HAITIEN UN JOUR HAITIEN TOUJOURS

Post Reply
User avatar
Guysanto
Site Admin
Posts: 1289
Joined: Fri Mar 07, 2003 6:32 pm

HAITIEN UN JOUR HAITIEN TOUJOURS

Post by Guysanto » Wed Nov 14, 2007 11:38 am

HAITIEN UN JOUR
HAITIEN TOUJOURS
par Gérard Bissainthe

Plusieurs de mes compatriotes affirment que la question de la double nationalité est un "faux problème". Néanmoins, au lieu de considérer qu'en tant que faux problème il faut l'ignorer, ils tombent dans la contradiction de le poser quand même, ce qui les conduit inévitablement à proposer des solutions incomplètes. La Diaspora ne pourra pas se contenter, par exemple, d'avoir, comme on l'a écrit récemment, "UN représentant au Sénat", ce qui serait vu comme une sorte de faveur qu'on lui fait. Il faut, et c'est la politique des pays ouverts et réalistes, tout un système de représentations qui permette aux nationaux vivant à l'étranger de participer pleinement et activement, où qu'ils soient, à la vie de la nation. Je joins en note, comme un exemple entre plusieurs et dont nous pourrons nous inspirer, l'adresse d'un site éclairant sur le vote des Français de l'Etranger (1).

Un faux problème est un problème qu'il ne faut pas poser. Car dès qu'on le pose, on s'enferre. Pour le pays intérieur, il ne doit pas exister d'Haitiens binationaux ; un point c'est tout. Il faut qu'il soit entendu que tout Haitien en Haiti n'a qu'une seule nationalité, la nationalité haitienne.

Les internautes haitiens se rappellent, sans doute, que j'avais été invité à prononcer le discours inaugural d'une grande rencontre de la Diaspora qui devait avoir lieu (et qui finalement eut lieu, d'ailleurs) devant le Président Préval, des représentants de notre fonction publique et le corps diplomatique. J'avais accepté. Mais le Président Préval de passage à Paris crut bon de déclarer qu'il ne pouvait rien faire sur la question de la double nationalité et que les Haitiens dits binationaux étaient des étrangers. J'aime être logique. Si ces binationaux sont pour lui des Etrangers, ils ne relèvent donc pas de sa juridiction. Et tout s'arrête là. Il aurait pu et aurait dû dire: « Écoutez, je suis le Président de TOUS les Haitiens. Dès que quelqu'un devant moi a pu ou peut faire la preuve qu'il est haitien, je suis son Président. Maintenant, si par ailleurs il est américain, français ou esquimau, c'est lui qui le sait et c'est son problème, pas le mien. D'ailleurs comment par les temps qui courent savoir qui a ou non une nationalité étrangère? "Quand les maringouins volent, qui peut savoir qui est mâle et qui est femelle ? " Je ne peux même pas vous garantir que parmi mes Ministres et mes collaborateurs il n'y ait pas de "binationaux". Je n'ai pas les moyens d'installer à nos services d'immigration et dans les consulats haitiens des dispositifs sophistiqués de détection de nationalité étrangère. Il s'agit d'un faux problème et comme tout faux problème, il ne faut pas le poser. Dès qu'on le pose, on s'enferre et on s'enferme dans un cul-de-sac. Mesdames et messieurs, ouvrons les fenêtres! Plus de lumière ! »

Ce ne fut pas son langage. Quel aurait pu être alors le sens de mon discours inaugural, parlant au nom de TOUS les Haitiens de la Diaspora, devant un Président pour qui les Haitiens dits binationaux ne sont ni plus ni moins que des étrangers? Devais-je implorer sa clémence pour les Binationaux et lui dire: "Tanpri souplé, fè pa yo. Ba yo yon ti moceau nationalité haitienne." Non, la question me paraissait plus simple: "S'ils sont des étrangers, Monsieur le Président, ils ne relèvent pas de votre juridiction. Et j'ai le regret de vous faire savoir, parlant en leur nom, qu'aussi longtemps qu'ils seront pour vous des étrangers, si je dois parler en leur nom, nous n'avons rien à nous dire. Et le dialogue, sans même avoir commencé, est clos." Je n'allais tout de même pas me rendre à Port-au-Prince pour dire cela au Président Préval. Je dus donc décliner l'invitation de ce groupe de patriotes et d'amis. Et je n'ai pas fait le déplacement. J'estime jusqu'à aujourd'hui qu'ils ont eu tort d'aller parler au Président Préval, sans avoir au préalable obtenu de lui qu'il considère les "Binationaux" comme des Haitiens à part entière. Personnellement je ne veux toujours pas pour un Haitien, quel qu'il soit, dès qu'il est prouvé qu'il est haitien, une petit place à l'arrière de l'autobus. Il doit être assis dans l'autobus. C'est à prendre ou à laisser. FREEDOM NOW!

Et lorsque le Président du Sénat, M. Lambert, se retrouvera bientôt, le 16 de ce mois, devant un aréopage d'Haitiens de la Diaspora, j'estime qu'à moins d'être des soussous et des sans-manman, la première question que les Binationaux devront lui poser est: "Pour vous, Monsieur le Président du Sénat, les Haitiens qui ont une seconde nationalité sont-ils des Haitiens à part entière ou bien des étrangers?" S'il répond: "Ils sont des étrangers", j'estime qu'alors tous les Haitiens binationaux présents dans cette salle et tous les autres haitiens même non binationaux présents dans cette salle, par solidarité avec les Binationaux, devront ou lui demander de quitter la salle, ou eux-mêmes comme un seul homme devront quitter la salle. There is no freedom of tomorrow, messieurs dames. It's NOW OR NEVER. Si vous acceptez aujourd'hui qu'on vous considère comme des gaçon-la-cou, demain encore on vous considérera comme des gaçon-la-cou et vous serez toujours des gaçon-la-cou.

Ne nous contentons pas de demi-mesures.

D'autant plus qu'il y a urgence. Il y a péril en la demeure. On est en train, comme je l'ai écrit, de nous néantiser, de nous évacuer dans l'évier de la planète. Et comment voulez-vous qu'on ne néantise pas un pays dont 83% des cadres sont rejetés dans les ténèbres extérieures? Sont, de facto, tenus hors d'une maison dont ils paient au moins la moitié de la maintenance? Car c'est aujourd'hui, NOW, qu'on nous met, qu'on nous remet sur le dos le sida de la planète. C'est aujourd'hui, NOW que notre pays est occupé par une bande de minus d'une Minustah dont les membres n'arrivent pas à la cheville de nos cadres intellectuels et professionnels. C'est donc aujourd'hui, NOW, que tous les Haitiens de naissance doivent se retrouver sans distinction, prêts à servir leur nation, comme des citoyens à part entière, où qu'ils soient.

CONCLUSION

Si le Gouvernement ne veut pas aujourd'hui, NOW, organiser la Diaspora, de la manière dont je voulais l'organiser déjà en 1989 (dix-huit ans de perdus!), c'est à dire la structurer comme non pas comme un dixième "Département" (un mot qui n'exprime pas la complexité de notre Diaspora) , mais plutôt comme une sorte de "volet extérieur parallèle et complémentaire de la République d'Haiti une et indivisible", si le Gouvernement ne veut pas le faire, c'est à la Diaspora de prendre l'initiative de le faire. Car aussi longtemps que la Diaspora ne sera pas organisée, ce qui suppose une structuration pyramidale analogue à celle qui existe dans le pays intérieur, elle n'aura pas les moyens de tirer profit de ses immenses ressources intellectuelles et matérielles et de les faire fructifier.

Si les Haitiens binationaux sont des étrangers, ils ne peuvent pas participer à la vie de la nation. Aujourd'hui rejetés, exclus, ils sont acculés pour exister et pour agir à s'organiser eux-mêmes, de manière non point hostile, mais simplement indépendante du Gouvernement intérieur, jusqu'à ce que soit détruit le mur du mépris et de la honte qu'on a élevé pour les exclure et les excommunier. Refusant d'être des gaçon-la-cou ou même des chiens, la Diaspora doit marronner et fonder ce qui sera perçu comme une République de Marrons. L'Histoire nous montre que c'est souvent la voie incontournable de la Liberté.

J'entends: "Sommes-nous vraiment obligés d'en arriver là?"

Vous connaissez, vous, un autre moyen d'inclure les 83% des cadres de notre république qui errent aujourd'hui hors des murs de notre Cité? Vous le connaissez ce moyen? Alors faites vite. Car pour le moment ce sont les vrais Etrangers de la Minustah qui tentent d'apporter leur camelote à un pays privé, vidé des apports multiples d'un trop grand nombre, et des meilleurs, de ses enfants naturels. Aussi longtemps qu'une Michaëlle Jean pourra être Gouverneure de cette grande, fière et prestigieuse nation qu'est le Canada et qu'elle ne pourrait même pas briguer ou occuper officiellement le moindre poste éminent de notre nation maintenant même dans la merde et qui fait la fine bouche, aussi longtemps que nous serons obligés de subir ce genre d'absurdité transcendantale, je pense qu'être occupés par les minus de la Minustah, c'est encore nous faire beaucoup d'honneur, trop d'honneur. Quelques balayeurs des rues suffiraient largement. Et ce serait tellement moins coûteux.

Le Président du Sénat, M. Lambert, qui officiellement veut considérer un Binational comme un étranger, doit venir bientôt rendre visite à la Diaspora. J'attends de voir l'accueil que vont lui réserver ces "étrangers". Ce sera un test révélateur. Evidemment il sera capable de leur dire sur cette question brûlante: "Ne vous tracassez pas, mes petits enfants, j'y travaille! j'y travaille!". Ça fait vingt ans qu'on y travaille. Les promesses ont toujours rendu les fous heureux.

Pourquoi être pressé? Il n'y a que dans les bidonvilles qu'on meurt de faim.

Gérard Bissainthe
14 novembre 2007

(1) http://www.interieur.gouv.fr/sections/a ... s-etranger

User avatar
Guysanto
Site Admin
Posts: 1289
Joined: Fri Mar 07, 2003 6:32 pm

Post by Guysanto » Wed Nov 14, 2007 12:17 pm

Gérard Bissainthe fait le point et le fait énergiquement. Il serait bon d'en discuter mais je n'espère plus rien de ce forum. Cependant je dois signaler que quelques soient les vertus de ses arguments, je trouve fâcheux que Gérard Bissainthe choisisse de terminer ainsi: "Pourquoi être pressé? Il n'y a que dans les bidonvilles qu'on meurt de faim." Qu'il le dise d'un ton de satire ou de sarcasme, je trouve l'expression mal à propos.

Soit dit, un dialogue devrait être entamé entre les partis concernés. Ce qui veut dire au juste tous les haitiens, ceux d'un jour, ceux de toujours.

Serge
Posts: 323
Joined: Mon Jan 01, 2007 10:39 am

Post by Serge » Wed Nov 14, 2007 11:43 pm

Guy,

Comme tu dis, le Professeur Bissainthe fait le point énergiquement. Cependant, à mon humble avis, il n'y a pas de "faux problème" dans ce cas-là. mais plutôt un problème mal posé. C'est ce que fait le Professeur Bissainthe: avec tout le respect que je lui dois, il pose mal le problème.

Laisse-moi tout d'abord bien préciser que je suis entièrement en faveur d'un amendement (de plusieurs amendements) à la Constitution pour que, entre autres, la double nationalité soit acceptée par Haiti, dans la mesure où cette intitiative est soigneusement étudiée par les experts compétents, que les accords sont signés par les deux gouvernements et que tous les éléments intervenant dans cette question sont examinées sur les plans juridique, économique, fiscal etc. En effet, il y a beaucoup d'aspects à prendre en compte et il ne s'agit pas seulement pour le Parlement d'amender la Constitution, et puis le tour est joué.

Donc je disais que le Professeur Bissainthe a mal posé le problème. Ou bien il choisit sciemment d'éviter de poser le problème correctement. Tout d'abord, qu'on le veuille ou non, la situation se pose ainsi aujourd'hui parce qu'il y a une Constitution, sur laquelle repose le fonctionnement du pays. Nous ne sommes pas dans la jungle. Qu'on le veuille ou non, si l'on veut changer les choses de manière logique, méthodique, il faut commencer par le commencement. La Constitution doit être amendée. J'estime qu'il ne serait pas sage qu'elle soit manu militari modifiée de manière anarchique. Or c'est ce que certains préconisent, y compris le Président Préval. Ils veulent, sous prétexte d'assouplir la Constitution, la violer (en y introduisant des amendements de manière arbitraire) pour la faire mieux fonctionner. Pour moi, la contradiction est flagrante. Il est un fait que plusieurs articles de la Constitution méritent d'être modifiés, je n'en disconviens pas du tout. Mon problème réside dans la procédure que veulent suivre certains pour le faire. À mon avis, nous n'avons pas le choix, il faut suivre la procédure tracée par la Constitution. De même, je suis absolument opposé à la rédaction d'une nouvelle Constitution, pour la simple raison que nous autres Haitiens, pensons toujours qu'il faut réinventer la roue. Non ! Il nous faut sortir de cet engrenage, à savoir qu'il faut tout détruire pour recommencer à zéro. Surtout que cette Constitution n'a jamais été respectée dans son entièreté! Au contraire, elle a été et continue d'être continuellement violée. Si elle n'a jamais été intégralement appliquée, quelle garantie avons-nous qu'une Constitution flambant neuve le serait?

Alors que faire? Pour revenir à la diatribe du Professeur Bissainthe, il faudrait qu'il commence d'abord par reconnaître la réalité de cette Constitution. Je me rappelle toujours cet article publié il y a plusieurs semaines dans Haiti en Marche, sous la plume de Marcus Garcia: la Dispora pêche par son manque d'organisation! Ah combien vraie cette assertion! Voilà par où le Professeur Bissainthe devrait commencer. Il ne revient pas au Gouvernement d'organiser la diaspora haitienne. Loin de là! C'est à la diaspora haitienne de s'organiser d'abord et ensuite de s'imposer au Gouvernement haitien. Tant que nous n'aurons pas atteint ce niveau, le Gouvernement ne nous prendra pas suffisamment au sérieux. Nombres d'Haitiens excellent à l'extérieur sur le plan individuel, mais collectivement, le dossier est très, très maigre. Il faudrait s'organiser d'abord avant de se focaliser sur la question de la double nationalité, si importante soit-elle. C'est que, à moins que nous ayons des moyens solides de pression, nous n'aboutirons pas de sitôt.

Pour un certain nombre d'Haitiens, Aristide a été et est celui par qui le malheur arrive. On dirait que l'histoire d'Haiti a commencé avec Aristide et que tous les problèmes ont commencé avec lui. Et c'est pourquoi on oublie cette loi qu'il avait fait voter autorisant les Haitiens, naturalisés ou non, à prendre une part active à la vie du pays en attendant l'amendement de la Constitution. C'était un bon compromis à court terme. Il s'agirait maintenant de reprendre cette loi, de la peaufiner, de la renforcer, d'ajouter d'autres éléments selon le besoin et s'organiser en attendant que l'amendement de la Constitution vienne régulariser tout cela. Mais non!. Tout ce qui a rapport avec Aristide est à rejeter!. Grossière erreur!

Donc je ne partage pas du tout l'approche du Prof. Bissainthe au sujet de la nécessité pour le Gouvernement d'organiser la diaspora. Les "vrais étrangers", comme le dit le Prof. Bissainthe, agissent ainsi en Haiti d'une part parce que nous avons développé cette mentalité d'assistés, et d'autre part parce que ces vrais étrangers ne ressentent pas de pressions de la diaspora haitienne à l'extérieur. Cette disapora ne peut même pas voter comme un bloc, forcer un candidat à tenir compte de son vote pour accéder à un poste électif. Alors! L'initiative aurait dû et doit venir de la Diaspora elle-même. Ce sera toujours le cas. Nous n'avons qu'à prendre à témoins les communautés cubaine, juive, coréenne, italienne etc.

Oui, à mon avis, le Professeur Bissainthe pose mal le problème.


Serge

Post Reply