La memoire d''Haiti se perd...., par Le Nouvelliste

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T-dodo

La memoire d''Haiti se perd...., par Le Nouvelliste

Post by T-dodo » Thu Dec 09, 2004 10:16 am

LE NOUVELLISTE/No. 37051/Mardi 7 décembre 2004/Page 1 & 32La memoire d'Haiti se perd...
Claude Bernard Sérant

Le Directeur Général des Archives Nationales d'Haiti, Jean Wilfrid Bertrand, m'a expliqué pourquoi je suis entré sans difficultés, le mardi 16 novembre, dans le bâtiment qui abrite les archives du pays. Il m'a dit aussi que l'acte de l'Indépendance d'Haiti a disparu. En cette année du bicentenaire, on aura tout entendu.

Le devoir de mémoire, l'Etat haitien n'en a jamais cure. Les hommes qui ont mené la barque nationale ont constamment menacé l'Etat par l'étroitesse de leur vision. Le nom de Dessalines, le Père fondateur de la nation, était bani sur tout le territoire d'Haiti. Les Archi
ves Nationales participent de cette absence de mémoire. Cette construction datée de l'occupation américaine en 1922, elle a été conçue pour être le marché du Poste-Marchand. L'esprit de marché persiste dans cette enceinte. Pendant longtemps, nous explique Jean-Wilfrid Bertrand, des intellectuels qui pêchent avec la lumière en main ont trafiqué des documents.

Comprendre le directeur des Archives

Je suis allé interviewer le gardien de la mémoire du pays avec l'idée de savoir pourquoi le local des Archives Nationales est abandonné à lui même? J'ai appris par la bouche de celui-ci que l'acte de l'Indépendance d'Haiti a disparu. Il m'a dit également: "L'original de l'acte de l'Indépendance signé par Dessalines, Boisrond Tonnerre et compagnie, ce texte a bel et bien existé, il n'a pas été une une vue de l'esprit, mais nous ne l'avons pas trouvé, ou nous ne l'avons pas encore trouvé. L'acte de l'Indépendance a disparu".

Le Directeur général des Archives m'a expliqué logiquement que j'ai pu me trouver à l'intérieur du dépôt des archives "parce que la caméra de surveillance était défectueuse". La caméra, poursuit-il, a été victime des "intempéries, elle n'existe plus. La caméra qui visualisait la barrière d'entrée est abîmée". Je n'arrivais pas à comprendre le directeur.

Mais, je reviens à la charge. Est-ce ainsi que l'on conserve les documents importants dans le pays? "Les archives n'étaient pas abandonnées à elles-mêmes. La personne qui vous a reçu, le magasinier, ne vous a pas dit que tout le personnel responsable était sur place. Les directeurs administratif, technique, le chef du personnel, la comptable étaient sur place. Par où vous êtes entré est l'endroit où travaillent les techniciens. A cause des tirs, les techniciens ont pris peur et ne se sont pas présentés ce matin-là. Cette porte aurait dû normalement être fermée. Je ne comprend
s pas pourquoi elle n'était pas fermée. Le public n'y a pas accès". Là, j'essaie de comprendre le directeur.

Jean-Wilfrid Bertrand m'assure que "quelqu'un qui n'a pas son badge n'a pas le droit de pénétrer dans cette salle. Même si vous êtes employé des Archives, vous ne devez pas entrer, sauf les techniciens y ont droit. Parce qu'il y a des documents extrêmement précieux, extrêmement rares. Il n'est pas question que les gens de l'extérieur pénètrent dans cette salle". Aussi, me fait-il remarquer que le magasinier n'avait pas le droit de me lire des documents. Il n'avait pas aussi le droit de me donner des informations. Qu'est-ce qui adviendra du magasinier? "Je lui ai adressé une lettre de blâme, il aurait dû vous conduire vers le Directeur Administratif", signale le directeur sur un ton mesuré.

Archives Nationales: quelle mesure de sécurité?

Quel mesure prendre pour sécuriser le local? Le directeur laisse entendre qu'il n'a pas encore "reçu les fond
s nécessaires pour terminer les travaux". Que faire? On devrait hausser un mur tout au long des Archives pour encercler le bâtiment pour sécuriser le bâtiment, au maximum" Et pour le moment? "Nous avons placé un agent de sécurité. C'est lui que vous auriez pu rencontrer, malheureusement, ce jour-là, il est pris de panique, il a laissé la zone".

Jean-Wilfrid Bertrand dit sans ambages sa priorité: "emmurer le bâtiment en attendant que l'on nous donne un autre site parce que nous sommes à proximité d'une zone extrêmement dangereuse". Il déclare que la mémoire du pays est en danger. Voilà pourquoi il bénit l'article au lieu de le maudire. "Cet article permettra aux autorités de comprendre le danger qui plane sur la mémoire du pays. Il ne faut pas exposer toute la mémoire de la nation".

Le directeur m'a aussi donné des informations qui nécessitent d'autres articles, en attendant, il m'a glissé une phrase qui me permet de comprendre que les Arc
hives ne sont pas livrées à elles-mêmes: "J'ai téléphoné à mon ministre de tutelle qui est le ministre de la Culture et de la Communication, qui, le jour même, a fait faire des patrouilles. Les patrouilles se font depuis le jour où nous avons reçu une première alerte selon laquelle on allait brûler les Archives".

Mais, insistai-je, n'y a-t-il pas une prescription de la loi organique qui exige que la sécurité du bâtiment soit assurée par la Police Nationale? "La loi ne précise pas cela, mais ce sont des mesures élémentaires de sécurité. C'est pourquoi, comme vous avez vu, il y a un gardien en permanence. Il loge dans les Archives 24 heures sur 24", répond Jean-Wilfrid Bertrand tout en relativisant la notion de sécurité: "la sécurité est menacée partout".

En ce qui concerne d'autres sources d'insécurité comme la vieille baraque qui jouxte le voisinage immédiat des Archives, le directeur soutient que tout l'espace qui entoure les Archives a été occupé, à un moment donné
, par des personnes venant de partout. "On a pu négocier avec eux pour libérer systématiquement l'environnement immédiat du bâtiment", mais cette partie appartient à l'Etat. "C'est à l'Etat de décréter cette zone d'utilité publique. Cette vieille bâtisse menace effectivement le bâtiment", reconnaît-il.

Le plus ancien document date de 1793, c'était un vieux registre d'Etat civil. La majeure partie des fonds conservés à Poste Marchand va de 1806 à 1950. Pourquoi on ne verse plus de documents? Parce qu'il n'y a plus de place. En attendant, Jean-Wilfrid Bertrand rêve d'un palais des Archives. Les grands travaux commencés depuis 1987 se sont arrêtés en année du bicentenaire. La moitié de l'ouvrage n'est pas entamée. Archives Nationales, triste gardienne de la mémoire. Nous avons oublié notre devoir envers vous Elle doit peut-être se rappeller qu'elle a été conçue, sous l'occu
pation, pour être le marché du Poste- Marchand..

Claude Bernard Sérant

Gelin_

Re: La memoire d''Haiti se perd...., par Le Nouvelliste

Post by Gelin_ » Fri Dec 10, 2004 9:58 am

[quote]Je suis allé interviewer le gardien de la mémoire du pays avec l'idée de savoir pourquoi le local des Archives Nationales est abandonné à lui même? J'ai appris par la bouche de celui-ci que l'acte de l'Indépendance d'Haiti a disparu. Il m'a dit également: "L'original de l'acte de l'Indépendance signé par Dessalines, Boisrond Tonnerre et compagnie, ce texte a bel et bien existé, il n'a pas été une une vue de l'esprit, mais nous ne l'avons pas trouvé, ou nous ne l'avons pas encore trouvé. L'acte de l'Indépendance a disparu".[/quote]

J'hésite beaucoup à ajouter foi à cette remarque. Je veux pas croire à un telle éventualité...

gelin

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