Début de l'ère Obama

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Edwin Paraison
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Début de l'ère Obama

Post by Edwin Paraison » Fri Feb 06, 2009 6:37 pm

DÉBUT DE L' ÈRE OBAMA
RÉACTIONS, INQUIÉTUDES ET ATTENTES EN R.D.
par Edwin Paraison

La victoire électorale historique et l'installation du sénateur démocrate Barack Obama comme le XLIV (44e) président des États-Unis a eu un impact mondial du fait qu'il est le premier Afro-américain à occuper la Maison blanche, impact qui frappe aussi bien Haiti que la République Dominicaine. Cet événement met également fin à une longue période très controversée de huit ans, en deux mandats, de la puissante machine du parti républicain.

Cependant, l'euphorie globale face a ces changements positifs s'est trouvée quelque peu atténuée à Saint-Domingue par le scepticisme des uns, les inquiétudes et attentes des autres. Fondamentalement, cela est dû aux répercussions éventuelles sur le traitement de la question migratoire haitienne en Republique Dominicaine, de ce renversement de l´ordre des choses a Washington.

L'origine ethnico-raciale du nouveau mandataire, élément que lui-même a refusé de faire jouer non seulement durant la campagne électorale, mais aussi dans sa trajectoire politique, mettant plutôt de l'avant une stratégie d'alliances et d'unification des forces et des différentes minorités de son pays, est brandie par quelques leaders d'opinion comme un facteur qui pourrait influencer négativement sa politique envers la nation dominicaine.

Autrement dit, le succès politique des Noirs dans des pays et des organismes influents dans la vie nationale dominicaine, comme c'est le cas pour Rama Yade, originaire du Sénégal, Secrétaire d'état aux Affaires étrangères et des Droits humains du gouvernement français, de même l'intégration de citoyens d'origine haitienne dans de hautes fonctions publiques internationales comme c'est le cas pour Michaelle Jean, gouverneure générale du Canada, Michelle Montas, porte-parole de l'ONU et Patrick Gaspard , nouveau Directeur politique de la Maison blanche, sont vus par certains secteurs dominicains comme un danger pour le pays.

Encore pire, s'il s'agit d'un citoyen dominicain d'ascendance haitienne qui aspire légitimement à la première magistrature de l'État, comme ce fut le cas du défunt Jose Francisco Peña Gomez. Il est important de rappeler, dans ce contexte, les réactions de rejet, même de la part de dirigeants politiques, de la promotion et de l'organisation ouverte comme «niche électorale» des votants d'origine haitienne, a travers d´un mouvement politique, durant la dernière campagne présidentielle vers la fin de l'année 2007.

Il y a là une résistance évidente au changement en termes de démocratie ethnico raciale, dans l'exercice de la politique en République Dominicaine, à cause du supposé danger à la dominicanité que représente, selon les secteurs nationalistes, la communauté haitienne, y compris les Dominicains d'ascendance haitienne, en ces moments où cette résistance a été brisée dans le pays le plus puissant du monde. Obama l'a laissé entrevoir en faisant référence à son père, un immigrant Noir originaire du Kenya, dont la génération fut victime de ségrégation raciale dans cette nation qui démontre aujourd'hui sa plus grande force en partie «dans son héritage multiethnique» , a-t-il dit dans son discours inaugural.

Le début de l'ère Obama, malgré sa force emblématique pour la négritude dans le monde, est en train d'être mis à profit au pays de Juan Pablo Duarte, comme une conjoncture favorable pour relancer avec ardeur la thèse d'une présumée conspiration internationale contre la nation avec la participation notamment des Etats Unis, la France et le Canada. Thèse publicisée, par le défunt président Joaquim Balaguer pour dissimuler les véritables sentiments et objectifs de ses supporters, pour lesquels la défense de la souveraineté nationale se confond avec la violation des droits et l´exclusion sociale et politique des immigrants haitiens et leurs descendants.

Un haut fonctionnaire gouvernemental bien connu pour ses positions à l'égard d'Haiti a seulement déclaré : «Que Dieu accompagne le peuple dominicain à partir du 20 janvier!»*1 Le spectre de la fusion des peuples en une seule nation que chercheraient, selon les groupes anti-haitiens, a travers de l´immigration haitienne les pays sus mentionnes, a été dépoussiéré par des législateurs alliés au gouvernement comme par des analystes politiques « Un grave danger menace la nation.»*2 Des ONG*3, la famille Kennedy, les Clinton; le Black Caucus*4, Jean-Bertrand Aristide, la diaspora haitienne*5 ont été identifiés comme des pièces-clés du complot fictif anti dominicain, qui ont des fonctions et/ou des contacts dans le nouveau gouvernement américain.

D'un autre point de vue, des intellectuels libéraux attirent l'attention à propos des «pressions»*6 qui pourraient s'exercer sur les autorités dominicaines par rapport au thème migratoire et le fait de considérer en transit, pour leur refuser le droit à la nationalité, «des familles vivant ici depuis 30, 20, 10 ans.»*7

Deux importants médias de la presse ecrite Clave, l'hebdomadaire le plus prestigieux, à travers sa version électronique et Diario Libre, le quotidien de plus grande circulation, bien que saluant l'arrivée au pouvoir de l'ex-sénateur de l'Illinois, avancent ce qui suit au sujet de la problématique dominico-haitienne:

Se basant sur la vaste diffusion médiatique aux États-Unis, d'actes de violence perpétrés dans le pays contre des immigrants haitiens, le premier considère que « le gouvernement d'Obama pourrait constituer un véritable mal de tête pour la République Dominicaine.»*8 Le second résume le point fondamental des inquiétudes et expectatives dominicaines, soulignant du même coup le symbolisme qu'incarne le nouveau président, avec cette assertion*9:

«Pour les Dominicains, Obama est un inconnu et peut même être un danger, selon la façon dont il traitera les thèmes des droits humains des immigrants autant ailleurs qu'ici. Malgré tout cela, nous avons l'espoir qu'il agira avec la modération de l'homme qui sait que le monde ne s'est pas fait en un jour et que sa seule présence obligera à changer beaucoup de choses.»

26/01/09, Santo Domingo, RD
Version originale disponible en espagnol:
http://www.espacinsular.org/spip.php?article7035

Références:

*1 Euclides Guttierez Feliz, Surintendant d´Assurances avec rang de Ministre, historien et haut membre du parti au pouvoir.


*2 Vinicio A. Castillo, avocat, membre de l´influente famille Castillo de la Force Nationale Progressiste (FNP) alliee au pouvoir


*3 Pelegrin Castillo, depute et porte voix de la FNP et des Comités « Haiti est une responsabilite de la communaute internationale »


*4 Aristofanes Urbaez, analyste


*5 Orlando Gil, journaliste et commentateur a la Tele


*6 Bernado Vega, historien, ancien ambassadeur de la RD a Washington du PLD, Membre de la Commission Consultative de la Secretairerie d´Etat des Relations Exterieures de la RD


*7 Hugo Tolentino Dipp, Ex chancelier de la RD, du PRD, ecrivain


*8 http://www.clavedigital.com/App_Pages/o ... ulista=277

*9

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