La culture haïtienne en République dominicaine

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Serge
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La culture haitienne en République dominicaine

Post by Serge » Wed Jan 28, 2009 11:31 am

Je reproduis ci-dessous un article publié dans HAITI PRESS NETWORK. j'ai pensé qu'il serait intéressant de le lire et si possible de formuler des commentaires.


Promouvoir la culture haitienne en République dominicaine est très difficile, selon Reynald Delerme
Posté le 27 janvier 2009

Rencontré samedi dernier en République dominicaine, l'acteur et réalisateur haitien Reynald Delerme a avoué que la promotion de la culture d'Haiti là-bas est fort difficile puisque toutes les portes lui y sont fermées. Interview.

HPN : En tant qu'artiste, comment voyez-vous la promotion de la culture haitienne ici en République dominicaine ? RD : C'est une activité qui s'avère très difficile ici. Contrairement à nous autres Haitiens qui sommes toujours prêts à accueillir, pour ne pas dire flatter, tout ce qui est étranger, en République dominicaine toutes les portes sont fermées à la culture haitienne du point de vue musical et artistique en général.


HPN : Pensez-vous que c'est aussi le cas au niveau des medias ? Certainement. Le Dominicain est très nationaliste, par conséquent préserve et protège sa propre culture. Si dans les radios haitiennes on diffuse à longueur de journée des chansons dominicaines, en République dominicaine c'est loin d'être le cas. Il est vrai que quelques expériences ont lieu grâce, entre autres, à des étudiants haitiens à qui on accorde une heure à la radio pour une émission, mais pas plus. A la télévision, je crois qu'il y a aussi une émission tous les dimanches d'une durée d'une heure.


HPN : Qu'en est-il des efforts qu'effectuent plusieurs associations d'Haitiens comme la Brotherhood Forever pour promouvoir cette culture? RD : Quand il y a des attractions qui se font par des associations, comme la BHF qui organise les éditions du Festival de l'Ile, le bal de Krezi Mizik de ce soir, je pense qu'il s'agit d'un énorme effort qui mérite d'être appuyé par tous les Haitiens conséquents. D'ailleurs, c'est ce qui justifie ma présence ici aujourd'hui. Justement, je suis venu en tant que journaliste pour montrer non seulement ce que fait Krezi Mizik, mais également ce que réalise cette association appelée BHF.


HPN : Notre compas est donc un instrument de promotion efficace, contrairement à ce que pensent certains ? RD : Le rythme de notre compas n'est pas seulement apprécié par les Dominicains, mais aussi par les Cubains et ne parlons pas des Antillais. Ces derniers, à une certaine époque, nous ont fait jouer du zouk et nous ont pris notre compas avec quoi ils ont atteint un plus haut sommet que nous. En République dominicaine, il y a actuellement un ancien d'Haiti qui fait des merveilles avec la salsa et quand il performe il ajoute souvent des touches compas que les gens adorent écouter. En intégrant à la salsa un peu de compas, le produit fini donne un ensemble de rites découlant du vaudou, et en cherchant bien on verra qu'ils se retrouvent un peu partout. Dans le groupe RAM par exemple, il est vrai qu'on joue un vaudou rock, mais il y a une série de rites, de blues et autres, si on enlève la guitare et on écoute seulement la base, il sera étonnant de voir que le groupe joue un véritable vaudou, du vrai folklore.


HPN : A votre avis, qu'est qui manque pour aboutir à une nette amélioration du résultat promotionnel ? RD : Ce qui manque, je dois être réaliste, on ne le trouvera jamais. Nous faisons beaucoup d'efforts au niveau des étudiants, du secteur privé, des associations et autres, mais pour que se fasse le vrai percé, il faudrait qu'il y ait une politique culturelle gouvernementale. Vous vous imaginez, si le gouvernement haitien avait décidé, sur une base régulière pendant une année, de présenter tous les mois une activité culturelle que ce soit au niveau de la danse, de la peinture ou de la musique dans l'une des grandes villes de la République dominicaine où il entrerait dans les universités, ce qui se produirait. Une pareille organisation demande d'abord une certaine collaboration entre les Etats, ce qui ne peut être établie que par l'Etat haitien par le biais de sa représentation diplomatique en République dominicaine et ensuite un support financier. Si Haiti arrive à s'imposer culturellement en république voisine, l'Haitien y sera vu différemment, mais cela exige une vision d'Etat que malheureusement nous n'avons pas.


HPN : Vous, personnellement, allez continuer à supporter ce mouvement comme vous le faites avec la National Promotion Association (NPA) ? RD : Sans aucun doute, dans la mesure de mon possible. Je dois aussi vous dire que j'ai reçu un projet de la part d'une autre association d'étudiants haitiens en République dominicaine. Ils m'ont proposé un scénario qu'ils ont eux-mêmes écrit sur leur vie d'étudiants pour le réaliser et le co-produire. Je dis co-produire parce que je sais qu'ils n'ont pas d'assez d'argent pour financer un film et j'estime qu'il s'agit d'un sujet intéressant et inexploité jusqu'à date, d'où la raison de ma collaboration.


Propos recueillis par Léopold Ciné En République dominicaine

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