Du désert au grenier

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Guysanto
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Du désert au grenier

Post by Guysanto » Wed Apr 25, 2007 1:04 pm

Le Nouvelliste
10 Novembre 2006

Du désert au grenier


Il est à quelques kilomètres de Hinche, ce petit village qui, hier encore, n'attirait personne. C'était un désert. Aujourd'hui, toute la zone est devenue un grenier qui nourrit des milliers de personnes. Tout ça grâce à un homme décidé, le frère Armand Franklin, qui, en 34 ans, a littéralement fait fleurir le désert.

Microcrédit en espèces et même en nature pour les petites commerçantes, soins de santé gratuits aux paysans, éducation de qualité à coût abordable pour tous, reboisement de 200 hectares d'une terre érodée, creusage d'étangs artificiels pour l'irrigation et la pisciculture, il y a un peu de tout maintenant à Pandiassou, cette localité de Juanaria, la section communale la plus étendue du Plateau central.

Cela n'a pas toujours été le cas. Certes, du temps de la colonie, les Espagnols appelaient l'endroit «Pan y Asucar» qui signifie pain et sucre. L'expression est entrée dans la langue haitienne, transformée en Pandiassou.

Ce nom évoquant la prospérité et la douceur de vivre ne voulait plus rien dire dans les années 80. La zone était devenue presque inhabitée, dévastée par l'érosion et le désespoir de ses habitants. Les rares paysans qui s'accrochaient toujours au sol, raconte Armand Franklin - arrivé dans la région il y a 34 ans -, voyaient leurs fils et leurs filles l'abandonner pour les « bateys » de la République dominicaine.

Redevenu l'éden qu'il fut sans doute avant la conquête espagnole, Pandiassou ouvre à nouveau ses bras à tous ses enfants. Affaibli, Nacius y a trouvé refuge après avoir épuisé toute la vigueur de sa jeunesse dans les champs de canne à sucre dominicains. Aujourd'hui, il s'occupe joyeusement de son jardin et dit regretter avoir perdu son temps et son énergie en terre étrangère. « Cela fait dix ans que j'ai été rapatrié de Jabacao en République dominicaine. J'ai été bien accueilli par le frère Armand », dit-il l'air satisfait.

Plutôt discret, un sourire éternel accroché à ses lèvres, le frère Armand, comme tout le monde l'appelle ici, est avant tout un éducateur. L'oeuvre de bienfaisance de la congrégation catholique qu'il a fondée et qu'il dirige avec une assurance tranquille a jusqu'ici implanté plusieurs écoles primaires et secondaires dans la zone. Le taux d'analphabétisme y est en chute libre, car les jeunes filles comme les jeunes garçons peuvent enfin goûter au pain de l'instruction. Il y a même un autobus qui assure le ramassage scolaire !

On trouve aussi à Pandiassou un centre technique bien équipé où les jeunes, venus des localités avoisinantes et même de Hinche, peuvent s'initier aux métiers manuels et à l'artisanat : poterie, art floral, cuisine, céramique, etc. Les orphelins sont recueillis dans un centre d'accueil et 13 centres de nutrition distribuent chaque jour quelque 1 500 repas chauds aux enfants.

Le frère Armand a les deux pieds bien sur terre. Il a toute suite vu, en arrivant dans la zone, que le milieu avait besoin d'être reboisé. Il a donc retroussé ses manches et est parvenu, aidé par les paysans du coin, à
reboiser deux cents hectares de terre désolée.Tout cela au profit des habitants qu'il a en plus aidés à construire leurs propres maisons en béton.

Si Armand Franklin a les pieds sur terre, il les a aussi dans l'eau. Jusqu'ici, 75 étangs artificiels où frétillent carpes et tilapias ont été creusés sur les terres de la congrégation. Pas étonnant que l'état de santé général des paysans se soit amélioré, car les poissons sont maintenant disponibles en abondance. Mangeant mieux, ils travaillent mieux. Le frère Armand sourit lorsqu'il évoque la réplique de ce paysan qui s'étonnait de ce que les poissons nourris par ses soins avaient tellement grossi :'' Frè Armand, se pa tilapya ankò, se gwo lapya.''

Armand Franklin est particulièrement fier du système de microcrédit, en nature et en numéraire, qu'il a mis en place à l'intention des habitants. «On donne aux paysans de l'argent ou même des animaux pour qu'ils puissant entreprendre des activités commerciales », souligne le bienfaiteur qui prévoit aussi de développer un tourisme local dans la zone.

A Pandiassou, les soins de santé ne coûtent presque rien grâce au support technique et financier d'une organisation proche du Premier minister français, Dominique De Villepin, et de quelques missionnaires étrangers. Pour des poussières, le paysan a droit à une consultation médicale et à des médicaments. « Pour seulement cinq gourdes, un patient a droit à la consultation à notre clinique médicale et on lui donne gratuitement des médicaments », dit le frère Armand manifestement déterminé à ajouter encore au bonheur des habitants de Pandiassou. Il invite tous les gens de bonne volonté à se joindre à lui. « Donnez-moi dix hommes décidés, et nous rebâtissons la ville », déclare le religieux au grand coeur, fier de server son pays.

Jean Max St Fleur
tmaxner@yahoo.fr

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