RENCONTRE PATRIOTIQUE PR UNE STRATÉGIE DE SAUVETAGE NATIONAL

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Guysanto
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RENCONTRE PATRIOTIQUE PR UNE STRATÉGIE DE SAUVETAGE NATIONAL

Post by Guysanto » Thu Sep 17, 2009 8:49 pm

«RENCONTRE PATRIOTIQUE POUR UNE STRATÉGIE DE SAUVETAGE NATIONAL»

«Refonder l'État-Nation et le mettre au service de l'intérêt général»

Du 28 au 30 Aout 2009 s'est tenue à l'Hôtel Jaragua, Santo Domingo, en République Dominicaine un congrès appelé « Rencontre Patriotique pour le Sauvetage National, sous les auspices de la Ligue des Pasteurs Haitiens en République Dominicaine, et sous la coordination de M. Henry Rodolphe Boulos.

A cette rencontre ont pris part des personnalités très connues du paysage politique telles que Marc Louis Bazin, Tuneb Delpé, Chavannes Jean Baptiste, Edgar Leblanc Fils et Henry Robert Sterling; des membres de la société civile comme Georges Michel, Eddy Labossière, Leslie Péan, Camille Leblanc, Édouard Paultre, Frantz Large; sans oublier celles de la diaspora telles que Marie Carmelle Austin, Robert Benodin, Daly Valet, Gessy Coicou, Ray H. Killick, Jean Éric René, etc. Paraît-il que la presse haitienne n'était pas invitée à couvrir cet événement.

Quand on fait l'analyse de cette rencontre il y a lieu de souligner deux grands problèmes : lieu et participants.

Indépendamment de la bonne volonté des organisateurs de cette rencontre, le lieu a été mal choisi ; et certaines personnalités du pays hôte ne devraient pas avoir droit de participation à une telle activité, proprement haitienne, nationale, selon le titre même de la convocation.

Commençons par évoquer le problème du choix du lieu de la rencontre. On peut se poser cette question : pourquoi les organisateurs ont-ils choisi la République Dominicaine comme espace pour dialoguer sur les problèmes d'Haiti et la recherche de solutions?

Ma réponse à cette question est simple, d'abord il existe chez nous une tendance de fuite, de refus même pour débattre les grands problèmes nationaux dans le pays et par les nationaux. Aujourd'hui plus que jamais nous pensons que les solutions aux problèmes de l'intérieur doivent venir de l'extérieur. L'haitien est en fuite constante de sa propre réalité. Nous vivons à l'extérieur de nous mêmes. Nous ne croyons qu'à ce qui vient de l'extérieur. C est la schizophrénie à la l'haitienne diraient les psychiatres.

Je prends pour exemple, dans cette même ligne d´idées, le seul débat des candidats à la présidence de 2006 a eu lieu à l'Ambassade dominicaine, face à un journaliste dominicain, M. Rafael Nuñez, responsable du bureau de communication au palais national à Santo Domingo. Les rares déclarations de Préval en campagne présidentielle ont été données à cette occasion. On constate aussi, par la suite que le président Préval en fonction s'amuse à annoncer ses décisions sur la nation à la presse internationale, ou à l'aéroport international et la frontière quand il part en voyage ou revient de voyage. Rappelez vous que sa première annonce a propos de la reforme constitutionnelle a été faite a Malapasse-Jimani, au retour d´un séjour en terre voisine.

Et voila qu'une rencontre dite «rencontre patriotique pour une stratégie de sauvetage national», pour «refonder l'État-national» s'est tenu à Santo Domingo. Alors que les droits à la parole et au rassemblement des citoyens ne sont interdits aujourd'hui en Haiti. Actuellement on peut se rassembler et dire tout ce qu'on veut sur toutes sortes de sujets sans peur d'être arrêté. C'est l'un des grands acquis de la lutte démocratique des vingt dernières années.

Il ne faut pas chercher la solution de la crise d'Haiti en République dominicaine. Pas plus qu'ailleurs. La solution de la crise haitienne doit être recherchée et trouvée en Haiti et entre les haitiens. Cette crise est haitiano-haitienne.

Prenons l'exemple de la panoplie de conférences internationales des bailleurs de fonds sur Haiti, jusqu'à présent aucune solution. Les conférences de la diaspora à l´étranger non plus n´ont rien apporté de concret.

Abordons maintenant le second grand problème de la rencontre de Santo Domingo, celui de la participation de dominicains ultranationalistes identifiés comme anti-haitiens.

La présence des participants dominicains de la trempe de Rufina Lascrepeau, une dame connue dans les avenues obscures des relations entre les deux pays, membre du service d'intelligence dominicaine sur Haiti, ancienne épouse du députe duvaliériste Jean André Simon (décédé) ; Pelegrin Castillo, députe du parti minoritaire Force Nationale Progressiste (FNP) et Manuel Nuñez Jiménez, les deux, membres fondateurs de l´Union Nationaliste, n'était pas acceptable pour le respect de la communauté haitienne à Saint Domingue, tout comme pour la cause que prétendaient plaider les organisateurs de la conférence.

Deux autres personnalités, bien connues pour leurs positions négatives sur Haiti, l´actuel chancelier dominicain, Carlos Morales Troncoso -ancien vice-président de Joaquim Balaguer- qui avait propose un régime de protectorat pour Haiti en 2006, et le Cardinal Nicolas Lopez Rodriguez, anti haitianiste viscéral et primaire, se sont fait respectivement représentés par Conchita Cabral, et le père Abraham Apolinar qui ne peuvent pas être mis dans le même sac, ainsi que Osiris de Léon, spécialiste des questions environnementales.

De façon générale, la présence des ténors de l´anti haitianisme dominicain était justifiée, si on prend en compte le profil des organisateurs et de certaines personnalités politiques haitiennes présentes à cette rencontre.

Pour ceux qui ne les connaissent pas, laissez-moi faire quelques précisions sur Pelegrin Castillo et Manuel Nuñez, en particulier.

Ces deux personnages sont les deux plus grandes figures du renouvellement de l'idéologie ultranationaliste anti haitien en République Dominicaine.

Pelegrin Castillo Seman, député de Santo Domingo pour la quatrième fois consécutive pour la Force Nationale Progressiste (FNP), Parti ultranationaliste fondé par son père Vinicio Castillo, le Lepen dominicain, dont Pelegrin serait Marie-Claude Lepen dominicain, la fille de Jean Marie Lepen, connu pour ses positions contre les étrangers, anti migration africaine surtout en France. Les deux sont animés par les idéologies racistes et nationalistes outrancières. Le jeune Pelegrin est le porte parole de la FNP au Parlement dominicain avec un discours constant et récurrent qui met l´emphase sur la faillite de l´État haitien; Haiti comme danger pour la survie de la nation dominicaine.

De ce fait, Haiti et ses immigrants stationnés en territoire dominicains représentent une charge insupportable pour son pays et une menace pour la souveraineté à cause de la possibilité de l´émergence d´une minorité nationale jouissant des droits civils et politiques.

D´où le refus systématique de l´intégration des immigrants haitiens et de leurs descendants présentés comme porteurs de maladies vénéneuses et contagieuses, envahisseurs constants et pacifiques, et voleurs d´emplois à la classe ouvrière dominicaine.

A travers des interventions médiatiques presque quotidiennes, sur fonds d´appels à la haine contre la communauté haitienne er République Dominicaine, Pelegrin demande l´intensification des rapatriements massifs, la militarisation de la frontière et le renforcement diplomatique pour contrecarrer un certain plan imaginaire d´unification de l´ile qui serait arrangé par les États-Unis d´Amérique, la France et le Canada.

Il faut dire que l'un des discours les plus suivis durant cette fameuse rencontre a été celui du député dominicain, en l´occurrence Pelegrin Castillo, utilisant une forme de rhétorique sous le modèle différence-négation sous une apparence logique.

Quant à Manuel Nuñez Jiménez, on peut le considérer comme la réincarnation de Pena Batlle, l´un des créateurs de l'idéologie anti haitienne classique. Manuel Nuñez, enseigne a l´école diplomatique de la Secrétairerie (Ministère) des Relations Extérieures et est un membre de premier plan, de la « Quinta Republica », mouvement politique et idéologique dominicain, créé par l'ex ministre des Forces Armées de la période 2000-2004 sous la présidence de Hipolito Mejia, le général intellectuel retraité, Jose Miguel Soto Jiménez. Manuel c'est le disciple chéri du général Soto. En un mot, le projet politique de la «Quinta Republica», dont Manuel est l'un des idéologues, est une «République sans haitiens». C´est la promotion d´une politique de «deshaitianisation», «rehispanisation», «reculturalisation», «revalorisation», «renationalisation», «redominicasation» de la République Dominicaine.

Manuel Nuñez, le théoricien de la « Quinta Republica », un noir, qui selon les stéréotypes dominicains, pourrait être facilement pris pour haitien, avait présenté son discours en français, lors de la conférence.

La présence de ces deux personnages à cette rencontre, qui n'était pas une activité sur les relations haitiano-dominicaines, ni sur la migration haitienne en République Dominicaine, avait de quoi soupçonner chez les organisateurs une sorte de trahison de la cause vis-à-vis du pays voisin. C´était un affront, une offense à la mémoire de toutes les victimes haitiennes des atrocités dominicaines de 1937 à nos jours. Elle correspondait aussi à la banalisation de la lutte de tous les défenseurs des droits humains ici, là-bas et ailleurs, qui réclament de meilleures conditions de vie pour les haitiens et leurs descendants en territoire dominicain.

Les organisateurs de la conférence, dont M. Boulos en particulier, ont commis la grave erreur d'inviter la République Dominicaine a s'immiscer dans les affaires internes d'Haiti. Quand on sait que l'État dominicain pratique de façon systématique l'ingérence, certaine fois voilée. Depuis Trujillo, c'est une pratique courante. Mais le pire c'est quand l'initiative vient de nous. Au lieu de l'empêcher on l'encourage. Ça a l'air d'une sorte de conspiration entre les Boulos et la droite ultranationaliste dominicaine, quand on se réfère surtout au titre du mouvement sorti de la rencontre : «Camp patriotique pour le sauvetage national», on est en droite ligne du modèle FNP dominicain des Castillo. Ce qui explique la présence des invités cités plus haut.

Boulos et compagnie ont choisi la République Dominicaine pour conspirer contre le peuple haitien. Tout est clair si on considère les déclarations intempestives, insultantes, et même provocatrices qu'il a faites contre la population haitienne et d'origine en République Dominicaine : telles que «remerciements à la République Dominicaine pour l'appui donné à presque deux millions haitiens en terre dominicaine» ; « En République Dominicaine, les droits des haitiens ne sont pas violés» ; «90% de la classe moyenne haitienne vivent en République Dominicaine» ; «le président Préval est un anti dominicain», «parce qu'il n'est pas intéressé aux relations haitiano-dominicaines» ; «Il existe 30 mille étudiants en République Dominicaine»; «Les haitiens résidant a Saint Domingue envoient plus de 500 millions dollars américains en Haiti»; «La République Dominicaine a beaucoup de solutions aux problèmes haitiens, c´est un pays très avance, je pense que les frères dominicains, peuvent nous aider et nous dire comment résoudre nos problèmes», etc.

A partir de là on peut dire que Boulos affiche clairement son alliance idéologique et politique avec la droite ultranationaliste dominicaine contre Haiti., dans sa manière d'instrumentaliser les chiffres et les stéréotypes comme font les chauvinistes dominicains. Encore une manifestation de la faiblesse haitienne face aux dirigeants dominicains.

Ici tout le monde a peur d'affronter (dans le champ diplomatique et politique bien sur) la République Dominicaine, surtout en poste de responsabilité publique. Qu'on se rappelle de la déclaration du président Préval lors de la douloureuse et obscène scène de décapitation de notre Carlos Nérilus en mai dernier. Par la suite une petite et modeste et même modérée déclaration de la première ministre Michelle Pierre-Louis, a vite provoqué un tollé diplomatique par le chancelier dominicain Carlos Morales Troncoso qualifiant les propos de la chef de gouvernement, de «légèreté absolue», prédisant «que seul le manque de volonté du gouvernent haitien pourrait mettre en danger les relations entre les deux pays».

Pendant plus d'une semaine, les faibles déclarations de madame Pierre-Louis faisaient la une dans toute la presse dominicaine, accusant, menaçant, etc. tandis que de notre cote c'était le silence le plus complet. Pas une rectification, pas une précision, pas une note de notre chancellerie ou de la primature pour revendiquer le droit de notre parole sur le sort de nos ressortissants en République Dominicaine.

Donc, seuls les dominicains peuvent dénoncer leurs forfaits contre les haitiens de chez eux, quand ils veulent, comme ils veulent. On peut dire qu'il existe une sorte de promptitude, même si pas trop sérieuse, des réponses dominicaines face au dossier haitien. Nous, nous sommes silencieux, passifs. On pourrait tout aussi bien se demander ou sont passées les enquêtes entreprises par les dominicains sur les cas de Guayubin en 2000, Hatillo Palma 2005, Carlos Nérilus plus près de nous? Pour ne citer que ces trois plus illustratifs et marquants.

Enfin de compte, le colloque ou la conférence de sauvetage national était plus brillant pour la République Dominicaine que pour Haiti. Tout comme la RD a gagné sur le salaire minimum en Haiti. Avec des publicités acceptées par divers medias haitiens, ce qui pourrait être considéré comme une insulte; publicité étrangère dans les medias nationaux, y inclus les medias d'État, contre un dossier national. Chose inconcevable en terre voisine.

Au lieu de «Sauvetage d´Haiti», la rencontre de Santo Domingo a jetté les bases de la capitulation finale de notre pays face à la République Dominicaine.


Guercy Antoine
09-09-09

Gelin_

Post by Gelin_ » Sat Sep 26, 2009 10:44 am

Rencontre au sujet d'Haiti mais loin d'être patriotique!

gelin

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