Les 13 de Jeune Haiti et Gérard Bissainthe

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Lemane Vaillant

Les 13 de Jeune Haiti et Gérard Bissainthe

Post by Lemane Vaillant » Fri Jan 21, 2005 6:36 am

Gérard Bissainthe et les Treize de Jeune Haiti

Chers Compatriotes Internautes,

Maintenant que Gérard Bissainthe a fait sa déposition ou a simplement témoigné sur son rôle dans la mésaventure héroique des Treize de Jeune Haiti, il revient à ceux qui peuvent contester la déposition de Bissainthe d'intervenir sans attendre indéfiniment un autre contexte ..

Autrement , comme savent si bien le dire des Prêtres officiant un mariage : Les Contestataires de Bissainthe devraient se taire à jamais ..


Lemane Vaillant
Toronto, le 21 Janvier 2005 .

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From: Gerard Bissainthe [mailto:bissaint@bellsouth.net]
Sent: Thursday, January 20, 2005 5:23 PM
Subject: Bissainthe et Jeune Haiti

En 1964 j'ai tout fait pour dissuader les Treize de Jeune Haiti de tenter leur débarquement
par Gérard Bissainthe


nEn 1964 j'ai tout fait pour dissuader les Treize de Jeune Haiti de tenter leur débarquement qui eut lieu à Dame-Marie le 5 août de cette année. Mais les fables ont la vie dure et reviennent incessamment comme un serpent de mer, sous des couleurs et en des endroits différents.

Regardons simplement les faits. Fin 1962 je suis à Montréal chez les Pères du Saint-Esprit, en tant que Père Gérard Bissainthe, pour un court séjour. Mon cousin Roland Rigaud arrive dans cette ville avec Géto Brière, Guslé Villedrouin et le français André Rivière. Ils me demandent en suppliant presque si je voulais accepter la direction de leur groupement politique. J'ai beau leur conseiller d'aller s'adresser à des leaders politiques confirmés qui sont déjà sur le terrain, non, ils veulent à tout prix que ce soit le Père Bissainthe. La mort dans l'âme, mais littéralement la mort dans l'âme, j'accepte.

A New York quelques jours plus tard ensemble nous fondons le mouvement Jeune Haiti, dont je deviens le leader. Accompagné de Rivière, qui est un officier français ex-entraîneur commando en Indochine, je descends à Santo Domingo où je rencontre le président Juan Bosch qui promet de nous aider à monter un camp d'entraînement. Le camp est ouvert. Mais les choses tournent mal entre nos alliés étrangers (interaméricains) et nous. Je suis intransigeant sur un point crucial: l'appui logistique et militaire qu'on nous promet doit être sous commandement haitien, et pas sous un commandement étranger. Mon intransigeance "nationaliste" bloque tout. Bosch nous conseille de retourner à New York. Ce que nous faisons.

A New-York afin de laisser le champ libre au mouvement pour lequel mon intransigeance est un handicap, je donne ma démission comme chef du groupe. Je reste cependant, sans titre aucun, avec ces jeunes qui sont devenus mes amis; je ne suis plus qu'un frère, un conseiller spirituel. Je donne des cours de formation. Tous me connaissent sous mon de guerre "Mano". Nous sommes alors en 1963. Entre-temps le régime de Duvalier m'a enlevé par décret ma nationalité haitienne, que je ne retrouverai qu'en 1986 par décret aussi.

En 1964 le groupe décide de mettre à exécution un plan de débarquement en Haiti. Je suis formellement et énergiquement contre, pour les très sérieuses raisons suivantes:

1. Le seul plan qui m'avait jamais paru acceptable était celui concocté par André Rivière et Roland Rigaud: une attaque-surprise éclair frontale par mer sur Port-au-Prince avec environ trois cents combattants. La seule chance de réussite était que les choses se fassent vite.

2. Une guerre de guérilla nous paraissait inévitablement vouée à l'échec, parce que les citadins qui composaient au moins le noyau de Jeune Haiti auraient été vite repérés dans les campagnes et les mornes où devait avoir lieu la guérilla. Il leur serait impossible d'évoluer "comme un poisson dans l'eau" et surtout de recruter.

3. La réputation de mouvement "marxiste" qu'on avait faite à Jeune Haiti déclencherait un blocage dévastateur par peur de l'émergence dans les caraibes d'un nouveau castrisme. Il ne faut pas oublier que beaucoup en Haiti appelait le Père Gérard Bissainthe, retourné dans son pays après treize années d'études ecclésiastiques et universitaires en France, le "curé rouge". Le fait, de plus, que Géto Brière, Guslé Villedrouin; Milou Drouin avaient séjourné quelque temps dans le Cuba de Fidel Castro n'était pas fait pour arranger les choses. J'en étais d'autant plus conscient que je savais que ces considérations avaient été une des causes de nos handicaps lors de notre séjour à Santo Domingo. A mon avis il fallait éviter même le mot de "guérilla" qui rappelait trop la Sierra Maestra, d'autant plus que Cuba n'est qu'à soixante-dix kilomètres de nos côtes.

4. Dernière raison: j'estimais que le groupe n'était pas prêt, pas assez formé encore idéologiquement. Pour moi beaucoup trop de membres du groupe dont l'étoffe humaine dans l'ensemble était remarquable, était ce que j'appelais des "révoltés" et pas encore des "révolutionnaires". Le New York Times avait beau écrire que Jeune Haiti était le mouvement le mieux organisé de toute la résistance haitienne, pour moi nous n'étions pas prêts. Je voulais qu'il y eut d'abord un temps de préparation que j'appelais la "Longue Marche".

Le groupe fut malheureusement victime de la "maladie infantile des résistances", à savoir l'impatience.

Je n'étais plus le chef du mouvement. Je ne pouvais donner que des conseils, aucun ordre. La dernière fois que je vis Géto, Roland et Guslé, quelques jours avant leur départ, ce fut à la Paroisse Saint Andrew's, où j'étais vicaire, tout près de City Hall à Manhattan. Je tentais une dernière fois presque désespérément de les dissuader. Rien n'y faisait. Leur résolution était inébranlable. Géto me donna comme dernière et seule excuse: "Si nous ne partons pas, Mano, demain nous ne pourrons pas nous regarder dans une glace." C'était pour eux un point d'honneur.

On connaît la suite. Leur expédition commença le 5 août 1964. Le 12 novembre de la même année mouraient sous les balles d'un peloton d'exécution, après avoir été faits prisonniers, les deux derniers survivants, Marcel Numa et Milou Drouin.

Malgré nos désaccords, pour moi ils furent, en plus d'avoir été mes frères, des braves, des héros. Une belle jeunesse venait de s'envoler. Je tiens toujours à ce qu'on associe à leur mémoire l'officier français André Rivière qui, lui aussi, mourut en héros dans la révolution de Saint-Domingue, après s'être engagé dans les rangs des militants de Caamaño. Il avait été, lui aussi, au cœur du lancement de Jeune Haiti.

J'ai écrit un très long texte: "la vérité historique sur la fondation du mouvement Jeune Haiti", que je rendrai publique bientôt. Jeune Haiti n'a pas été une génération spontanée. Au-delà du travail des récupérateurs et des conservateurs de musée, il fallait que je fasse connaître l'âme, les tenants et aboutissants de ce mouvement et tous les sacrifices qui avaient entouré sa n
aissance et son évolution depuis ma première rencontre avec Roland Rigaud et André Rivière dans mon bureau de la Bibliothèque des Jeunes à Port-au-Prince.

Gérard Bissainthe
20 janvier 2005
bissaint@bellsouth.net

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