Un tragique milk-shake de cercles vicieux

Post Reply
User avatar
Guysanto
Site Admin
Posts: 1289
Joined: Fri Mar 07, 2003 6:32 pm

Un tragique milk-shake de cercles vicieux

Post by Guysanto » Mon Feb 01, 2010 11:28 pm

Voici ce qu'avait précédemment écrit Patrick Lagacé en Mars 2008:

LA PRESSE (Montréal)

Patrick Lagacé revient d'un séjour de six jours en Haiti. Trop court pour en faire un expert, mais assez long pour constater que ce pays, l'un des plus pauvres au monde, est un «tragique milk-shake de cercles vicieux.»

Mars 2008

Un tragique milk-shake de cercles vicieux

Ce n'est pas la pauvreté qui m'a frappé, à Port-au-Prince. La pauvreté, je m'y attendais. La pauvreté est à Haiti ce que le Cirque du Soleil est à Las Vegas. Non, ce qui m'a d'abord frappé, c'est la richesse.

Je m'attendais aux pauvres, aux mendiants, au délabrement général.

Mais pas à voir une Porsche Cayenne, un bazou de 100 000$.

Ni tant de Mercedes et de BMW, dois-je ajouter.

Il y a des riches en Haiti. Il faut dire que pour être riche, il ne faut pas trop, trop de fric, dans ce pays. Mais disons que les riches ne se gênent pas pour montrer qu'ils vivent bien. Dans un des pays les plus pauvres au monde, le plus pauvre des Amériques, ça décoiffe...

Je suis naif, au fond. Y a des riches partout...

L'autre truc qui frappe, c'est le bruit. Port-au-Prince caquète, s'engueule, chante, crie. Et klaxonne, surtout. Les automobilistes (des kamikazes du volant) klaxonnent pour se frayer un chemin, pour annoncer qu'ils ne ralentissent pas au carrefour, pour remercier ceux qui cèdent la voie. Klaxonner, c'est une obligation prescrite par la Constitution, je crois.
Rayon bruit, il y a aussi les ronronnements. Mais non, pas celui des chats. Celui des génératrices. Pas de génératrice, pas d'électricité. Fuck Kyoto. Port-au-Prince n'est pas une ville verte, mettons. Si Jean Lemire y fait escale, il va s'ouvrir les veines, je le crains...

J'ai passé six jours à Port-au-Prince, la semaine passée, en reportage pour Les Francs-Tireurs. J'en ramène trois carnets de voyage pour La Presse, trois chroniques d'un gars qui voyage pour la première fois dans le tiers-monde. Tiens, quelques flashs...

LA SURVIE - Les Port-au-Princiens sont des experts de la survie. Le job de tout le monde, c'est de survivre. Je parle de la moyenne des ours, bien sûr. Vendre une vieille paire de jeans (ou des cartes de cellulaires, ou de vieilles bouteilles de Coke remplies de jus, ou de la gomme) et, avec les 75 gourdes qu'ils en tireront, s'acheter à bouffer: 80% des neuf millions d'Haitiens vivent avec moins de 2$US par jour. Pour le reste, il y a deux milliards que la diaspora injecte dans le pays.

LA DIGNITÉ - Ça, c'est le plus stupéfiant. La dignité, étincelante: ils sont propres. Encore là, je parle de la moyenne des ours. Ils sont pauvres, mais leurs vêtements sont propres, propres, propres. On ne lésine pas sur l'eau de Javel. Chemise pressée, impeccablement coincée dans le pantalon. Comment ils font? Je ne sais pas.

LA BEAUTÉ - C'est fou comme les Port-au-Princiennes sont belles. Nous étions cinq gars dans l'équipe et nous avions le souffle coupé à chaque coin de rue. Elles sont d'une coquetterie émouvante: coiffées, maquillées, robes colorées, manucurées. Pas surprenant qu'il y ait de minuscules salons de beauté partout. La pauvreté, même abjecte, n'est pas un obstacle à la séduction.

L'ÉQUILIBRE - Les gens transportent toutes sortes de trucs sur leur tête. Des boîtes remplies de bouteilles de jus. Des sacs remplis de petites poches d'eau. Le plus surréaliste? Une vieille dame déambulait avec un gros panier, sur la tête. Dans le panier, des poules. Vivantes!

L'ONU - La présence des représentants de l'ONU ne passe pas inaperçue. D'abord, il y a leurs 4X4 blancs, marqués de deux lettres noires: UN. Ils roulent en fou, comme tout le monde. Puis, il y a les jeeps et les véhicules blindés dans lesquels on voit des Casques bleus en armes. Ils appuient la flicaille haitienne. Un facteur qui explique la baisse du banditisme qui a secoué le pays ces dernières années, dit-on.

L'ONU CHEAP - Sous l'éclat d'un lampadaire, discussion avec trois prostituées. Elles ont 19 ans, «19 ans US», c'est-à-dire que c'est probablement 17. Même complainte que toutes les filles de joie du monde: métier difficile, je ferais quelque chose d'autre si je pouvais, tu ne sais jamais sur qui tu vas tomber. Avez-vous des clients parmi la tribu onusienne qui campe en ville, mesdemoiselles? Oui, disent-elles. «Ils ne veulent pas payer. Ils veulent nous échanger un souper contre une baise», fait l'une d'elle.

LE CHAOS - Disons-le comme ça sort: rien ne marche à Port-au-Prince. L'État n'existe pour ainsi dire pas dans la vie quotidienne. Pas d'eau courante (il y a de l'eau roulante, de l'eau purifiée livrée par camion). Il y a de l'électricité, quelques heures par jour (la génératrice prend le relais). Il y a plus de flicaille que de flics. Pas de cadastre! On se bâtit où on peut, où on veut. À peu près pas de collecte de vidanges (on les brûle).

Six jours à Port-au-Prince, donc. Je sais que les Haitiens de Montréal vont me dire que je n'y connais rien. Ils me l'ont dit, sur mon blogue, quand j'y écrivais des cartes postales, la semaine passée. Je ne suis pas un expert d'Haiti, comme je vous dis, je vous ponds présentement un carnet de voyage, sans plus.

Il y a un truc qui frappe, lentement, à force de se frotter à Haiti. Un truc encore plus désespérant que la pauvreté, que le dénuement.

Ce pays est cassé.

Et je ne sais pas trop si ça se répare, un pays.

Enfin, oui. Ça se répare. On a réparé l'Allemagne, le Japon. La Chine se répare assez bien, merci. Mais un pays comme Haiti? Un pays où rien ne marche? Où il n'y a rien?

Il y a trop de cercles vicieux, au fond, ici. Tiens, juste un: il faut éduquer les Haitiens. Tout le monde le sait: pour qu'un pays avance, le peuple doit pouvoir apprendre.

Mais pour créer un système d'éducation, il faut une fonction publique compétente qui crée, entre autres, un système scolaire efficace.

Mais comment avoir une fonction publique compétente quand tes écoles tombent en ruine, quand les citoyens n'ont pas les moyens d'y aller bien, bien longtemps?

Vous voyez?

Je reviens d'Haiti. Je n'y suis pas resté bien longtemps. Juste assez pour voir que ce pays, c'est pas un pays, c'est un milk-shake de cercles vicieux. Un tragique milk-shake de cercles vicieux.


Tout le monde veut aider Haiti

Il n'y a pas de milieu, en Haiti.

C'est ce que j'ai compris, un soir, en jasant avec des Haitiens et des Québécois, lors d'un souper modérément arrosé. La nuit était douce et le ciel, plein d'étoiles. À Port-au-Prince, il y a toutes les pollutions. Mais pas la pollution visuelle: quand il y a si peu d'électricité, les étoiles brillent de tous leurs feux.

J'aimerais vous dire qui étaient ces gens. Mais bon, leurs patrons n'aimeraient pas voir leurs noms dans le journal.

Nous parlions du fait, justement, que ce pays est brisé. Brisé par la pauvreté. Par la dictature. Par la démocratie, aussi, qui n'a pas donné des résultats 1000 fois supérieurs à ceux de la tyrannie.

En Haiti, m'a-t-on expliqué, il y a beaucoup de gens en bas de la pyramide, évidemment. Et des gens en haut. Les politiciens, la bourgeoisie.

Mais au milieu? Rien. Le vide.

Le milieu a été décimé. Pensez à la diaspora haitienne: deux millions d'exilés. Ça fait beaucoup de profs, de comptables, de techniciens qui ont sacré le camp, depuis 40 ans. Ça fait un trou dans le corpus des compétences d'un pays, ça.

Pas de milieu, donc.

Pas de classe moyenne, d'abord.

Pas de fonction publique compétente pour implanter les décisions des dirigeants de l'État.

Pas de cadres intermédiaires pour faire fonctionner des trucs, des usines, des chantiers.

Comme je dis: pas de milieu. Que des extrémités.

Tiens, rendu à la cinquième bouteille de vin, un des Québécois, un type qui aime ce pays, qui le fréquente depuis 25 ans, qui travaille pour une firme qui offre de la formation dans le tiers-monde, m'a raconté une histoire. Une histoire qui explique Haiti.

«Prends une ONG étrangère. Elle oeuvre en éducation. Elle ne peut pas se fier au ministère de l'Éducation pour mener ses projets à terme. Alors, l'ONG, pour suivre ses dossiers de près, se greffe au Ministère, carrément. Elle prend les fonctionnaires par la main, assure un suivi. C'est la seule façon de piloter un projet, ici.

«L'ONG fait ça parce que les fonctionnaires ne sont pas compétents. Mais là, l'ONG, dans le cadre du dossier, découvre un bon fonctionnaire. Un gars compétent, qui a de l'initiative. Tu sais ce qu'elle fait, l'ONG? Elle l'embauche!»

Ainsi, ce fonctionnaire qui gagnait 100$ par mois se retrouve maintenant sur la liste de paie de l'ONG, à 2000$ ou 3000$ par mois.

Au premier coup d'oeil, tout le monde est content, dans ce deal.

Le fonctionnaire haitien, qui jouit d'une hausse de salaire colossale.

L'ONG, qui se dote d'un soldat local compétent pour mener à bien ses projets projets qui visent à aider les Haitiens.

Où est le problème, alors?

«Le problème, m'explique le Québécois qui fait de la formation, c'est que ce fonctionnaire-là, il n'est plus dans la fonction publique haitienne!»

Vous vous promenez à Port-au-Prince, et vous constatez que c'est toute la planète qui est ici, qui veut aider Haiti. L'ONU, le Canada, USAID, Médecins du monde, la Croix-Rouge, Taiwan (!)...

Tous ces intervenants fournissent des vaccins, du riz, des coopérants, des camions, des médecins au peuple haitien. Et c'est fort bien. Dans le sens où c'est mieux que rien.

Mais, et c'est là le drame, tout ce beau monde ne peut pas fournir à Haiti ce dont il a le plus besoin: le milieu.

Pour revenir au fonctionnaire haitien embauché par l'ONG, on peut dire qu'il deviendra, même hors de la fonction publique, un actif pour Haiti. Après tout, il y oeuvre encore.

C'est vrai.

C'est vrai si, avec ses nouveaux dollars, il ne décide pas de quitter pour Miami ou Montréal. À sa place, je sais que je ne «gosserais» pas dans le manche très longtemps...


Personne ne dit la vérité, dans ce foutu pays

Une image, pour commencer ce dernier carnet de voyage sur Haiti. Je suivais Lenz Chéry dans son quartier. Lenz a 25 ans, il sera à Montréal à la fin du mois avec la bande de ce sympathique Starmania haitien, pour une série de shows à la TOHU.

Le quartier de Lenz, donc, est à flanc de colline. Noir de monde. Rue pleine de trous, on dirait que les talibans sont passés la veille. En bordure de la rue, le souk. On vend de la gomme, des jouets brisés, des pantalons...

C'est un quartier pauvre. Mais ce n'est pas, non plus, la pauvreté abjecte du coin où il y a ce bidonville qui campe en face d'un dépotoir, un des pires souvenirs de ma vie, et pas juste à cause de l'odeur de fin du monde.

Je suivais Lenz, donc. L'équipe des Francs tireurs le filmait, dans son quartier, en route vers son appart, l'appart de son frère, en fait.

Et c'est là que j'ai vu cet Haitien accroupi devant le caniveau, le visage et la tête couverts de mousse de savon. Le gars se lavait avec l'eau du caniveau.

Se laver avec de l'eau sale. Quand je vous disais qu'Haiti est un pays de cercles vicieux.

Je pars de cette image pour vous parler de ceux qui reviennent en Haiti. Il y en a. Nés en Haiti ou nés à l'étranger de parents haitiens, ils ont toujours eu le pays dans les tripes.

J'y ai croisé deux Haitiennes qui ont quitté le Québec pour retourner dans le pays de leurs parents. Malgré le chaos, malgré le bordel, malgré les hommes qui se lavent dans les caniveaux. Michèle et Laurence.

Michèle Doura. A grandi à Drummondville, 30 ans, études en nutrition. Pourquoi en nutrition ? «Quelque part, dit-elle, j'ai voulu étudier dans un domaine qui me permettrait de venir aider Haiti, un jour...»

Elle ne fait pas de nutrition, remarquez. Elle fait dans l'organisation. Elle gère des projets de Médecins du monde à l'hôpital Sainte-Catherine de Labouré, dans le bidonville de Cité-Soleil. Vaccination, sida, malnutrition.

Michèle a quitté Montréal, son confort, son travail, a pris un job avec Médecins du monde, pour aller travailler dans un hôpital où l'affiche qui accueille les visiteurs rappelle que le port de l'arme à feu est interdit en son enceinte.

Je jasais avec Michèle sur un balcon surplombant une sorte de gazebo où poireautaient des gens. Une salle d'attente. Céline Dion chantait très fort, en anglais, pour les gens qui allaient se faire vacciner.

– Ça sert à quoi, Michèle ? Que tu sois ici, je veux dire. T'es une goutte d'eau dans ce bordel...

– Une goutte d'eau, c'est important. Et puis, je pense qu'on est plus qu'une goutte d'eau ! Tu sais combien d'enfants sont nés de mères sidéennes, sans contracter le VIH, récemment, ici ?

J'oublie si la réponse est 200 ou 300. Mais Michèle m'a lancé le chiffre avec la foi de la missionnaire. Et c'est un peu ce que les gens comme elle sont, des missionnaires laiques, qui croient pouvoir changer les choses, mettre un peu de couleur dans la grisaille.

L'autre Haitienne revenue au bercail, c'est Laurence Magloire. Ex-radio-canadienne, où elle a travaillé dans le secteur jeunesse. Elle a 49 ans et un Jeep jaune, qu'elle conduit comme tout le monde dans ce pays sans feux de circulation (ou presque) : en fou.

Elle est aussi, mais ne le répétez à personne, je l'ai su par la bande, une grand-maman. Je sais qu'elle va hurler en lisant ça, mais je dois dire que c'est aussi la grand-maman la plus sexy au monde...

Son truc, à Laurence ? Le cinéma. Elle a monté une caravane pour faire une tournée de villages, avec un écran démontable, pour montrer des films aux Haitiens, dans des villages où il n'y a bien souvent ni télé ni électricité.

Un soir, dans sa maison, elle nous a montré un making of de cette tournée. Le visage ravi des enfants. Deux vieilles partageant une chaise, pour le visionnement. Laurence nous a montré un film qu'ils montraient aux Haitiens : des images superbes d'Haiti prises à vol d'oiseau par un cinéaste français.

«Vous voyez ça ? Regardez comme c'est un beau pays...»

En effet : des montagnes verdoyantes, des lagons bleus, des plages sauvages. Au son d'une musique triomphale. Sublimes images, contre-pied éloquent d'un pays qu'on prend pour le trou-du-cul de l'univers.

«On leur a montré que leur pays, Haiti, c'est un beau pays. Du positif, vous comprenez ? Ils ne le savent pas ! On voulait qu'ils le sachent.»

Quand je lui ai demandé à quoi ça servait – en toute mauvaise foi – de montrer des films à des gens qui ont faim, Laurence m'a regardé comme si j'étais une grenouille. Et elle m'a répondu quelque chose qui ressemblait à : Pauvre tata, il faut aussi nourrir l'esprit des gens.

Voilà. Il y a deux millions d'Haitiens qui ont quitté le pays. Certains reviennent. On sort l'Haitien d'Haiti, mais on ne sort pas Haiti de l'Haitien.

Je le dis sans cynisme : aimer Haiti est un acte de foi. C'est un pays brisé, je l'ai dit. État corrompu et inefficace, pauvreté abjecte, banditisme, inégalités à vomir. Mais les Haitiens aiment leur pays, à la folie. Le drapeau national (made in China, bien sûr) flotte partout.

L'amour débridé, passionné, virulent des Haitiens pour leur pays dépasse l'entendement. Dépasse, en tout cas, la compréhension du Blanc québécois que je suis. Mon pays marche mille fois mieux qu'Haiti. Et je ne l'aime pas comme eux peuvent aimer le leur.

C'est peut-être cet amour qui les pousse, remarquez, à constamment «bullshiter». Mentir, même. Car faire parler un Haitien des maux qui minent Haiti, c'est un exploit. Parlez-leur de pauvreté, de corruption, de kidnappings, et ils vous diront que tout cela est exagéré, que vous ne comprenez pas Haiti, qu'Haiti est «autre chose». Après tout, personne ne dit la vérité, dans ce foutu pays (1)...

Un soir, je jasais avec une dizaine de jeunes de ce Starmania haitien. Je leur ai dit mon étonnement devant leur fierté délirante pour une patrie brisée.

La jeune fille qui m'a répondu, celle qui joue la serveuse automate, je crois, a planté ses yeux dans les miens. Sans «bullshit», elle m'a dit ce que tant d'Haitiens m'ont nié : oui, ce pays va mal, oui, il est cassé. Mais...

«Mais vous voyez comment on survit ? Nous sommes fiers de ça, de survivre.»


Ajout : Un lecteur québécois qui habite Haiti avec sa blonde haitienne m'écrit un courriel, après ma chronique de ce matin. Il m'enlève les mots de la bouche, mots que j'aurais pondus, avoir eu un peu plus de place :

Peut-être t'a-t-on parlé de «maronnage». Sinon, le maronnage était initialem8ent cet état de fait des esclaves qui s'enfuyaient dans les mornes. On les appelait les «marrons». Aujourd'hui, le maronnage est verbal et intellectuel, il est dans le coeur de tous les Haitiens, du moindre paysan au plus haut fonctionnaire de l'État. Cet État lui-même maronne, en tant qu'institution. Si tu cherches une définition, tu ne la trouveras jamais vraiment, mais il s'agit, si j'ose une définition, de toujours contourner la vérité pour l'embellir, pour la modifier, consciemment ou non, pour la rendre autre, soit acceptable en tant que telle, soit pour exclure l'interlocuteur de cet état de fait.

Ce n'est peut-être pas clair, mais un Haitien ou une Haitienne, sauf de rares exceptions, n'acceptera jamais d'être mis en cause dans un tel ou un tel problème : « Se pa fòt mwen » (c'est pas de ma faute) est probablement la chose qu'on entend le plus souvent ici.

Entendons-nous bien : j'adore Haiti, j'ai ce pays dans la peau, et il est rendu mon pays d'adoption, pour le meilleur et pour le pire. Je ne vis pas richement, je n'aurai jamais de Mercedes car tout Canadien que je suis, j'ai un emploi local, donc payé comme un local. Mais c'est un choix que j'ai fait et je ne le regrette pas. Donc j'adore ce pays, mais j'essaie de t'expliquer le pourquoi de ces incessants “mensonges”. Car j'estime que ce ne sont pas, à proprement parler, des mensonges. J'essaie encore de comprendre le pourquoi, et la raison qui me vient le plus souvent à l'esprit est que, tout artistes qu'ils sont, ils prennent une réalité parfois difficile et tentent, très souvent inconsciemment, de la rendre sinon plus belle, du moins plus acceptable. Ils maronnent. Les politiciens en sont les plus grands experts...


Patrick Lagacé
Le Lundi 3 Mars 2008

http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70720959

Publié dans la catégorie Maudite Planète, http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?cat=3

Post Reply