RELATIONS HAITI-RD

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Edwin Paraison
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RELATIONS HAITI-RD

Post by Edwin Paraison » Sat Feb 14, 2009 10:36 am

Editorial / LE MATIN

Y a-t-il une politique étrangère pour Haiti ?
La réunion ordinaire de l'Association des États de la Caraibe, qui s'est tenue à Pétion-Ville du 28 au 30 janvier, a une fois de plus mis en lumière les faiblesses de notre politique étrangère. On dirait que les équipes comme les institutions qui nous représentent devant le monde tournent à vide et brassent du vent. Entendons-nous bien cependant : tout s'est bien passé en termes de réunion politico-diplomatique de haut niveau. L'organisation a été, nous dit le ministre Nicolas, impeccable et les invités, très favorablement impressionnés (voir Le Matin, 2 février 2009). À croire qu'une réunion qui se déroule sans anicroche est un exploit pour notre gouvernement. « Bél jwét, bèl mayo » donc. Outre la culmination de la présidence de cette institution par Haiti et le transfert de responsabilités à la Colombie, la rencontre portait sur un certain nombre de dossiers dont le plus important semble avoir été l'environnement. Cependant le ministre Nicolas a été interrogé par la presse sur le traitement d'autres problèmes brûlants dans la région, dont la fameuse question migratoire au centre de laquelle se trouve Haiti. N'oublions pas que ce dossier concerne notre pays dans ses relations avec pratiquement tous nos voisins. Eh bien, le ministre a semblé dire : « Pas de vague ! Nous n'étions pas là pour cela ». Encore qu'un message de contrariété concernant les rapatriements incessants de nos boat people et les conditions des déportation, ait été , semble-t-il, exprimé. « …le chef de la diplomatie haitienne a fait savoir qu'il a fait part des doléances de la population haitienne à ses hôtes. » (Le Matin). Entre-temps, c'est la vice-ministre dominicaine des Affaires étrangères qui, dans une déclaration aux journalistes, a fait savoir au grand public qu'enfin la partie haitienne de la Commission bilatérale haitiano-dominicaine va être nommée et installée.
À la bonne heure ! Mais la satisfaction est mêlée de doute : notre chancellerie est-elle mobilisée ? Des équipes travaillent-elles à la cuisine qui est indispensable derrière les rencontres ministérielles et les déclarations conjointes ? Les dossiers sont-ils prêts pour la négociation ? Chacun sait que le dossier par excellence des relations entre les deux pays est d'intérêt public et que sa gestion même requiert des préalables concernant les secteurs les plus divers de notre société. Sans une position documentée, concertée, consistante en Haiti même, toute commission de haut niveau est vouée à l'échec. Or nos dossiers de relations extérieures les plus brûlants sont ceux de la république voisine. Le dossier migratoire bien sûr, avec tous ses corolaires (droits de la personne, gestion de la frontière, documentation et nationalité…) mais bien d'autres qui d'ailleurs font l'objet de fortes préoccupations de la part des Haitiens concernés. Ainsi, on ne sait toujours pas le mot public de l'État haitien sur le dossier Capital Coach line, cette compagnie qui a affronté les diktats d'un syndicat de transporteurs dominicains. Les œufs et les poules en provenance de l'autre côté de la frontière continuent à être interdits d'importation (l'avis de l'organisme sanitaire international autorisé n'ayant pas changé), donc objets de contrebande. Et voici que ce mardi 3 février il est question de suppression du permis de voler de la compagnie haitienne Tortug'Air.
Certes, dans ces dossiers, aucune présomption ne peut être privilégiée pour démêler qui a raison et qui a tort, qui respecte les règlements et qui applique la loi du plus maton. Ce qui est franchement anormal, c'est que ces dossiers « prennent la rue » pour attirer l'attention de l'opinion – et peut-être celle des responsables ? – une façon de manifester une fois de plus à quel point le citoyen haitien a peu confiance dans les autorités et dans leur capacité à représenter et à défendre ses intérêts.
En attendant, la société dominicaine débat dans tous ses medias de: la question de la main-d'œuvre haitienne dans son économie, celle de la migration illégale, celle du commerce à la frontière, celle de la nationalité des descendants d'Haitiens. On débat ; on travaille aussi avec des équipes d' « haitianistes » au sein de départements et de bureaux s'occupant plus ou moins spécifiquement d'Haiti. Par conséquent, quelle que puisse être la justesse de nos positions ou de nos réclamations, si elles ne sont pas solidement confortées par nos intérêts nationaux et valablement défendues par des experts qualifiés, nous courrons tout droit à la défaite et ses humiliations. Rien à faire : il nous faut prendre la peine de bâtir une politique étrangère sérieuse.

Par Sabine Manigat
mercredi 4 février 2009

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