UN PAYS PHARE QUI S'APPELAIT HAITI

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UN PAYS PHARE QUI S'APPELAIT HAITI

Post by admin » Mon Aug 14, 2006 4:03 pm

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IL ETAIT UNE FOIS
UN PAYS PHARE QUI S'APPELAIT HAITI

par Gérard Bissainthe


Le temps passe et cela fait déjà cinquante ans!

Je ne m'en serais même pas rendu compte si je n'avais reçu presque coup sur coup deux invitations: une à participer à la réédition de l'ouvrage "Des Prêtres Noirs s'Interrogent" et l'autre à apporter ma contribution à la célébration du cinquantième anniversaire du Congres International des Ecrivains et artistes Noirs" qui s'était tenu en 1956 dans l'Amphithéâtre Descartes de la Sorbonne à Paris et qu'on avait appelé le "Bandoeng du Monde Noir".

Que les temps ont changé!

Haiti à l'époque était au sommet de sa gloire.

Nous étions alors "La Référence".

Nous nous grisions peut-être de mots, mais derrière les mots il y avait une réalité que les Noirs du monde entier, à commencer par nos frères d'Afrique reconnaissaient sans peine: ce que dans l'histoire d'autres avaient tenté, nous nous l'avions réalisé.

Et cela, une fois fait, ne s'efface jamais.

Un grand médecin noir américain qui a été le Ministre de la Santé de l'Etat du Texas, le Dr James Watson, m'a confié une fois que son plus grand regret était de ne pas être né haitien, nonobstant nos misères actuelles et tous les autres aléas de notre passé, parce que, disait-il, "ma liberté à moi, on me l'a donnée; vous, la vôtre, vous l'avez conquise."
Pour lui Haiti est encore "La Référence".

1956. Les choses n'était pas parfaites chez nous; mais nous avions le minimum qui nous permettait de tenir notre rang de
-première nation qui dans l'histoire avait vu la victoire d'une révolte d'esclaves
-première république moderne du Monde Noir
-première nation qui avait par la force secoué le joug d'une grande puissance occidentale, en battant les soldats du plus grand capitaine de l'histoire: Napoléon Bonaparte.

Nous n'étions pas encore comme aujourd'hui "plus délabrés que Job", mais nous étions "plus fiers que Bragance".

1956. La Conférence Internationale des Ecrivains et Artistes Noirs avait invité les Noirs du monde entier. Et ils étaient venus de partout: de l'Afrique, des Caraibes, de l'Amérique.

Un rallye de la crème du Monde Noir.

Et ils étaient venus et ils étaient tous là: Alioune Diop, Sheik Anta Diop, le Dr Louis Price-Mars, Aimé Césaire, Emile Saint-Lot, Leopold S. Senghor, Jacques Stephen Alexis, René Piquion, Albert Mangonès, Frantz Fanon, Jacques Rabémananjara, le héros de la résistance malgache, Richard Wright. Tous. Les plus grands.

En ce temps les pays d'Afrique n'étaient pas encore libérés, mais tous rêvaient de l'être.

En ce temps Haiti était la Référence.

Lorsque la délégation haitienne entra dans cet Amphithéâtre Descartes de la Sorbonne, haut-lieu de la pensée occidentale, ce fut une extraordinaire ovation qui dura de longues minutes.

Lorsque plus tard Emile Saint-Lot, de sa voix chaude de tribun criera: "Mes frères Africains, n'hypothéquez pas votre indépendance. Il ne faut pas qu'on vous la donne. Prenez-la!" Ce fut le délire. Les étudiants noirs, en majorité dans la salle, piaffaient sur les sièges et sur les pupitres. Je n'avais de ma vie jamais vu un tel spectacle.

Le Dr Price-Mars fut élu par acclamation Président de la Conférence.

Haiti était alors la Référence.

La Conférence Internationale des Ecrivains et Artistes Noirs enregistra la volonté inébranlable du Monde Noir, et en particulier de l'Afrique de participer au concert mondial de la liberté, de l'égalité et de l'amitié. Que ceux qui participent aujourd'hui à ce concert inachevé n'oublient pas ces pionniers!

Je garderai toujours le souvenir de la poignée de main que tint à me donner Frantz Fanon, l'auteur des "Damnés de la Terre", après mon intervention au cours de laquelle j'avais présenté l'ouvrage "Des Prêtres Noirs s'Interrogent", pour me dire que nous n'étions pas dans la même caravelle, mais qu'il me félicitait pour mon courage. C'était quelque temps avant qu'il aille donner sa vie pour la libération du troisième pays du Tiers-Monde, l'Algérie, qui, après Haiti et l'Indochine, conquit son indépendance.

En ce temps Haiti était la Référence

Je rencontre encore aujourd'hui des Africains, et pas des moindres, qui disent que pour eux encore aujourd'hui Haiti est la Référence.

Pour eux sur deux cents ans d'histoire, nos dernières décennies de marasme ne sont qu'un incident de parcours, triste sans doute. Mais ils nous croient capables de nous relever et de reprendre notre place de porte-drapeau du monde noir.

Personnellement je n'en ai jamais douté, d'autant plus que le secret de notre salut est des plus simples: nous avons dans nos ressources humaines et dans nos autres ressources tous les ingredients; il ne nous manque que l'agencement. Et pour certains il ne leur manque que la foi.

Mais Haiti phénix va renaître de ses cendres.

L'autre événement auquel je suis invité en cette année 2006 est la célébration du cinquantième anniversaire de la publication de l'ouvrage "Des Prêtres Noirs s'Interrogent", dont avec mon ami feu Alioune Diop, President de Présence Africaine, un Musulman converti au catholicisme, j'avais coordonné la préparation. Cet ouvrage publié en 1956 aux Editions du Cerf des Pères Dominicains de Paris, sous la Direction de Présence Africaine, est resté une date dans l'Histoire de l'Eglise.

Présence Africaine, fondée à Paris par les plus grands intellectuels africains et des amis occidentaux, dont Jean-Paul Sartre et Emmanuel Mounier, était un des hauts-lieux de la Ville Lumière. Ce fut à Présence Africaine que ma soeur Toto Bissainthe commença sa carrière d'artiste.

En ce temps Haiti était la Référence

Ce ne fut pas un hasard si les Haitiens jouèrent un rôle de premier plan dans la publication de cet ouvrage, ayant été les auteurs de quatre articles sur un total de onze, en plus de mon avant-propos. Ce n'est pas que nous étions les meilleurs, mais nous courions moins de risques à nous exprimer librement. Nous étions libres.

Ces deux événements sont seulement pour moi l'occasion de rappeler
qu'il était une fois un pays phare
qui s'appelait Haiti
et qui a fait rêver tous les Noirs du monde entier
et tous les damnés de la terre.

Il ne tient qu'à nous, femmes et hommes d'Haiti, qu'il le redevienne.

Gérard Bissainthe
9 août 2006
gerarbis@att.net

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Tidodo_

Post by Tidodo_ » Tue Aug 15, 2006 5:38 am

Very uplifting article, Guy!

[quote]Personnellement je n'en ai jamais douté, d'autant plus que le secret de notre salut est des plus simples: nous avons dans nos ressources humaines et dans nos autres ressources tous les ingredients; il ne nous manque que l'agencement. Et pour certains il ne leur manque que la foi.[/quote]

....il nous manque aussi: la discipline [Dr Gelin nous rappelait dans son autre poste une autre forme de discipline qui est le respect de la loi] et la patience.

J-M.

Gelin_

Post by Gelin_ » Tue Aug 15, 2006 1:29 pm

Ce que le cerveau et les mains de quelques-uns ont détruit, le cerveau et les mains d'autres peuvent certainement reconstruire. Haiti peut connaitre encore une gloire plus grande que celle du passé...e se pa reve m ap reve.

gelin

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