RAPPORT HAITI-RD

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Edwin Paraison
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RAPPORT HAITI-RD

Post by Edwin Paraison » Tue Mar 03, 2009 6:17 pm

RELATIONS HAITIANO DOMINICAINES

L´Incompatibilite entre le discours officiel et l´offensive haitienne de la FUNGLODE
Edwin paraison/Especial para Espacinsular

SANTO DOMINGO. 3 DE MARZO DE 2009.- La Fundacion Global Democracia y Desarrollo (FUNGLODE) est une organisation non gouvernementale mise sur pied par le président Leonel Fernandez (LF) à la fin de son premier mandat (1996-2000). L´institution a été créée dans le but de promouvoir entre autres, la participation citoyenne et le développement en mettant l´accent sur les nouvelles technologies de la communication.

Dans ce sens, elle contribue effectivement à l´éducation, à l´avancement démocratique et au débat sur des thèmes importants de l´agenda national ou global. Mais, il est important d´attirer l´attention sur certaines observations véhiculées par les medias provenant de leaders politiques ou de simples observateurs dominicains (1) relatives a des objectifs moins évidents visés par l´organisation sur trois volets différents : au niveau local, sur le plan international et dans les rapports avec Haiti. Ces derniers sont au centre de cette réflexion.

RAPPORTS AVEC HAITI

Le président Fernandez considère qu´Haiti est un pays en faillite. Il l´a dit pour le moins en deux occasions dans son propre programme de télévision "Agenda del Presidente" (2) . Arrivé au pouvoir en 1996 grâce a l´alliance électorale dénommée "Front Patriotique" entre Balaguer et Bosch pour barrer la route à Pena Gomez, les rapports avec notre pays sont gérés dans ses gouvernements, selon le modèle établi lors de sa première campagne électorale, en laissant à d´autres dans son équipe, la responsabilité de l´usage de l´anti haitianisme comme instrument politique (3) face à Haiti et aux haitiens en RD.

Pour ce 3e mandat (2008-2012) l´on s´attendait à des changements qui auraient pu envoyer de nouveaux signaux à Haiti, malheureusement ce n´est pas le cas.

Les acteurs les plus importants de la campagne de 1996, Carlos Morales Troncoso, Ministre des Affaires Étrangères ; Rhadamès Batista, Président du Conseil National des Frontières ; Manuel Nunez, Ambassadeur assigne a la chancellerie, Pelegrin Castillo, député de la Force Nationale Progressiste (FNP) ; Vincho Castillo -père de Pelegrin- Conseiller spécial du président en matière de narcotrafic, Euclides Gutierrez, Ministre, Surintendant d´Assurance entre autres, ont gardé leurs postes et responsabilité comme mentionné plus haut (4) .

Ces hauts fonctionnaires sont apparemment beaucoup plus influents dans le cabinet ministériel et les allées du pouvoir que ceux-là que nous pouvons considérer comme des amis d´Haiti, tels que Max Puig, Ministre du Travail ; Melanio Paredes, Ministre de l´éducation; Carlos Dore, Ministre Directeur de l´Unité d´Analyse et de programmation stratégique de la présidence ; Ruben Silie récemment nomme ambassadeur a PAP entre autres. A noter que les deux derniers sont des spécialistes des relations dominico-haitiennes et de la migration haitienne en République Dominicaine.

De façon générale, ces deux groupes qui ont des appréhensions pour leur pays, en rapport à la conjoncture socio politique haitienne, acceptent la coexistence sous le leadership du président, mais représentent deux courants différents:

a) La RD avec ses propres limitations n´a pas les moyens de prendre Haiti en charge. C´est une responsabilité de la Communauté internationale, mais cette dernière est accusée de vouloir résoudre le problème que représenterait pour elle le pays voisin à travers la nation dominicaine, qu´elle souhaiterait transformer en "Etat-pivot" pour Haiti.

b) LF peut renforcer son leadership régional en s´impliquant en Haiti, grâce a la FUNGLODE. Cette stratégie permet à la fois au niveau de l´Etat-Gouvernement l´usage de l´anti-haitianisme à des fins politiques internes, et à l´extérieur la projection de l´image d´un dignitaire intéressé à promouvoir de bons rapports avec Haiti. Sans parler des retombées économiques pour les projets de la Fondation.

Courant A: Très fort dans l´opinion publique dominicaine par le biais de certaines organisations : « Instituto Duartiano », « Comite de Solidaridad Internacional con Haiti »(5) . L´essentiel de leur discours : Haiti et l´immigration haitienne constituent un danger écologique et sanitaire et une menace pour la souveraineté de la RD.

Contrairement à la gestion faite par le dictateur Leonidas Rafael Trujillo (6) , une campagne tolérée par les tenants du pouvoir, est menée tambour battant à travers les médias et avec des interventions ponctuelles à l´étranger, encourageant notamment la violence xénophobe contre les ressortissants haitiens et le dénigrement d´Haiti. Dans ce contexte, il faut citer le discours de Carlos Morales Troncoso à Madrid en décembre 2006 qui provoqua la réaction du PM J.E. Alexis contre la suggestion d´une sorte de protectorat pour Haiti vue « l´incapacité des dirigeants haitiens ». Cette suggestion, c´est le cas de le dire, rejoint la position de LF : "Haiti est un pays en faillite". A souligner que des rencontres se font entre de hauts fonctionnaires de la MINUSTHA, de l´OEA et d'autres instances internationales sur Haiti avec LF, sans aucune présence haitienne (7) .

Courant B: gagne du terrain en Haiti et sur le plan international. Le charme personnel de LF (appuyé par l´activisme de ses diplomates) fait des adeptes dans le circuit officiel haitien, la haute bourgeoisie, les classes intellectuelle et politique à PAP et dans la diaspora. Dans le même temps, sert à contrecarrer les dénonciations relatives aux violations de droits humains et mauvais traitements infligés à nos compatriotes en RD.

PLAN POUR HAITI

Certains parlent déjà de la mise en place d´une hégémonie dominicaine sur l´ile. L´alimentation d´une bonne partie de la population haitienne dépend à l´heure actuelle de la RD. Voilà qu´une offensive se développe vers nos élites intellectuelles et politiques et la jeunesse ; parallèlement des universitaires haitiens reçoivent leur formation en RD.

Cette campagne anti-haitienne est fréquemment relayée par des orateurs invites par la FUNGLODE/ANU-RD, tel a été le cas de la consultante et conseillère en Chef de la MINUSTHA Johanna Mendelson, lors d´une conférence en RD en octobre 2006.

Comment peut-on expliquer cet intérêt du mandataire dominicain pour Haiti, avec le rôle clé joué dans son équipe par les secteurs viscéralement anti-haitiens, tenant compte des violentes manifestations dont il a été victime –fait sans précédent dans l´histoire des deux pays- à Port-au-Prince, en décembre 2005 ?

Plus de 3 ans après, les motifs qui ont conduit à ces malheureux incidents qui auraient pu prendre une tournure dangereuse pour la paix entre nos deux nations sont toujours d´actualité. A savoir : rapatriements massifs, violence xénophobe, trafic de personnes, violations de droits humains, discours officiel ambigu sur Haiti, refus du droit a la nationalité dominicaine aux enfants nés d´haitiens, interdiction de fait de toute participation politique (ouverte ou organisée) aux dominicains d´ascendance haitienne, inspections militaires discriminatoires dans la zone frontalière, abus répétés des autorités, indéfinition du statut migratoire des pensionnaires haitiens de l´Etat dominicain (8) . Peut-on parler d´une gestion transparente des rapports avec Haiti dans ces circonstances ?

Il est clair que la FUNGLODE pose les jalons d´un plan pour lequel des alliances stratégiques avec des institutions prestigieuses de la société civile haitienne, des Universités et des ONG internationales sont indispensables, pour renforcer la tendance officielle a minimiser ou mettre de cote les problèmes de fond, dont la majeure partie requiert sur le terrain même de cette fondation, une intervention beaucoup plus urgente que l´offensive vers Haiti. Dans ce contexte, les actions suivantes devraient faire l´objet d´un suivi et d´une analyse adéquate :

1- Création en 2005 de l´Action Haitienne des Nations Unies (AHNU) -avec d´anciens étudiants haitiens en RD- qui est une sorte de filiale à PAP de l´ Association Dominicaine des Nations Unies (ANU-RD, parrainée par LF qui est son président d´honneur).

2- Réalisation de la Première Rencontre Juvénile Dominico Haitienne (Nov.2005 Sto.Dgo)

3- Convocation et organisation du modèle des Nations Unies à PAP par l´ANU-RD/FUNGLODE a travers de l´AHNU.

4- Désignation d´un représentant et ouverture prochaine d´un local de la fondation en Haiti sous la responsabilité de Dieudonné Fardin.

5- Lancement du Forum Haitiano-Dominicain dont les présidents d´honneur sont les deux mandataires de l´île.

6- Nomination d´une Haitienne comme directrice du Forum Haitiano-Dominicain de la FUNGLODE.

7- Bourses de participation à des jeunes et autorités d´Haiti par le biais de l´ANU-RD/FUNGLODE et la GFDD (la branche américaine de la fondation), à des évènements internationaux avec la participation d´une contrepartie dominicaine dont la présentation est souvent faite comme « la délégation dominico-haitienne » (9) .

8- Bourses d´études à l´étranger (notamment au Brésil) à des étudiants haitiens.

9- Interventions dans le champ culturel avec l´appui financier du Consulat Général à PV (dons de livres à la Bibliothèque nationale, Production film Arnold Anthonin sur Jacques R.etc...).

10- Création d´un centre de documentation et de la plus grande bibliothèque dans les caraibes sur Haiti à la FUNGLODE

11- Célébration du centenaire et traduction a l´espagnole du livre de Jacques Roumain « Gouverneurs de la Rosee »

Ce plan (quel qu´il soit) a le vent en poupe.

LE GOUVERNEMENT HAITIEN NEUTRALISE

L´amitié personnelle entre les deux chefs d´état de l´ile est intelligemment utilisée sur la scène internationale par la FUNGLODE/Gouvernement dominicain, pour démontrer que les rapports haitiano-dominicains sont extrêmement harmonieux. D´où les appels réitérés à la communauté internationale en faveur d´Haiti.

Paradoxalement, des actions qui devaient être inscrites dans le cadre d´une politique de coopération haitiano-dominicaine sont présentées comme un fardeau pour la République Dominicaine. (Enfants et patients haitiens reçus dans les écoles ou hôpitaux de la zone frontalière)

Evidemment, pour neutraliser les dirigeants haitiens, -ce qui a été obtenu- à la FUNGLODE comme au gouvernement, les bénéfices tirés des échanges commerciaux entre les deux pays et la contribution de l´immigration haitienne à l´économie dominicaine ne sont jamais pris en compte :

US$ 1 milliard d´investissements haitiens en RD (15 dernières années/Fundacion Ciencia y Arte) ; US$ 500 millions de produits et services dominicains vendus sur le marché haitien (2008 ; (CEI-RD) + De US$ 100 millions (premier semestre 2008) pour les visas payés et les voyages d´affaires de citoyens haitiens en RD. + De US$ 60 millions l´an de revenus générés par les étudiants haitiens dans les Universités et centres de formation technique (Wilson Laleau vice-recteur académique UEH AHP Mai 2006) ; 6.8% de contribution au PIB de la main d´œuvre haitienne dans le secteur de la construction ; 16% de taxes perçues sur les transferts de nos compatriotes ; US$ 1.7 millions chaque semaine dans les marchés binationaux (Dajabon, Elias Pina, Pedernales et Jimani)

IMMIGRATION HAITIENNE EN RD

De nos jours, le président Fernandez, fier des apports de la diaspora dominicaine au pays d´origine, reprend les arguments des nationalistes pour se référer a l´immigration haitienne : Un processus de balkanisation par « l´occupation » du territoire et l´exercice des droits civils et politiques des dominicains nés d´haitiens(10) . Cette perception porte le député Pelegrin Castillo, l´un de ses plus bruyants allies, a prévoir l´imminence d´une guerre entre les deux pays (11) .

Une profonde incompatibilité fait surface entre le discours officiel et les démarches de la FUNGLODE sous le couvert d´un rapprochement entre les deux sociétés, sans la promotion d´une vision moderne de la question migratoire-laborale et ses corollaires.

Cette affirmation est doublée d´une réalité indéniable qui semble constituer un dilemme en République Dominicaine.

Jusqu´a présent, entre 8,000 et 10,000 coupeurs de canne sont embauchés annuellement par les usines sucrières à travers le circuit des « buscones » (trafiquants) avec une autorisation présidentielle (12) . Cette immigration laborale a été traditionnellement recherchée, encouragée et voulue par la partie dominicaine, atteignant actuellement 85% dans la construction, entre 60% et 80% dans l´agriculture, pour garantir un cout de production permettant la compétitivité dominicaine sur le marche international.

Cette main d´œuvre haitienne incontournable selon le Ministre du Travail Max Puig (13) , a construit les passages à niveau, les routes, la nouvelle zone métropolitaine que le président a surnommée « Nueva York Chiquito », les tunnels, les 70,000 chambres d´hôtel, les centres commerciaux, les building et le métro. Elle est aussi indispensable, dans les plantations de café et de bananes du sud, comme pour la récolte du riz dans le Cibao.

Il est facile de dire que cette importante présence haitienne cause la dépréciation du salaire de l´ouvrier dominicain ou son déplacement, en ignorant le vrai problème : -et là encore elle apporte sa contribution- la migration interne dominicaine due au changement de modèle économique.

D´une économie agricole, la RD est passée à une économie de services, tourisme et zone franche. Des écoles professionnelles, des centres technologiques communautaires (CTC) connectes a l´internet sont placés dans les zones les plus reculées pour préparer une main d´œuvre qualifiée pouvant répondre, sur le marche de l´emploi, aux besoins des nouvelles entreprises.

L´impact sociologique de la croissance macroéconomique dominicaine est ressenti dans le monde rural. Les jeunes paysans dominicains ont maintenant le choix : soit de se former ou de se rendre à la ville la plus proche pour faire le mototaxi (motoconcho), ou travailler comme « Saki Panky » sur les plages, ou tout au contraire commencer une carrière universitaire a la capitale et dans d´autres villes de province. Dans tous les cas, ils n´iront plus dans les champs. Naturellement, ils se comptent parmi les 52% selon les sondages, des nationaux qui souhaiteraient émigrer.

Les Haitiens font dans ce pays ce que les dominicains ne veulent plus faire. Au fait, il serait plus approprié d´assimiler cette situation à une « mexicanisation » de la réalité migratoire-laborale haitienne en République Dominicaine, au lieu de la dangereuse conception de la balkanisation.

EN GUISE DE CONCLUSION

Pour des raisons que l´on ignore, il est évident que sur le plan officiel Haiti a décidé une ligne politique complaisante face au gouvernement dominicain. Néanmoins, une attention spéciale devrait être portée sur les actions de la FUNGLODE pour mieux comprendre leur envergure. L´offensive de l´institution dominicaine pro-gouvernementale concernée par ce document répond à tous les points de vue à un plan. Les objectifs de son agenda haitien peuvent être spéculatifs, pourtant une sonnette d´alarme a été tirée le jour de l´inauguration du Forum Dominico Haitien a la fin de Juillet 2008, au moment ou la coordonatrice Magda Mathurin, a précisé –ce qui a un peu surpris les assistants- en référence au mandataire dominicain et président de la FUNGLODE que « cette initiative n´a pas été lancée par un homme qui cherche le leadership de l´ile » .

Dans ce contexte, le gouvernement haitien, dont certaines autorités ont aussi un excellent record de travail dans la société civile, même pour une question d´image, est obligé d´équilibrer les rapports entre les deux pays avec des interventions ponctuelles portant sur le raffermissement des liens entre les deux sociétés et la valorisation de la contribution de la communauté haitienne en République Dominicaine a l´économie binationale.

La société civile, les églises, les ONG, les organisations de base et la diaspora haitienne et dominicaine, pionnières de la mouvance de solidarité haitiano-dominicaine, face a l´inter-dependance socio économique entre les deux peuples qui se partagent l´ile, sont appelées a renouveler leur engagement, en vue de repousser toute tentative hégémonique et porter les dirigeants des deux cotes de la frontière, a une gestion transparente des relations entre les deux pays basée sur le respect mutuel et la fraternité.

NOTES/REFERENCES

(1) http://www.listin.com.do/app/article.aspx?id=58245

(2) D´un ton hautement nationaliste, le président avait aussi rejette toute comparaison avec Haiti lors de la publication en juin 2005 par la revue « Foreing Policy » d´une liste de 20 pays en faillite, dont la Colombie et la RD



(3) Bernado Vega, Antihaitianismo como instrumento, El caribe 19/09/05

(4) Personnages publiquement identifies comme étant des « anti-haitiens et des racistes » en maintes reprises par l´un des journalistes les plus influents des medias dominicains, animateur principal du programme « Gobierno de la Manana » de la station Z-101, Don Alvaro Arvelo Hijo (Alvarito) qui met aussi l´accent sur l´origine étrangère des Castillo.

(5) Certains haitiens sont utilises par ces groupes:


(6) « Trujillo y Haiti : La agresión contra Lescot » Vol III de Bernado Vega. Les attaques contre Haiti -autorisées ou tolérées par Trujillo- ont commence a partir de l´inimitié entre ces deux mandataires. Alors qu´actuellement de bons rapports unissent les deux Chefs d´Etat. http://www.hoy.com.do/opiniones/2007/7/ ... on-salvaje

(7) Cette campagne anti-haitienne est fréquemment relayée par des orateurs invites par la FUNGLODE/ANU-RD, tel a été le cas de la consultante et conseillère en Chef de la MINUSTHA Johanna Mendelson, lors d´une conférence en RD en octobre 2006

(8) Thèmes abordes par les rapports du GARR, Solidaridad Fronteriza, Rezo Jano Sikse, Servicio Jesuita para Refugiados y Migrantes (SJRM), Aministie Internationale, Experts des Nations Unies et le dernier rapport 2008 des droits humains du Département d´Etat.

(9)

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(12)

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Edwin Paraison Santo Domingo, 23/02/09

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