Quelle importance Jean Dominique?

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Quelle importance Jean Dominique?

Post by admin » Sun Apr 02, 2006 11:13 pm

Quelle importance Jean Dominique?

par Michèle Montas et Jan Dominique


Il y a maintenant six ans, le 3 avril 2000, le journaliste Jean Léopold Dominique était assassiné dans la cour de sa station, Radio Haiti. Cela fait six ans que nous continuons en vain d'exiger justice pour ce militant de la parole libre. Aujourd'hui, ses assassins, ceux de Jean Claude Louissaint et ceux de Maxime Seide, assassiné deux ans plus tard pour faire taire nos revendications de justice, circulent librement. Une fois écartée la voix combien gênante de Radio Haiti, le dossier judiciaire des assassinats du 3 avril est bloqué depuis trois ans, dans une conspiration du silence, et de l'impunité.

 L'instruction, reprise par quatre juges différents, a duré 2 ans et 10 mois. Elle a été houleuse et sanglante. Des suspects sont morts en prison dans des circonstances non élucidées. Des témoins ont été sommairement exécutés. Un juge d'instruction, menacé, a dû s'exiler. Presque toutes les institutions de l'Etat ont fait obstacle à cette enquête: mandats d'arrêt non exécutés par la police, opposition du Sénat à la levée de l'immunité parlementaire d'un sénateur, menaces publiques contre un juge d'instruction par des policiers, refus temporaire en 2002 du chef de l'état de renouveler le mandat du juge d'instruction en charge du dossier.


 Après une intervention à peine déguisée du Ministre de la justice d'alors, l'enquête judiciaire s'est théoriquement conclue le 21 mars 2003, exactement un mois après que Radio Haiti ait été forcée d'éteindre ses émetteurs suite à une tentative d'assassinat, à un meurtre et à de nombreuses menaces sur ses journalistes. Bien que l'instruction, de mai 2000 à janvier 2002 a été marquée par l'audition de dizaines de témoins et une vingtaine d'inculpations, le juge d'instruction Bernard St Vil publiait, avec son ordonnance de renvoi, la liste de six personnes inculpées pour la mort du journaliste. Aucun commanditaire n'était désigné.


 Le 3 avril 2003, la famille du journaliste fait appel des conclusions de l'enquête. Le 4 août 2003, la cour d'appel de Port-au-Prince demande le lancement d'une nouvelle instruction et la libération de trois des six inculpés. Les trois autres présentent un recours devant la Cour de cassation, suspendant de fait la poursuite du dossier. Entre temps, ces accusés qui s'étaient adressé à la Cour, Jeudy Jean Daniel, Dimsey Milien et Markenton Philippe, se sont évadés de prison.

 Le 14 mars 2004, la police exécutaient deux des mandats émis d'ailleurs par le juge St Vil, en arrêtant un ancien maire adjoint de Port au Prince, Harold Sévère inculpé le 28 janvier 2003, et Roustide Pétion, alias Douze, pour leur implication présumée dans les assassinats du 3 avril.


 La Cour de Cassation rejette le 29 juin 2004, le « pourvoi des sieurs Dymsley Millien dit Tilou, Jean Daniel Jeudi dit Guimy et Markington Phillipe contre l'arrêt ordonnance de la Cour d'Appel de Port-au-Prince ». La Cour de cassation confirme ainsi le verdict de la Cour d'appel qu'un nouveau juge d'instruction soit désigné pour trouver les commanditaires du crime.

 le 3 avril 2005, soit cinq ans jour pour jour après les assassinats du 3 avril, le cas est remis à un nouveau juge d'instruction. Aujourd'hui, un an plus tard, l'instruction est encore en suspens et selon le RNDDH qui suit de près le cas depuis six ans : « Le dossier de Jean Léopold Dominique et de Jean Claude Louissaint a été confié au juge Jean Pérez Paul, Président de l'Association Nationale des Magistrats Haitiens (ANAMAH). Ce Magistrat, connu pour sa fameuse ordonnance du 30 décembre 2005 en faveur de présumés kidnappeurs … a décidé de retourner ce dossier au décanat pour protester contre le fait que le Ministère n'a pas mis suffisamment de moyens à sa disposition pour faire son travail. Mais le juge n'a pas démissionné, il continue à travailler sur d'autres dossiers. Depuis quand un magistrat est-il habilité à sélectionner les dossiers sur lesquels il veut travailler ? … Et personne ne dit mot.» conclut le Réseau.


Six ans après les assassinat du 3 avril, quelle importance Jean Dominique?

Anesthésiés par la succession de victimes, dans un climat d'impunité tenace et de banalisation du crime, certains nous demanderont pourquoi s'obstiner alors que tant de forces semblent vouloir diriger ce cas embarrassant, parce que le plus médiatisé de notre histoire récente, vers les oubliettes de “l'enquête se poursuit”. L'heure n'est elle pas à la réconciliation, au partenariat économique ? Quelle importance la justice ? Après tout, ne tenons nous pas, depuis plusieurs années, les états généraux de la corruption, de la violence et de l'impunité dans une société qui a fait de l'oubli, un instrument de survie.

En dépit d'une agitation politique périodique sur des dossiers de corruption, après Duvalier, après le coup d'état ou après Aristide, la nation finalement ne demande jamais de compte. Les kidnappeurs sont libérés aussi rapidement qu'ils sont arrêtés. Les assassins aussi. Lorsqu'un dossier judiciaire comme celui de Raboteau, étayés par une recherche de preuves sans précédent dans les annales de notre justice, est renversé pour vice de forme, sans protestations de notre société dite civile, on peut compter, sur les doigts d'une main, les punitions légales qui ne sont pas effacées par l'éternelle justice des vainqueurs.

Cette impunité colle à notre quotidien, à la diffamation qui a libre cours sur nos medias, ou aux immondices jetés sur la chaussée. Un ami me relate le cas d'une marchande à qui un automobiliste demande de bouger son étalage installé en pleine Rue du Centre et qui se voit répondre « pouki m'ta fè sa, pa gen leta ». Aucun contrevenant à la loi n'étant puni, qu'il s'agisse d'infractions mineures ou de meurtre, l'impunité tenace nous mène à cette anarchie au quotidien, mais nous fermons les yeux, complices ou coupables.

Quelle importance Jean Dominique?

Une fois pris le choix délibéré de l'impunité dans les dossiers des assassinats des quatre Jean, Jean Marie Vincent, Jean Pierre Louis, Jean Lamy et Jean Dominique, ne devions nous pas nous attendre au meurtre orchestré de Brignol Lindor, ou à l'assassinat commandité du député Marc André Dirogène ou aux tortures infligées à notre poète journaliste Jacques Roche ? Pouvions nous nous étonner de cette dangereuse spirale d'agressions brutales qui a endeuillé et meurtri chacun d'entre nous ? En écartant l'exigence de justice comme dérangeante, ne sommes nous pas collectivement coupables de meurtre et de corruption ? Ne sommes nous pas dangereusement complices par notre silence éhonté ?

Quelle importance Jean Dominique?

On nous dira sans doute qu'exiger aujourd'hui justice pour Jean Dominique ou pour d'autres, n'est pas politiquement correct, car cela risque de secouer cet équilibre fragile et factice, sur lequel certains mettent périodiquement l'étiquette de réconciliation.
Pourquoi aujourd'hui insister pour que justice soit rendue à Jean Dominique ?
La réponse nous vient de ceux qui sont victimes au quotidien des abus de pouvoir de petits chefs, de l'exclusion, de la marginalisation et des dénis de justice, ceux qui en masse ont voté le 7 février pour la fin de l'insécurité, sachant parfaitement que ce monstre a été nourri à la mamelle de l'impunité et de l'injustice, ceux qui se sont battus depuis 30 ans contre l'état prévaricateur et corrupteur, pour mettre fin aux jeux destructeurs de pouvoir et d'argent, et pour changer la vie.

Les autres, qui n'ont ni le courage, ni la lucidité de comprendre que l'impunité ne peut plus faire les frais de tergiversations, de jeux de pouvoir et d'argent, d'expédients politiques et judiciaires, de “kache fey kouvri sa” seront les prochaines victimes, comme le seront l'état de droit et la démocratie que nous prétendons instaurer.
New York, le 3 avril 2006.

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The Silencing of a Voice for Democracy

Post by admin » Sun Apr 02, 2006 11:26 pm

[quote]The Silencing of a Voice for Democracy

April 7, 2000

You could say that the assassination of Jean L. Dominique was in a way much like the assassination of American icons such as Robert Kennedy and Martin Luther King. It should not have been surprising, but indeed it surprised us. And, years from now, we'll remember where we were when we first heard the news. Its impact was a devastating blow. A blow against Hope. But our Hope is resilient and will survive this trauma. After all, the Haitian Revolution did not end with the arrest of its greatest exponent, Toussaint Louverture, who fought and gave his life for the autonomous French colony of Saint Domingue; who died because he aspired to more than just a taste of sovereignty and self-determination.

Jean Dominique's death and cowardly assassination will long be remembered. Like Toussaint's, Jean's dream of a New Day in Haiti will come into being, because this event has had the opposite effect sought by many in Haiti's "morally repugnant elite": to make him shut up, once and for all. Sometimes, the voice from beyond the grave speaks more loudly than the one coming from the airwaves, as inspiring as it was to some, and as irritating it may have been to others.

Jean Dominique, like few others, represented a symbol to our people. A symbol for the right to speak one's mind, not just the freedom of the press. Above all, a symbol of integrity in an age when there is precious little of that.

We need to repair the Justice system in Haiti, which currently does not have even one leg to stand on. To do so would constitute the best tribute to the life of Jean Leopold Dominique.

Guy S. Antoine

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[quote]Justice or Impunity?

February 7, 2001

Please allow a concerned national to talk about some urgent priorities.

I am talking of my main concern, Haiti's tradition of impunity, and investigations that never ever come to a close, traditionally referred to as "L'enquête se poursuit".

Of recent memory, we have the murders of Amos Jeannot and Jean Dominique, and it would be a monumental task to count all those victims that remain nameless because they did not work for an organization like Fonkoze or they did not achieve the notoriety of the people's reporter of choice at Radio Haiti Inter. It's a tradition that makes me ashamed, anguished, and angry. I will acknowledge the successes of the Raboteau and Carrefour-Feuilles trials. But a whole lot more needs to be done in order to restore (?) people's confidence in the political and judicial systems.

"Peace of mind" will never be achieved if our excessively long tradition of impunity is not brought to a halt. The political will to serve the ends of Justice should insure that investigations lead to wherever they may, and when the weight of the evidence is enough to indict somebody, that this be done regardless of the social status of the suspect in question, regardless of party affiliation, regardless of political consideration. Acts of violence are not to be tolerated from anyone. I wait for the day when Justice will be so swift and forceful in Haiti that violence prone individuals or groups will think twice before victimizing another school boy or school girl, another ti machann, another card carrying political party member, another blue collar worker, another reporter, another political candidate, another government employee, another clergyman, another worker, another driver, another passerby... ... ... a spouse... a mother... a father... a daughter... a son... a sister... a brother... a cousin... a mentor... a friend.

Let's see an unequivocal end to this sorry state of affairs in Haiti.


Guy S. Antoine

[/quote]

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Jean Dominique,

Post by admin » Sun Apr 02, 2006 11:48 pm

We Remember!

Gelin_

Post by Gelin_ » Mon Apr 03, 2006 10:30 am

Une autre organisation (RSF) a relancé le dossier:

[quote]Haiti : RSF attire l'attention du président Préval sur le dossier de Jean Dominique</b>

31 mars 2006

P-au-P, 31 mars 06 [AlterPresse] --- L'organisation Reporters sans frontières (RSF) attire l'attention du président élu d'Haiti, René Garcia Préval, sur le dossier du directeur général de Radio Haiti Inter Jean Léopold Dominique, et de son gardien Jean Claude Louissaint, assassinés le 3 avril 2000.

A l'occasion du 6e anniversaire de ce double meurtre, Reporters sans frontières appelle l'élu du 7 février 2006, qui doit assermenter le 14 mai prochain, à redynamiser l'appareil judiciaire dans le cadre de ce dossier.

« Le scandale provoqué par la conduite du dossier Jean Dominique pendant six ans est d'autant plus grand que les assassins présumés du journaliste étaient connus. Pourtant, aucun d'entre eux n'a été inquiété et trois tueurs présumés sont actuellement en fuite. L'affaire a révélé l'ampleur de la réforme du système policier et judiciaire que devra conduire le gouvernement issu du second tour des élections législatives du 21 avril », s'indigne Reporters sans frontières.

« En attendant, et compte tenu des liens personnels qui l'unissaient à la victime, nous demandons solennellement au président René Préval de prendre l'engagement de rouvrir le dossier. Il y va de la victoire de la justice sur l'impunité », RSF.

L'organisation rappelle que les nommés Dymsley Milien dit « Ti Lou », Jeudi Jean-Daniel dit « Guimy », Philippe Markington, Ralph Léger, Freud Junior Demarattes et Ralph Joseph ont été inculpés puis incarcérés dans le cadre de ce double assassinat suite à une enquête, conclue le 21 mars 2003. Selon Reporters sans frontières, les trois dernières personnes citées ont été relaxées en appel le 4 août 2003.

En février 2005, Ti Lou, Guimi et Markington avaient profité d'une mutinerie au pénitencier national (prison civile de Port-au-Prince) pour s'évader. Reporters sans frontières affirme que Philippe Markington, en fuite en Argentine, avait contacté son bureau pour protester de son innocence.

Selon RSF, Ti Lou et Guimy se trouvaient à Martissant (quartier volatile au sud de Port-au-Prince) où ils dirigeaient un gang en toute impunité.

Reporters sans frontières attire aussi l'attention sur Harold Sévère, ancien maire adjoint de Port-au-Prince et Ostide Pétion alias « Douze », arrêtés comme commanditaires présumés du double meurtre du 3 avril 2000.

Le 10 mai suivant, soutient RSF, Annette Auguste, interpellée dans le cadre d'une autre affaire, avait été également mise en cause.

« Les déclarations du tueur présumé « Ti Lou », qui aurait reçu la somme de 10.000 dollars pour exécuter Jean Dominique, n'ont jamais fait l'objet de la moindre vérification. Enfin, la mort suspecte de deux témoins n'a jamais été éclaircie », dénonce RSF. [do gp apr 31/03/2006 10:00]

Source: http://www.alterpresse.org/ [/quote]

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