"La maîtresse du président", un mauvais conte malien.

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Frantz
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"La maîtresse du président", un mauvais conte malien.

Post by Frantz » Wed Jun 27, 2007 3:46 am

Actualité | International
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"La maîtresse du président", un mauvais conte malien
THIERRY OBERLÉ.

Publié le 27 juin 2007Actualisé le 27 juin 2007 : 07h49

| Rubrique International- Un enseignant et un journaliste condamnés à la prison ferme pour offense au chef de l'État.

LA FABLE pourrait s'intituler La Maîtresse du président de la République, le Professeur et le Procureur. Elle raconte comment un enseignant et une brochette de journalistes se sont trouvés en fâcheuse posture pour avoir offensé un chef d'État africain pourtant réputé démocrate.

L'affaire commence dans une salle de cours de Bamako, quelque temps après la réélection triomphale du président Amadou Toumani Touré, dit ATT. Un professeur de lettres propose à ses élèves de seconde de disserter sur un texte de son cru. Bassirou Kassim Minta a imaginé l'histoire d'une étudiante, qu'il a appelée Dily, contrainte de monnayer ses charmes pour subvenir à ses besoins.

La « prostituée économique » est prise dans une de ses « escapades charnelles » dans les « griffes du président de la République jusqu'à ce que grossesse s'ensuive ». Le géniteur présumé tente sans succès de la contraindre d'avorter en la menaçant d'assassinat. Après son accouchement, Dily parvient à interrompre un Conseil des ministres pour plaider sa cause devant les membres du gouvernement. Le premier ministre se range à son avis. Dans sa grande sagesse, le président finit par reconnaître l'enfant et promet de demander la main de sa maîtresse.

Procès à huis clos
La classe doit résumer le sujet au quart de son volume réel et commenter sous forme de dissertation le comportement du personnage central, la jolie Dily. L'exercice de littérature se gâte avec l'entrée en scène de Seydina Oumar Diarra, un journaliste d'Info-Matin prévenu de l'originalité de l'exercice. Interrogé, l'enseignant croit bon d'expliquer qu'il a voulu traiter un fait de société et indique qu'il s'est « inspiré des réalités qui l'entourent » . « La valeur d'un sujet traité n'est pas seulement pédagogique et intellectuelle, elle doit s'étendre au volet moral et civique », précise-t-il.

Deux semaines après la publication de l'article, la gendarmerie arrête le professeur et le journaliste. L'affaire de « la maîtresse du président » s'emballe. Les responsables de quatre journaux d'opposition qui ont repris l'information ou évoqué les embastillements sont à leur tour inculpés. Une grève générale des journalistes est décrétée. Seul un quotidien pro-gouvernemental continue de paraître.

Le procès des accusés s'est déroulé hier dans un palais de justice cerné par les forces de police par crainte de débordements. Il s'est déroulé à huis clos en l'absence des avocats de la défense, qui ont dénoncé une « mascarade ». L'enseignant a été condamné à deux mois de prison ferme et s'est vu notifier une interdiction d'exercer son métier. Le journaliste auteur du scoop a écopé de treize jours d'emprisonnement.

Les quatre directeurs de journal ont été condamnés à des peines de prison avec sursis pour avoir évoqué les frasques extraconjugales d'un chef d'État. Imaginaire, ce dernier n'a pu réagir. Quant au vrai président Amadou Toumani Touré, il garde le silence et prépare le premier tour des élections législatives qui se déroulent dimanche à Bamako.

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