The Audubon stamps and Haiti stamp scandal

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The Audubon stamps and Haiti stamp scandal

Post by admin » Fri Nov 05, 2004 4:29 pm

Check the link http://haitiforever.com/windowsonhaiti/stamps.shtml

This was my first HTML page ever. It used to be part of Windows on Haiti, but a couple of years ago, I removed it, because it truly was more trivia than anything else. However, some of you may or may not remember the Great stamp scandal of Haiti, under the Jean-Claude Duvalier government. So to jog your memory, as I did with the presentations of the stories of "Choucoune" and "A Haitian in the Titanic", I unearthed again this previously discarded page, as it contains links to the story of that infamous philatelic scandal.

The stamps are as beautiful as ever, but they have no philatelic value. For a few million dollars, we can do business... hey, why not? I heard on the radio that a nude photograph of Kate Moss is expected to fetch $6.4 million at Christie's. No kidding! I think my stamps are worth a good deal more.


Dollars, gourdes, euros, pesos, I'll take any currency.

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Post by admin » Sun Nov 27, 2005 12:37 pm

[quote]Société Le Nouvelliste 2 Septembre 2005

Entretien avec Me Gérard Gourgues

Il y a 30 ans, le procès des timbres défraya la chronique. Jamais affaire n'a été aussi passionnante. Tout Port-au-Prince rivé pendant l'été 1975 devant le poste récepteur ou le petit écran. Souvenirs de cette époque judiciaire avec Me Gérard Gourgue.

Jean-Claude Boyer : Déjà 30 ans depuis le fameux Procès des timbres, quels souvenirs gardez-vous de ces belles joutes oratoires ?

Me Gérard Gourgues : Ce qu'on a appelé à l'époque le Procès des timbres - en 1975 - a été un des grands moments, rares peut-être, en dehors du procès de la Consolidation où le public, la société haitienne a assisté à des Assises criminelles d'un très haut niveau. Niveau à la fois technique, judiciaire et oratoire. Ce mémorable procès qui a traîné devant la Cour d'Assises des accusés de tous âges et de toutes conditions
, a littéralement pendant plus d'un mois occupé la société haitienne à la radio et devant les écrans de télévision, tant étaient intenses les débats et les reparties entre partie civile, défense et accusation, également la performance de certains accusés, en particulier le Dr Serge Fourcand et Frantz Leroy. Etant donné que Me Roger Ancion et moi nous avons assuré la défense de trois d'entre eux, savoir : Frantz Leroy, son frère Jean-Robert Leroy et André Dérose Junior ...

J.C.B. : Celui qui était à la poste ?

Me G.G. : Employé de poste qui a servi d'intermédiaire entre René Exumé et Frantz Leroy, à son insu.

J.C.B. : Vous avez assuré la défense ... ?

Me G.G. : Nous pouvons dire en associant le souvenir du grand procédurier que fut Me Roger Ancion, nous avons assuré cette défense en toute liberté, dans le respect de la procédure criminelle et sous l'égide d'une haute magistrature représentée par le Doyen Rock Raymond.

J.C.B. : Qu'en est-il de la prestation de l'Accusation représentée par le Commissaire du Gouvernement Rodrigue Casimir? Est-il ce que le calibre du Ministère Public n'incitait pas la défense à se dépasser?

Me G.G. : Il est certain que la défense avait affaire à forte partie représentée par le Commissaire du Gouvernement, Me Rodrigue Casimir qui soutenait l'accusation, assisté de ses deux substituts, Me Hyppolite Thermitus et Me Joseph Nérette qui deviendra plus tard président provisoire de la République. Nous étions près d'une huitaine d'avocats de la défense à assister les accusés, avocats remarquables et expérimentés tels que Me Noé Fourcand, père de l'accusé, Me Maurice Vilaire, parrain de l'accusé, Me Jean Vandal, Me Théodore Achille, Me Webert Michaud, Me Jacques Laroche.

J.C.B. : Quand la défense, à travers votre organe, eut à déclarer que la vérité se trouve au fond du puits et qu'il faut descendre dans ce puits pour la remonter sur la margelle, je me souviens que l'assistance a vibré?

Me G.G. : Oui, elle a vibré mais la phrase a constitué l'argument fondamental de la défense. Justement, le gouvernement s'est emparé du crime de faux pour faire de Serge Fourcand un bouc émissaire. Satisfaire les exigences de l'UPU (Union Postale Universelle) et en même temps donner à ce gouvernement une certaine crédibilité.

J.C.B. : Sur la scène internationale?

Me G.G. : Sur la scène nationale aussi.

J.C.B. : Pourquoi, Me Gourgues, avez-vous eu à lancer cette fameuse phrase : «Rome admirait ses vertus et César lui-même récompensa ses mérites» ?

Me G.G. : Au cours des débats généraux.

J.C.B. : En référence à Frantz Leroy?

Me G.G. : A Frantz Leroy et à François Duvalier aussi, qui n'était plus.

J.C.B. : Et la question: Rome admirait ses vertus ... ?

Me G.G. : Il ne faut pas oublier qu'au moment du procès, 1975, Frantz Leroy avait 33 ans. Ce qui fait qu'en 1957 il avait environ 15 ans. Il était un enfant du régime duvaliériste.

J.C.B. : Au sens où il n'a connu que Duvalier?

Me G.G. : Il a grandi sous Duvalier et avec des duvaliéristes aussi tel qu'un Victor Nevers Constant dans le quartier de la Cathédrale où ils habitaient. Issu des classes moyennes de l'époque, de par son père Charles Leroy, tailleur de profession, et sa mère née Rameau, enseignante de carrière, il s'est jeté corps et âme dans la bataille pour la défense du gouvernement tant en Haiti qu'à l'extérieur. C'était donc son gouvernement et celui-ci le lui rendait bien.

J.C.B. : Dans quelle ambiance s'est déroulé le procès? Une bonne ambiance? Ou une ambiance houleuse ? Avec le va-et-vient du ministre Aurélien Jeanty qui a assisté pratiquement à toutes les audiences, assis auprès du Doyen.

Me G.G. : Un tel procès qui pour la première fois, dans ce gouvernement où il y avait très peu d'Assises criminelles, devait donc susciter beaucoup d'intérêt parce qu'il s'agissait d'accusés jeunes, connus et appartenant à plusieurs familles de la société haitienne, d'une part, et d'autre part, les intérêts de l'Etat ayant été mis en cause puisqu'il s'agissait d'une émission frauduleuse de timbres. La Direction Générale des Impôts ci-devant l'Administration Générale des Contributions s'était fait représenter par toute une batterie d'avocats tels que Me Marc Séide, Me Michel Donatien, Me Lemoine, et aussi la partie civile représentée par Me Dantès Colimon, avocat d'Henri P. Bayard.

J.C.B. : Avec toute cette panoplie d'hommes de loi et d'accusés, quels enseignements la jeunesse d'alors a-t-elle pu tirer et celle d'aujourd'hui peut tirer d'un tel procès, et que peut en tirer la jeunesse d'aujourd'hui?

Me G.G. : Avant la tenue de ce procès, et en ma qualité de professeur à la Faculté de Droit de Port-au-Prince, j'avais assisté à un certain déclin, et même un certain désintéressement de la jeunesse pour les études juridiques et la profession d'avocat. C'était en juillet 1975. A ma grande surprise, à l'ouverture de l'année, il s'est produit un véritable engouement à la Faculté de Droit pour les études juridiques. Parce que les débats avaient un tel niveau qu'ils ne pouvaient susciter que des vocations. Comme à l'époque j'étais professeur de Droit Pénal et de procédure pénale, je crois qu'il y a là une des plus grandes satisfactions de ma carrière d'enseignant et d'avocat.

J.C.B. : Merci beaucoup, Me Gourgue. Le dernier mot?

Me G.G. : Le mot de l'orateur Romain Cicéron dans les Catilinaires : «O tempora o mores» (ô temps ô moeurs), et j'ajoute : parodiant François Villon, e homines (où sont donc les nègres d'antan?)

(Entretien réalisé le jeudi 21 avril 2005 par Jean-Claude Boyer)

[quote]Procès des timbres

Périodisation :

Mardi 26 août 1975 : Première journée d'audience. Ouverture des débats.
Doyen Rock Raymond, Juge et juré.
Rodrigue Casimir : Commissaire; Joseph Nérette et Hyppolite Thermitus: Substituts. - Accusation : 12 prévenus et Eugène Maximilien, absent, jugé par contumace.

Avocats de la défense : Mes Gérard Gourgues, Roger Ancion, Noé Fourcand, Maurice Vilaire, Herby Kédo, André Villejoint, Newton Charles, Jean Vandal, Théodore Achille, Gérard Noël, Jacques Laroche, Wébert Michaud.

Partie civile : Mes Marc Séide, Michel Donatien, Lemoine Joseph L., Harry Balmir, Eustache Henri, Paul Sévère, Représentant de l'Etat et de la DGI.
Me Dantès Colimon, avocat du sous-secrétaire d'Etat Henri P. Bayard.

Ouverture des débats généraux : Lundi 8 septembre 1975.
Le verdict : 10 septembre 1975.

Jugement par contumace de : Eugène Maximilien rendu à la date du lundi 3 novembre 1975 : 15 ans de travaux forcés, 30.000 dollars de dommages intérêts, 14.000 dollars d'amende et ses biens mis sous séquestre.
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[/quote]

[quote]Société
Il y a trente ans une épopée judiciaire
1er Septembre 2005

Ce fut un procès exemplaire. Un procès épique. Comme en raffolent les bretteurs et les combattants d Assises. Et le grand public. Trente ans plus tard, subsiste un malentendu sur la qualification. Bien sûr l'action publique a été mise en branle à la suite d'une plainte déposée par le sous-secrétaire d'Etat Henri P. Bayard pour faux en écriture publique, résultant de l'utilisation de sa signature au bas de documents censés autoriser l'émission de timbres-poste "Oiseaux Audubon" ou l'émission parallèle de la fausse surcharge UPU à l'occasion du centième anniversaire de l'Union Postale Universelle (UPU): 1874-1974.

Le ministre du Commerce et de l'Industrie, Dr Serge N. Fourcand, en charge de la tutelle de l'Administration Générale des Postes, ne voyant pas l'utilité d'une participation spéciale d'Haiti aux festivités du centenaire de l'UPU, s'était plutôt soucié d'éponger des arriérés d'Haiti de l'ordre de 91 mille dollars envers l'UPU au titre de cotisations.

Que Ministère Public et Partie Civile aient voulu lors des déba
ts particuliers établir un lien entre la décision ministérielle de ne pas lancer une émission de timbres-poste et la frauduleuse émission dont l'initiative a été prise par Frantz Leroy de complicité avec Eugène Maximilien, ils n'y sont pas parvenus. L'accusé Serge Fourcand avec brio a répondu longuement à leurs questions insidieuses, tendancieuses pour la plupart.

Ce fut un grand moment que l'interrogatoire de l'ex-ministre du Commerce, victime d'une machination tendant à le perdre, rétrospectivement on s'aperçoit qu'il s'agissait d'une mise à mort politique. Puisque dans son livre témoignage sorti en 2003, rompant un silence de vingt-sept ans, il révèle qu'un autre de ses collègues tirait les ficelles de sa prétendue implication dans cette ténébreuse affaire.

Une autobiographie à consulter, notamment par ceux qui descendent dans l'arène politique sans réaliser qu'ils vont se faire bouffer dans cette «incessante mêlée de crabes».

A travers l'interrogatoire du Dr Foucand, on comprend aisément ce qu'il faut de compétence, de savoir administratif pour remplir une fonction ministérielle. Les décisions à prendre ne sont jamais faciles, il faut mûre analyse pour cerner les avantages et les inconvénients, enfin se secouer ou s'abstenir.

Dans les deux cas, on n'est pas à l'abri de critiques et de reproches a posteriori sévères, acerbes et forcément injustifiés. Sauf qu'il est facile à dire mais difficile à faire. Quel dilemme! L'insistance de deux parties au procès à reprocher à l'ancien ministre sa décision de non participation à la célébration du centenaire de l'UPU, c'était voir la chose par le petit bout de la lorgnette.

Frantz Leroy, l'auteur du faux, cheville ouvrière de l'opération frauduleuse d'émission de timbres-poste, Leroy chevaleresque, valeureux. Ne s'est pas dérobé. A assumé ses responsabilités, toutes ses responsabilités. Lui-même licencié en droit, avocat, comptable, savait à quoi il s'exposait. D'ailleurs, il est rentré des Etats unis d'Amérique pour se mettre à la disposition de la justice, une fois le scandale éclaté.

Se constituer prisonnier dans une telle circonstance tient du courage. Je me suis entretenu avec Me Gérard Gourgues qui fut son défenseur, j'ai été frappé d'apprendre son affiliation d'avec le régime duvaliériste. En 1950, Leroy est adolescent, de façon précoce, il s'engage en politique, soutenant la candidature du Dr François Duvalier.

Un enfant du régime. Le Petit Samedi Soir visera juste en illustrant sa page de couverture d'une phrase pas du tout anodine: « Ils ont vu les aînés voler, piller ... Ils ont voulu en faire autant, mal leur en prit!» Cela résume tout. Alors, quid de la qualification a posteriori de l'infraction? Crime économique? Délit financier? Sauf qu'à mon humble avis l'inculpation n'a pas porté sur la dilapidation des fonds publics.

Ce qui n'ôte en rien dans la gravité de l'infraction: faux et usage de faux constituant un crime. D'où la compétence du tribunal criminel san
s assistance de Jury.

A propos, le doyen Rock Raymond se montra digne successeur de A. Dyer, le doyen qui avait présidé en 1903 le procès de la consolidation, autre scandale financier. Il faut de la maîtrise pour diriger les débats, faire en sorte qu'ils restent sereins. Tour de force accompli par le doyen Raymond.

Ce fut une rude tâche en effet. Me revient à la mémoire la mise en garde de l'accusé Serge Fourcand: «[...]. J'ai entendu le ministère public agiter une menace extrêmement grave tendant à dépasser le caractère indicatif et attributif de votre compétence, M. le Président de la Cour ». Dans son livre déjà cité, Me Fourcand explique comment il s'opposa à une ultime tentative du ministère public de surseoir au déroulement du procès, invoquant la connaissance de faits nouveaux ou de pièces nouvelles. En un certain sens, l'accusé estimait que le plaisir avait trop duré et ne pouvait durer plus longtemps.

De façon anecdotique, je signalerai que même l'élégance dans le parler de l'ancien ministre lui fut reprochée. Une des parties trouva moyen de lancer à l'accusé via le doyen: « Cessez donc avec ces manières anglo-saxonnes!», Tout simplement, l'accusé Fourcand, avec déférence, usait de: « Votre Honneur », « Honorable président », ou « Honorable magistrat ». Assez courant au Palais.

A rappeler l'intense couverture médiatique: les journaux (Le Nouvelliste, le PSS, Conviction, Le Nouveau Monde, Le Matin, ...), les stations de radiodiffusion et Télé-Haiti. Justement toute la ville vissée devant le petit écran en cette fin d'été 1975.

Le reste appartient à l'histoire. Une véritable épopée judiciaire révélant déjà le besoin de moralisation de la vie publique et l'extériorisation d'une attente sociale: la normativité de l'Etat.

Dans notre prochaine édition: l'interview de Me Gérard Gourgues sur l'événement judiciaire déjà trentenaire.

Jean-Claude Boyer,
mardi 9 août 2005
[/quote]


[quote]
Le Nouvelliste Carte blanche à Jean-Claude Boyer
24 Novembre 2005

Verdict et épilogue
Ce fut à la fois un verdict d'acquittement et de culpabilité. Dans les deux cas on dit que c'est justice. Il fut prononcé le 19 septembre 1975 après une attente angoissante. Exemplaire et équitable. Il provoqua des satisfactions et des émotions. Le Doyen Rock Raymond prodigua des conseils aux condamnés, les exhortant au courage et les invitant à exercer une voie de recours s'ils estimaient injuste la décision du Tribunal criminel. Cet ultime rappel est une exigence procédurale. Le condamné mécontent est habile à prendre les dispositions en vue de la réformation du jugement.

Seulement voilà, il convient de ne pas se fourvoyer, aussi le Doyen a-t-il tenu à leur indiquer la bonne voie : s'agissant d'assises sans assistance du Jury, les condamnés ont la liberté de relever appel, donc de s'adresser à la Cour d'appel pour voir un collège de trois juges dire si oui ou non le verdict était réformable. Mais qu'ils se gardent de se pourvoir en cassation. Ce qui serait la mauvaise voie à ce stade. Ils risqueraient de voir épuisés les délais de l'appel et le jugement de condamnation devenir définitif. Le temps de se reprendre, les guetterait déjà la forclusion.

Une véritable catastrophe ! Pour éviter de tels déboires, une seule parade : la maîtrise de la procédure pénale. Posséder à fond son «Code d'Instruction Criminelle». A moins que les condamnés renoncent de par eux-mêmes à l'exercice de la voie de recours. Réalisant en leur âme et conscience que, pour avoir violé la Loi, il était impensable d'échapper à la sanction sociale. En un certain sens, celle-ci les allège d'un énorme poids sur la conscience.

Le sens de l'équité
Y a-t-il eu manipulation? Ne faisons pas de l'injure gratuite à un magistrat, d'autant que le temps a passé. Tout juste influence. Une influence sans conséquence. Dans le silence de la salle de délibération, il reste souverain appréciateur des faits. Seul, avec sa conscience, il décide. Et il a décidé. Disant le mot du droit. Appliquant la loi. Imposant le respect par son bon jugement. Après avoir imposé la sérénité pendant les débats, le voilà amené à faire jouer son sens de l'équité. Ce que fit le Doyen. D'où le verdict équitable.

L'intime conviction
Trente ans plus tard, quand on relit les motivations du jugement, l'on éprouve l'envie spontanée de disculper Mme Frantz Leroy née Marlène Beauvais. Elle a dactylographié des documents compromettants sous la dictée d'un mari autoritaire. Où donc se trouve sa responsabilité ? Je viens d'écrire : «sous la dictée...», il serait plus exact de rectifier: «sous la férule de son mari». Le grand public doit se souvenir d'une des envolées de l'accusé Frantz Leroy: «Je n'eusse pas accepté qu'elle m'opposât un refus !» Elle a prêté son concours (administratif) à cette entreprise (criminelle) sous une forte contrainte morale et dans l'ignorance de cette entreprise. Elle n'a pas eu de participation consciente, avait argumenté son avocat, Me Jean Vandal. De même a été repoussée avec vigueur par la défense la qualité de secrétaire de confiance à elle accolée par l'accusation.

Alors, où se trouve l'utilité de cette condamnation de deux ans avec, il faut le souligner, reconnaissance de circonstances atténuantes ? C'est oublier que le juge-juré a décidé en fonction de son intime conviction. Même agissant sous la férule d'un époux autoritaire, le reproche de complicité était constant, par conséquent sa responsabilité pénale engagée.

Petite vengeance
Cependant, il y a une autre manière d'approcher le cas Marlène Leroy. C'est de dire que Marlène Leroy a été victime du système conjugal. Comme le reconnaissait amèrement Lydia Jeanty, fille du célèbre musicien Occide Jeanty, une pionnière du mouvement féministe haitien, première femme sous-secrétaire d'État, le Code civil étant la prison des femmes, comment Marlène Beauvais pouvait-elle échapper à cet enfermement ? Il a fallu attendre le 8 octobre 1982 pour la reconnaissance de la parité des droits entre époux.

Jusque-là, la femme n'était point débarrassée de la tutelle de son mari. S'agissant de Frantz Leroy, comment sa femme aurait-elle pu, si elle avait su bien sûr, désobéir à un mari omnipotent ? Difficile. Alors pourquoi cette condamnation ? Y avait-il contre elle une prévention. A l'époque le bruit courut que sa condamnation injustifiée était due à une brouille qu'avait eue un membre de sa famille d'avec le magistrat de siège.

Elle aurait été doublement victime. Victime de son statut de femme mariée et victime d'une vengeance pour un motif à elle totalement étranger. Allez comprendre ! Résultat : elle perd connaissance pendant la lecture du verdict pour être transportée dans la confusion vers un centre hospitalier. Un moment de forte émotion! Comme dans une série télévis
ée sur une grande chaîne.

L'indulgence paternelle
Comme c'est courant dans nos pratiques, tous les condamnés devaient bénéficier par la suite d'une mesure de grâce, la grâce étant, rappelons-le, une décision présidentielle prise par un arrêté. Frantz Leroy sera donc gracié. Volonté politique du président Jean-Claude Duvalier de passer le buvard. Malheureusement, Frantz Leroy trouvera tragiquement la mort le 15 août 1984 sur la Nationale Nº 2, revenant de la fête patronale de Petit-Goâve. Auparavant, il avait séjourné à l'extérieur du pays. Puis, par une petite annonce dans le journal, il se mettait à la disposition de sa clientèle. Reprenant ainsi sa toge. Mais son destin s'acheva prématurément des suites d'un grave accident de la route.

Frantz Leroy a livré au public (a laissé pour la postérité) des poèmes inspirés de sa vie carcérale, dans un recueil opportunément intitulé : «Poèmes en prison», paru aux Presses Port-au-Princiennes, sans indication de date. Dans une page de garde, il remercie le chef suprême de la nation qui lui a pardonné. Des poèmes prosaiques, révélant l'état d'esprit du condamné et la façon dont il a vécu sa privation de liberté de mouvement. Pour un court temps. Coup sûr, ce furent des moments de méditation pour celui qui n'avait pas l'habitude de perdre.

Quant à Eugène Maximilien, par contumace il fut jugé par le tribunal criminel de Port-au-Prince. Le verdict de condamnation à 15 ans de travaux forcés tomba le 3 novembre 1975. Ce fut gravissime de sa part que de ne pas se mettre à la disposition de la justice haitienne. Peut être se sentait-il intouchable.. L'avenir devait lui donner raison de laisser faire hors sa présence. Une condamnation sans conséquence.. N'est-ce pas que le 27 mai 1977, soit un an et demi après, E. Maximilien est gracié (cf. : Le Nouvelliste, Lundi 13 juin 1977, Nº 30559). Tout est bien qui finit bien dans la République de l'impunité.

Le partage des responsabilités
Verdict juste. Puisque des accusés bénéficièrent d'un non-lieu, donc de l'acquittement. A l'égard d'autres, de l'acquittement avec la nuance que s'ils ont été renvoyés hors des liens de la prévention, ce fut au bénéfice du doute. Et le doute devant toujours profiter à l'accusé, ils étaient relâchés. Mais comment comprendre que Serge N. Fourcand n'ait pas purement et simplement été déclaré innocent ? Dire qu'il n'a commis ni crime ni délit ? Au lieu de laisser subsister justement un doute. Sans prendre de défense, tentons de clarifier:

Au haut niveau de l'État, le titulaire d'un portefeuille est appelé à prendre des décisions. Tout dépend du soutien que lui apporte le chef de l'État. Tout dépend aussi de son jugement. Serge Fourcand dans son bon jugement n'a pas vu l'utilité d'une participation haitienne à la célébration du centenaire de l'Union Postale Universelle (UPU). Est-ce pour autant une négligence administrative ? Je ne le pense pas. Toujours est-il que le ministère public voulut établir un rapport direct, une relation de cause à effet entre cette décision d'abstention et l'opération frauduleuse conçue et exécutée par Eugène Maximilien. D'un point de vue judiciaire, l'on peut regretter que le juge juré n'ait pas tout bonnement écarté comme sans objet et déclarée de nul effet une telle relation. Dire que la négligence administrative, s'il y en a eue, ne constituant point une infraction, ne sera pas retenue.

Il est vrai qu'après s'être étendu dans ses motivations sur la faute administrative, le juge en soit venu à établir le doute en découlant. Toutes ces acrobaties sont explicables par les circonstances du moment. Le juge était, sinon sous influence, du moins embarrassé. Alors que le métier de juger demande que l'on ait les coudées franches. Des années après, l'indépendance du magistrat reste une aspiration, serait-ce une autre conquête citoyenne à faire après la liberté d'expression? Pour l'histoire, l'on retiendra que ce fut une ténébreuse affaire, visant à perdre l'ancien ministre du Commerce.

Une véritable mise à mort politique. Serge Fourcand avait-il laissé transpirer des ambitions présidentielles ? Est-ce son côté fort en thème qui lui valut des inimitiés ? Toujours est-il que rompant le silence après 27 ans, dans un livre témoignage : «Entre le vice et la violence», sous-titre : «Haiti : un virage raté (1971-1975)», paru en 2003, l'intéressé révèle qu'il a été victime d'une machination politicienne. Privant ce pays déjà exsangue de l'apport de l'une de ses plus grandes compétences.

Une fenêtre entrebâillée
Néanmoins, par ce procès, le régime d'alors avait donné le signe d'une ouverture. Le Code d'Instruction Criminelle (CIC) prévoit la tenue trimestrielle d'assise dans chacune des quinze juridictions de la République, obligation restée inobservée depuis des années. Le régime ayant tout verrouillé, aussi est-ce avec satisfaction que le public accueillit ce bon début et assista avec enthousiasme au déroulement de ce procès retentissant et palpitant. Suscitant à partir de là, de l'aveu de Me Gérard Gourgue, un engouement appréciable pour les études juridiques et des vocations pour une carrière au barreau. Cela s'appelle une retombée positive.

Signe d'ouverture, relevèrent les observateurs. Malheureusement le pardon présidentiel vint rappeler les limites de cette volonté de sanction des violations. La perception du chef de l'État, Père de la Nation, était difficilement effaçable. A l'égard des condamnés, le Père de la Nation les couvait chaudement sous son manteau. Frantz Leroy et Eugène Maximilien étant, après tout, des enfants du régime. Ils sont pardonnés pour leur fidélité !

Finale
S'extériorisa le besoin de normalisation de la vie publique, ai-je fait remarquer précédemment. L'attente de la normativité de l'Etat était ressentie et perceptible ici et là. Sauf que là aussi, c'est affaire de volonté du pouvoir politique. C'est aux politiques à donner le bon exemple pour voir un effet d'entraînement dans tout le corps social. Une exigence de plus en plus pressante pour le redémarrage du bon pied de la République.

N.B.- Tout ce scandale à cause de la passion d'un homme pour les oiseaux : John James Audubon, ornithologue naturaliste, né aux Cayes, sur l'habitation Gelée, le 26 avril 1785. De son vrai nom, Jean-Jacques Fougère Audubon, il est considéré comme le père de l'ornithologie américaine. Décédé le 27 janvier 1851 à Mine's Land (New York). Jean Ledan Fils retrace son parcours dans une des belles pages de sa chronique» A propos de l'Histoire d'Haiti...» L'occasion de la célébration du centenaire de l'Union Postale Universelle (UPU) inspira en quelque sorte la fausse émission de timbres-poste.

Eugène Maximilien a été reconnu coupable, lit-on dans le dispositif du jugement du 3 novembre 1975, reproduit dans «Le Matin» du mercredi 5 novembre 1975, Nº 21.528», pour avoir fait fabriquer aux Etats-Unis d'Amérique un faux Le Moniteur contenant un faux arrêté autorisant et entraînant effectivement, avec les fausses lettres écrites par Frantz Leroy sous l'instigation dudit accusé (Maximilien), l'émission de timbres-poste dit «Audubon Oiseaux», timbres qui ont été vendus au profit personnel de l'accusé Eugène Maximilien et des coaccusés qui, eux, ont été contradictoirement jugés, d'où usage abusif des faux reprochés en connaissance de cause».

Jean Claude Boyer
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