Chambre des députés/Interpellation- Daniel Elie éjecté du gouvernement

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Frantz
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Chambre des députés/Interpellation- Daniel Elie éjecté du gouvernement

Post by Frantz » Wed Aug 01, 2007 5:55 am

Chambre des députés/Interpellation

http://www.lenouvelliste.com/article.ph ... 2007-07-31

Daniel Elie éjecté du gouvernement

Népotisme, clientélisme, immobilisme, abus de pouvoir..., tels sont entre autres, les chefs d'accusation retenus contre Daniel Elie. Le ministre de la Culture et de la Communication n'a pas réussi son examen oral à l'hémicycle du Parlement.

Seulement cinq députés ont tenté désespérément de sauver le fauteuil de Daniel Elie, le ministre de la Culture et de la Communication accusé « d'interpréter la loi des finances selon sa vision personnelle ». 68 voix pour, 5 contre, les députés ont infligé une motion de censure à l'architecte qui a la triste particularité d'être le deuxième ministre renvoyé par le Parlement depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de 1987. Avant lui, Leslie Gauthier, ex-ministre du Commerce et de l'Industrie sous l'administration Aristide/Neptune, avait subi le même sort.

Ses yeux cachés derrière des lunettes noires, Daniel Elie ne paraissait guère inquiété à son entrée à la Chambre des députés. Escorté de quelques membres de son cabinet, il se mettait de toute oreille à l'écoute du député Faustin Poly, qui présentait les dix chefs d'accusations retenus contre lui. « Le ministre a dépensé de façon opaque les fonds alloués au carnaval 2007. En plus, il a refusé de fournir le moindre détail aux parlementaires qui ont pourtant l'obligation de contrôler les actions du gouvernement », s'offusque le parlementaire sous un tonnerre d'applaudissements des censeurs de Daniel Elie.

« Le ministre a également pris sur lui-même de dépenser quelque 30 millions de gourdes pour la fête du drapeau en dehors du budget », a poursuivi Faustin Poly dans son violent réquisitoire qui a occasionné des remous au sein de l'assemblée. C'est là encore, dit-il, une légèreté qui confine au détournement de fonds et à l'arbitraire. Le porte-parole des contestataires du ministre s'insurge, entre autres, contre la présence de Magali Comeau Denis, l'ex-ministre de la Culture du gouvernement de transition dans le cabinet particulier de Daniel Elie. « Quelles accointances ou complicités peuvent expliquer cette embauche ou cette promiscuité pour le moins insolite », se demande avec angoisse le parlementaire. Son violent réquisitoire a mis en lumière ce qu'il appelle le népotisme, le clientélisme, l'immobilisme et les abus de pouvoir du ministre Elie.

D'un ton calme, Daniel Elie a pris tout son temps pour expliquer le rôle et la fonction du ministère qu'il dirige depuis plus d'un an. Il a aussi dressé un bilan exhaustif de toutes ses réalisations avant de répliquer aux assertions des parlementaires. « Le pays souffre d'une carence de cadres. Magali Comeau Denis est un ancien ministre, un cadre de haut niveau qui s'est montré utile », s'est défendu le ministre Daniel Elie, sans pour autant convaincre ses opposants chauffés à blanc.

« Je suis triste et content. On n'a pas toujours de quorum à la Chambre des députés pour voter des lois en faveur de la population, mais il y en a pour renvoyer un ministre », a lâché Louis Joseph Joël, l'une des rares voix favorables à Daniel Elie. Le représentant de Savanette au Parlement a sans doute fait allusion au calvaire du bureau de la Chambre basse pour tenir régulièrement séance. Quand les parlementaires ne sont pas engagés dans l'organisation de fêtes patronales dans leurs circonscriptions respectives, ils font carrément l'école buissonnière. Pour l'une des rares fois, 87 députés ont participé à une assemblée plénière.

« Ma tristesse est sans borne. J'ai toujours rêvé d'une législature à l'avant-garde du changement, a, pour sa part, déclaré le député Frantz Robert Mondé, qui s'est montré solidaire du ministre congédié. Boire le calice jusqu'à la lie. Courage Daniel ! », dit-il, d'un ton désespéré.

Le verdict prononcé, Daniel Elie se retire sans rien piper.

------------------------------------------------------------------------------------- Vie parlementaire



L'acte qui fait tomber Daniel Elie

Pour l'histoire, nous publions l'acte qui fait tomber le ministre de la Culture et de la Communication, Daniel Elie.


"L'interpellation du ministre de la Culture ne répond pas à une saute d'humeur de la Chambre des députés, une chambre composée de députés qui portent en eux un sens élevé du bien public et de l'intérêt général. Elle participe d'une démarche qui s'inscrit en droite ligne dans la mission fondamentale du Parlement de contrôler l'Exécutif et d'aider celui-ci à apporter des réponses satisfaisantes aux besoins du peuple. Elle repose sur un argumentaire exhaustif dont les diverses facettes vont vous être dévoilées sans aucune retenue ni réticence, parce que nous devons au peuple et à l'opinion publique la vérité, cette vérité qui affranchit, comme on dit si souvent."

«L'argument porte sur environ une dizaine de points fondamentaux qui suggèrent des questions à l'adresse d'un ministre ratifié sur la base d'une déclaration de politique générale, laquelle a été trahie dans son essence et dans son application au niveau de ce Ministère. En attendant des questions précises qui seront posées par plusieurs députés, je livre en grandes hachures les traits fondamentaux de l'argumentaire pour l'édification de la Chambre et de l'opinion publique en général.»

1.- Une visite du Ministre à la Citadelle a laissé au sein des populations avoisinantes des frustrations inassouvies : 169 chevaux, requis par le ministre pour le transport de ses invités à la citadelle, n'ont reçu à ce jour aucun paiement. Les propriétaires de ces bêtes de somme sont encore au désespoir de toucher leur dû. Des maillots frappés en slogan équivoque : « Un monde à partager » ont traumatisé inutilement le sens de la solidarité paysanne et laissé dans la zone le goût amer d'une division annoncée.

2. Le budget de 80.000.000 de gourdes, alloué au carnaval 2007 et renfloué par la générosité de maintes institutions privées et mixtes, a été dépensé de façon opaque. La Chambre des députés, malgré ses rappels insistants, n'a pas reçu de rapport détaillé, mais seulement une synthèse qui affiche une balance zéro et ceci de façon abrupte, sans explication ni justification intermédiaires. En refusant d'envoyer le rapport à la Chambre, le ministre minimise et annule la mission de contrôle dévolue au Parlement haitien, en violation des articles 118, 129.2 etc. de la Constitution. C'est un véritable scandale, la négation absolue de toute probité administrative. De plus, le ministre a pris sur lui de façon arbitraire et abusive de ne retenir que 2 villes pour la célébration de cette fête pan-nationale. Qui l'a autorisé à contourner les lois de la République et à rejeter le choix du peuple et des dirigeants en faveur de la déconcentration et de la décentralisation ? se dit-il comme Louis XIV : «l'Etat c'est moi » ? Est-on revenu au temps des monarques de droit civil qui décidaient de tout au mépris de la volonté des peuples représentés par les Parlementaires ?

3. Le Ministre a également pris sur lui-même de dépenser environ 30.000.000 de gourdes pour la fête du Drapeau, une enveloppe qui par erreur n'a pas été prévue au budget de la République. Les Députés sont les premiers à déplorer et condamner cette omission catastrophique, vu que la Fête du Drapeau constitue un devoir de mémoire et une référence fondamentale pour l'enseignement du civisme dans le pays. Nul Haitien digne de ce nom ne peut se refuser à accorder à cette commémoration le faste approprié ou les sommes requises. Mais cela n'autorise pas un ministre à dépenser un argent non prévu au budget de la République. C'est là encore une légèreté qui confine au détournement de fonds et à l'arbitraire.


4. L'enveloppe de 5.000.000 de gourdes prévue pour chaque département pour les festivités artistiques et culturelles échoue dans les mains d'inconnus par la volonté souveraine du ministre, à l'exclusion des maires et des autorités locales. En témoigne le cas irritant de Fonds-des-Nègres où un simple particulier, sans titre ni qualité, aurait reçu du Ministère des fonds importants pour des raisons totalement ignorées des autorités locales légitimes. Encore une légèreté qui s'assimile au détournement de fonds et soutient un clientélisme qui frise la corruption. Certaines pratiques de ce Ministère sont enrobées d'une épaisse opacité qui nous empêche de suivre les voies qu'empruntent les ristournes probables.

5. Cette même remarque concerne l'engagement presque ténébreux de groupes musicaux à travers le pays. A de rares exceptions près, il n'est laissé à nulle Communauté la latitude d'utiliser pour ses fêtes les groupes locaux. Des jazz venus d'ailleurs sont parachutés dans ces localités, bousculant les valeurs du terroir et ramenant vers d'autres rives des sommes qui auraient pu et dû rester sur place.

6. Nous n'insisterons pas sur la présence au Cabinet du ministre actuel de Madame Magalie Comeau Denis, une ex-ministre de la Culture sous l'administration de laquelle a été vendu ou bradé le matériel de la TNH. On se demande avec raison et angoisse quelles accointances ou complicités peuvent expliquer cette ambauche ou cette promiscuité pour le moins insolite. Une tolérance, une couverture pour l'impunité, qui semblent en tout cas accorder un satisfecit immérité et soulèvent par conséquent bien des suspicions.

7. On évoquera, sans trop insister, l'état lamentable du Théâtre National dirigé par un beau-frère du ministre dans la pratique d'un népotisme anachronique et malsain (Un autre beau-frère du ministre est chef de son cabinet). Gestion zéro, espace zéro, tous les costumes des acteurs ont disparu des placards de l'institution. Désolation - démission : la descente aux enfers, la déchéance pour cette institution qui avait fait à un moment donné la gloire de la culture haitienne.

8. Ce même état de délabrement frappe l'ENARTS, un foyer de pépinières d'artistes, de peintres, de sculpteurs etc. appelés à assurer l'épanouissement du patrimoine culturel haitien. A croire que de ce côté-là le ministre pratique un nihilisme incompatible avec l'impératif de redorer l'image de ce pays et le blason de nos écoles supérieures et de nos institutions.

9. Ce Ministre ne rate aucune occasion de mettre en exergue sa mission fondamentale de faire la promotion des troupes théâtrales à travers le pays. Qu'en est-il à ce jour ? Bilan zéro. Encore du nihilisme.

Conclusion

Ce Ministère porte toutes les tares et verrues de l'incurie administrative, savoir : le clientélisme, le népotisme, l'immobilisme jusqu'au nihilisme, l'arbitraire, l'abus de pouvoir, une opacité qui cache fort mal un glissement vers les abîmes maudits de la corruption.

La République a besoin d'administrateurs plus respectueux des règles, et le peuple de dirigeants plus proches de ses intérêts. Il incombe à nous, Parlementaires, co-détenteurs de la souveraineté populaire, de veiller à la bonne tenue de nos gestionnaires et de nos dirigeants, dans la conduite de la chose publique et dans la poursuite de l'intérêt collectif.

Par ces causes et motifs, les Députés de la 48e Législature ont pris la décision d'interpeller le ministre de la Culture, Monsieur Daniel Elie, en vue de quérir les informations nécessaires et de prendre les dispositions et décisions constitutionnelles qui s'imposent.

Port-au-Prince, le 31 juillet 2007.-

Frantz
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Prise de position du directeur général du Théâtre National

Post by Frantz » Sun Aug 05, 2007 7:01 am

Prise de position du directeur général du Théâtre National

Radio Kiskeya
NOTE DE PRESSE
samedi 4 août 2007

Je soussigné, Frantz Jacob, directeur général du Théâtre National d'Haiti, avise le public en général et la presse en particulier que je n'ai aucun lien de parenté avec le ministre de la culture et de la communication, M. Daniel Elie, contrairement au point 7 de l'argumentaire lu dans le cadre de l'interpellation à la Chambre des Députés, le mardi 31 juillet 2007.

Par ailleurs, ayant constaté, à mon arrivée à la direction générale du Théâtre Nationale d'Haiti, l'inexistence de costumes pour les acteurs et danseurs, je me suis attelé à la confection d'un ensemble de costumes, ce, afin de permettre aux artistes de se présenter convenablement sur scène.

Fait à Port-au-Prince, le 1er août 2007

Frantz Jacob

directeur général

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