt nan ekriti a. Li posib pou nou ekri kreyòl la mal pou plizyè rezon, men pa mete sa sou do ni Yves Déjean ni Sosyete Koukouy.

Pou tèt pa m, mwen idantifye ak prensip Yves Déjean enonse yo. Yo fè plis sans pou mwen e mwen adopte metòd Yve
s Déjean an. Sa pa vle di mwen pral fè lenmi ak Michel-Ange Hypplite oubyen Jean-Robert Placide pou sa. Mwen pa vle mete dozado kont mesye sa yo (men yo kab wè bagay la yon lòt jan, mwen pa konnen). Sepandan mwen kwè nou tout kab mennen batay la ansanm sou sa nou aksepte deja olye nou rete chita sou diferans yo. Yon jou, yon Akademi Kreyòl a tranche kesyon sa yo.

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