La diplomatie de l'éthanol

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Guysanto
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La diplomatie de l'éthanol

Post by Guysanto » Wed Mar 21, 2007 10:36 am

Bush, Lula et Haiti
La diplomatie de l'éthanol

EDITORIAL

PORT-AU-PRINCE, 18 Mars - Bush et Lula lancent la diplomatie de l'éthanol. Le Brésil est le pays de l'Amérique du Sud où le président américain a eu la semaine dernière l'accueil le plus calme au milieu d'un périple marqué par les attaques habituelles de son homologue vénézuélien Hugo Chavez et des protestations contre l'indifférence d'une administration américaine totalement absorbée par son aventure en Irak ainsi que contre les déportations massives d'immigrants illégaux aux Etats-Unis.

George W. Bush et Lula da Silva ont conclu un accord pour propulser la fabrication des carburants Bio, dont l'éthanol, afin de faire équilibre à la suprématie du pétrole.

Entre parenthèses, le Venezuela du premier pourfendeur de M. Bush, Hugo Chavez, est le cinquième exportateur de pétrole du monde et le troisième fournisseur des Etats-Unis.

Selon l'accord Bush-Lula, le Brésil apporterait la technologie (la presque totalité des véhicules au Brésil utilisent à la fois indifféremment l'éthanol ou le pétrole).

Les Etats-Unis fourniraient des investissements mais surtout leur immense marché aux exportations d'éthanol du sud du continent.

Cependant l'accord prévoit aussi l'implication d'autres pays dans l'entreprise, dont Haiti.

L'éthanol est un dérivé de la distillation de la canne à sucre. Il est fabriqué à partir de la bagasse.

Une autre culture utilisée dans la fabrication du bio-diesel, c'est le ricin. Egalement une plante bien connue en Haiti. L'huile de ricin.



Le pétrole n'a plus pour très longtemps...

Selon les experts brésiliens, le règne du pétrole n'a plus pour très longtemps. Les réserves s'épuisent.

Les Etats-Unis y avaient déjà pensé. Mais leur éthanol (ou son propre parent, le méthanol), fabriqué à partir de la fermentation du blé, est de moins bonne qualité.

La France est déjà passée par là. L'année dernière, lors d'une visite à Brasilia, le président Jacques Chirac a annoncé que la France fera elle aussi appel à la technologie brésilienne dans ce domaine.

Que vient chercher Haiti là-dedans ?

On nous répondra pour lui donner une chance de développement. A la vérité, on parle d'une entreprise monstrueuse devant desservir le parc automobile du monde entier. Or tous les pays ne peuvent pas cultiver la canne qui est une plante tropicale. Il faut donc couvrir tout l'espace possible.

Rappelons que Haiti, depuis la colonie de Saint Domingue, est un producteur de canne à sucre par excellence.

Ironie du sort, les usines sucrières de la Hasco (plaine du Cul de Sac), au nord de la capitale ; de Léogane (également dans l'Ouest) ; de la plaine des Cayes-Torbeck (département du Sud) ont été quasiment abandonnées ces dernières décennies pour cause d'impossibilité de tenir la compétition avec le sucre importé.



Du boulot pour la petite paysannerie...

La nouvelle aventure viendrait ranimer les canneraies et donner du boulot à la petite paysannerie.

Mais pourquoi avoir attendu l'annonce du président Bush ?

En effet, le Brésil avait déjà tendu la perche au président René Préval lors de la tournée accomplie dans le sous-continent après son élection le 7 février 2006.

Au cours de visites dans des centres de recherches agricoles, M. Préval a eu connaissance des nombreuses possibilités d'Haiti (dans ces domaines un pays encore vierge) pour la production Bio, dont la fabrication de l'éthanol.

Mais il faut les investissements. Et de gros investissements.

Le capital haitien n'est pas suffisant. De plus il est très frileux. Evidemment il risque de s'en mordre les doigts. Comme c'est déjà le cas dans le téléphone cellulaire.

Les investissements viendront par conséquent des Etats-Unis. On annonce pour bientôt une visite à Port-au-Prince du président Bush. Mais aucune confirmation officielle à ce jour.



Haiti est aussi haitienne !...

Capitaux nord-américains. Technologie brésilienne. Main d'œuvre haitienne. Mais ce n'est pas tout, Haiti est aussi haitienne, si l'on ne se trompe.

Nous devinons par conséquent que si visite du président Bush il y a, c'est pour venir en discuter face à face (les yeux dans les yeux " tout manti kaba ") avec les officiels, le secteur privé et la société civile de notre pays, dont les syndicats et associations paysannes.

Car il existe un précédent. Et aussi une lourde hypothèque.

. D'abord l'offre de couvrir Haiti de plantations d'hévéa ou arbre à caoutchouc. En échange, on accorderait une sorte de monopole d'importation aux voitures Ford. Mais on se demande si à l'époque il existait plus de 4 voitures en Haiti. Probablement ce qui sera immortalisé chez nous sous le nom de Ford-4.



L'affaire de la SHADA...

. Non, l'exemple typique, c'est ce que la mémoire collective rapporte plutôt comme la mésaventure du sisal ou encore le scandale de la SHADA, du nom de l'entreprise internationale en question.

A la demande des Etats-Unis, Haiti se couvre d'un jour à l'autre de plantations de sisal. Monoculture du sisal. Cette plante (dont nous tirons tout bêtement la pite pour fabriquer des cordes) était lors à la base de la production de nombreux articles de consommation de masse dans les pays occidentaux.

Hélas, le synthétique un beau jour arrive et adieu veau, vache, cochons, couvée. La fibre synthétique chasse le sisal du marché. Ce dernier ne pousse plus aujourd'hui que dans les coins les reculés de la campagne haitienne, dans les savanes les plus désolées. C'est la triste fin d'un des plus mauvais coups qui aient été portés à la paysannerie haitienne. Et à l'agriculture, pour ne pas dire l'économie haitienne.

Et c'est la façon dont l'opération a été menée. On sortait à peine de l'occupation américaine du pays (1915-1934) pour entrer dans la seconde guerre mondiale (1939-1945) où les besoins en sisal se firent encore plus pressants.

Les autorités haitiennes furent mises pratiquement en demeure (peut-être bien aussi qu'elles ne se firent pas beaucoup prier) de réquisitionner le plus d'espace que possible afin de constituer d'immenses plantations livrées à la culture extensive du sisal. Dans un pays où c'est la mini-propriété (qui plus est, subdivisée à l'infini) qui est la règle, le pays fut, c'est le cas de dire, mis en coupe réglée.

Mais ce remue-ménage ne concernera pas seulement la terre. Le même sort frappa aussi la population, les habitants qui se précipitèrent d'un bout à l'autre du territoire pour participer au " miracle économique ". Le pays en sortit bouleversé, déchiré, écartelé pour longtemps. Et probablement nous en payons encore les conséquences.



Les temps ont bien changé !...

Mais lors nous vivons sous la dictature des régimes tantôt civilo-militaires, tantôt militaires tout court laissés par l'occupant de 1915.

Cependant les temps ont bien changé. Nos dirigeants sont élus aujourd'hui lors de consultations honnêtes et démocratiques. Ils savent mieux aussi leur mission. Entendez, la bonne gouvernance.

Quoique une armée étrangère se trouve aussi aujourd'hui dans nos murs, mais c'est dans le cadre d'une mission pacifique et non impérialiste, de " stabilisation " et non d'exploitation !

La visite du président Bush en Haiti est donc très attendue car pouvant déboucher sur un riche partenariat et riche à la fois pour les Etats-Unis, le Brésil et pour Haiti. Et par Haiti, nous n'entendons pas seulement la main d'œuvre paysanne abondante, même trop. Les cadres haitiens doivent être formés à la technologie nouvelle pour prendre la relève ; le capital privé haitien pour faire contrepoids à la percée étrangère ; le trésor public etc.

Bref on attend voir de quelle façon les grands promoteurs comptent cette fois s'y prendre. Car la mésaventure du sisal (l'affaire de la SHADA) est encore fraîche.

Mais qu'on se rassure, les temps entre-temps ont bien changé !



Editorial, Mélodie 103.3 FM, Port-au-Prince

jafrikayiti
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Ethanol auto emissions no greener than gasoline

Post by jafrikayiti » Fri Mar 30, 2007 10:35 pm

Ethanol auto emissions no greener than gasoline
Last Updated: Friday, March 30, 2007 | 8:18 PM CT
CBC News

An unpublished federal report appears to undermine the belief that commercially available ethanol-blended fuel produces cleaner emissions than regular gasoline.

Many Canadians believe filling up with ethanol-blended gasoline reduces the emission of greenhouse gases that damage the environment.

Advertising sponsored by the Canadian Renewable Fuels Association encourages the idea, telling Canadians renewable fuels are "good for the environment," and even some provincial governments, including Manitoba and Saskatchewan, say the fuel "burns cleaner" than gasoline.

The federal Conservative government committed $2 billion in incentives for ethanol, made from wheat and corn, and biodiesel in last week's budget.

But based on Ottawa's own research, critics say the investment is based more on myth than hard science.
'Not a lot of difference'

Scientists at Environment Canada studied four vehicles of recent makes, testing their emissions in a range for driving conditions and temperatures.
Continue Article

"Looking at tailpipe emissions, from a greenhouse gas perspective, there really isn't much difference between ethanol and gasoline," said Greg Rideout, head of Environment Canada's toxic emissions research.

"Our results seemed to indicate that with today's vehicles, there's not a lot of difference at the tailpipe with greenhouse gas emissions."

The study found no statistical difference between the greenhouse gas emissions of regular unleaded fuel and 10 per cent ethanol blended fuel.

Although the study found a reduction in carbon monoxide, a pollutant that forms smog, emissions of some other gases, such as hydrocarbons, actually increased under certain conditions.

Bill Rees, an ecology professor at the University of British Columbia and longtime opponent of ethanol, has read the report and thinks Canadians need to know its conclusions.

"I must say, I'm a little surprised at that, because it seems to fly in the face of current policy initiatives," he said.

"People are being conned into believing in a product and paying for it through their tax monies when there's no justifiable benefit and indeed many negative costs."
Other benefits: minister

Federal Environment Minister John Baird said he knows about the report, which was commissioned under the previous Liberal government. However, he said, he is looking at the big picture.

"I think there's an issue between the tailpipe and the whole cycle," he said. "The whole cycle is better than the tailpipe."

Other ethanol proponents agreed, saying tailpipe emissions are not the only statistic that matters.

Ethanol is made from a renewable resource, they noted, and — although there is much scientific debate on this point — they argue ethanol produces fewer greenhouse gases when the entire production cycle, from gathering to refinement to emissions, is taken into account.
-------------

Imagine what will happen if after devoting millions of hectares and expensive infrastructure to Ethanol fuel production, the market plunges head down.... las happened for hevea for rubber production.....what crumbs will Unce Sam throw our way.... ?

More and more President Fidel Castro's criticism of the Bush Ethanol plan is being supported by Science...

Please see:

Castro ends 8-month silence to slam US ethanol plans (2nd Roundup)

Mar 29, 2007, 19:59 GMT
http://news.monstersandcritics.com/amer ... nd_Roundup_

Havana - Ending eight months of silence, ailing Cuban President Fidel Castro published an article in Cuban state media Thursday criticizing US environmental policies, and in particular plans to boost the use of ethanol.

'The sinister idea of converting food into fuel has definitely been established as an economic lineament in US foreign policy,' the Cuban leader wrote, arguing that US President George W Bush's support for using crops to produce ethanol for automobiles in rich nations could deplete food stocks in developing countries.

The article published in the Cuban Communist Party daily Granma was the first attempt by Castro, 80, who is recovering from intestinal surgery, to comment on international issues since he was taken ill in July 2006 and handed over power to his younger brother Raul.

Fidel Castro has only been seen in half a dozen videos and several pictures since the surgery, the last ones published in March where he appeared with Colombian Nobel Laureate Gabriel Garcia Marquez.

'More than 3 billion people in the world condemned to premature death by hunger and thirst,' read the headline of Castro's article.

Castro's health has been treated as a state secret in Cuba, which has not revealed the exact cause of his illness. Over the past months, rumours of the imminent death of the Cuban leader have been strongly denied by the authorities. However, over the last few weeks the expectation of his return has increased, owing to several hints by Cuban and international officials.

A few weeks ago, Bolivian President Evo Morales announced the possibility of that Castro would appear publicly on April 28. This would mark the first anniversary of Bolivia's joining the Alternativa Bolivariana para las Americas (ALBA), the Cuban and Venezuelan alternative to the US-sponsored Free Trade Area of the Americas (FTAA).

Cuba has not yet confirmed Castro's appearance. The island is entering its ninth month without its socialist leader of almost half a century.

In the article, Castro warned that the plans to convert products like corn, sugar cane or soy into ethanol for use as fuel additives could cause serious ecological damage and would adversely affect the third world population.

Castro referred to a meeting Bush had Monday with leading US automotive groups, in which he urged them to double the number of vehicles fuelled by alternative combustibles such as ethanol, in an attempt to combat climate change and US dependence on oil.

'I think that reducing and recycling all the electricity and combustible consuming motors is an elemental and urgent necessity for all humanity. The tragedy does not consist in reducing the costs of energy, but in the idea of converting food into combustibles,' Castro said in the article.

Bush strongly promoted the production and use of biofuels in Latin American countries in a regional tour earlier this month, with Brazilian President Luiz Inacio Lula da Silva as his main ally. The US and Brazil together produce around 72 per cent of the world's ethanol.

Brazilian Foreign Minister Celso Amorim said he 'respects' the Cuban leader but defended the position of Lula's leftist government.

'I think everyone is free to express their opinion. But I do not think that was meant against the Brazilian government or Brazil. Our opinion on ethanol is that ethanol's success has been proved in practice,' he said.

Amorim pointed out that Brazil produces ethanol from sugar cane, while the United States uses less energy-efficient corn.

'Brazil is today looked at as almost an object of pilgrimage, or a Mecca - to use two different religious examples - by all developed or developing countries, who come to seek in ethanol and (other) biofuels a way out of energy problems, not to remain totally dependent on oil. Everyone knows that oil is going to run out,' the minister said.

According to the Cuban leader, even if the US dedicated its entire corn production to the production of ethanol, there still would not be enough ethanol for its fuel needs.

'If you apply this recipe in Third World countries, you'll see how many people of the hungry masses of our planet will stop eating corn. Or even worse: finance poor countries to produce ethanol from corn and there won't even be one tree to defend humanity of the climate change,' Castro wrote.

The Cuban president said instead of these policies, countries should concentrate on other ways of saving energy, as Cuba does.

'All the countries in the world, poor and rich, could save millions and millions of dollars just by changing all incandescent light bulbs into fluorescent ones, something Cuba has been doing in all homes. That would give climate change a break without starving the poor masses of the world,' said Castro, who in the past few years has made ecology one of his major interests.

Jgpalmis
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Post by Jgpalmis » Sun Apr 01, 2007 8:16 am

Pour lire la version française de la réflexion du président cubain, le commandant Fidel Castro, sur les effets néfastes de l'éthanol, cliquez sur ce lien

http://www.granma.cu/frances/2007/marzo ... nes-f.html

Bonne lecture.

Palmis

Jgpalmis
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Biocarburants et planification énergétique

Post by Jgpalmis » Wed Apr 04, 2007 11:45 am

http://www.alterpresse.org/imprimer.php ... ticle=5850

[quote]4 avril 2007

Par Marc Antoine Archer [1]

Soumis à AlterPresse le 19 mars 2007

« Un avenir, cela se façonne, un avenir, cela se veut. » Raymond Barre

La république d'Haiti vient d'être choisie, au même titre que 7 autres pays (le Pérou, la Colombie, le Honduras, le Guatemala, le Salvador, St. Kits & Nevis, la République Dominicaine), pour la production d'éthanol.

Voilà ce que rapporte la presse, en grands titres. Tout le monde en parle. Cela constitue, d'après les médias, le principal enjeu de la tournée américaine du président des Etats-Unis, Georges W. Bush.

On lit encore dans la presse, que « l'Administration Bush cherche à garantir la sécurité énergétique des Etats-Unis d'Amérique au cours des prochaines années et à réduire la dépendance du pays vis-à-vis du Venezuela de Hugo Chavez, l'un des principaux fournisseurs de produits pétroliers. »

Et, Hugo Chavez, lui, il visite Haiti. On lit toujours dans la presse, que le Président Lula, du Brésil, cherchera à convaincre son homologue, des Etats-Unis d'Amérique, de consacrer des ressources financières à la stimulation de la production de la canne à sucre en Afrique et en Haiti.

Et, on vient d'annoncer l'imminence d'un voyage du Président des Etats-Unis … en Haiti.

Puisque les analystes politiques et économiques ont trouvé matière à discussion et ont publié un certain nombre d'articles sur les nouvelles configurations politiques dans la zone (axe Chávez-Castro-Préval-Morales-Noriega ; tridem Lula-Bush-Kirchner ; autres options possibles et imaginables), je préfère donc me centrer sur les stratégies possibles, en Haiti, afin d'éviter le collapsus énergétique du pays, l'implosion du système énergétique.

Pour mieux faire comprendre la situation, j'ai élaboré une boucle de feed-back, de réalimentation, facilitant la vision du collapsus auquel le pays semble condamner si rien n'est fait :

Cela veut donc dire, qu'il est absolument nécessaire de planifier, en utilisant de façon optimale toutes les ressources disponibles afin de satisfaire tous les besoins énergétiques de la société haitienne, de façon durable (dans le temps et dans la forme), indépendamment de la conjoncture politique de la zone.

Voilà ce qui devrait nous préoccuper, à mon humble avis. En ce sens, et pour forcer une figure de style, ni l'accord Petrocaribe ne peut permettre à Haiti de subvenir à ses besoins énergétiques (cela ne serait pas à conseiller non plus), ni la production massive d'éthanol n'est la panacée.

Donc, ni amour éternel à Chavez, ni amour aveugle à Bush, la seule façon d'éviter de « se sentir coincé entre le pétrole et l'éthanol ». À mon avis, trop de prétendants pour une fiancée sans dot.

Essayons d'analyser la situation dans tous ses aspects, sous toutes ses nuances.

Commençons donc par la proposition faite d'inclure Haiti et sept autres pays dans la production massive d'éthanol.

Je vous propose une liste de questions qu'un certain sens de rigueur nous obligerait à nous poser.

Qu'ont-ils en commun les pays choisis ? Le problème énergétique de ces pays est-il identique ? Y a-t-il des affinités ? Des dissemblances ? Leurs territoires ont-ils la même configuration ? Sont-ils tous habitués aux mêmes pratiques culturales ?

Peuvent-ils tous dégager la main d'œuvre nécessaire ? Les terres nécessaires ? Le problème foncier est-il le même ? Ont-ils prévu le problème des produits génétiquement modifiés ? Ont-ils prévu que la pollution génétique, au cas où ils auraient choisi d'en utiliser, peut avoir un impact négatif sur les autres cultures pratiquées dans le pays ?

Quels vont être les marchés pour les biocarburants produits ? A-t-on prévu des effets pervers ? A-t-on fixé des objectifs ? Clairs ? Précis ? Cohérents ? Ont-ils tous un Plan Énergétique ? Une Politique Énergétique ? Et enfin : Quel est le plan adopté ? Qui décide quoi ? Qui explique quoi aux consommateurs ?

Les biocarburants, constituent-ils une option viable pour le pays ? Économiquement ? Énergétiquement ? Quelles sont les expériences locales en la matière ? Et surtout, Haiti a-t-il un plan ? Nos dirigeants ont-ils pensé à l'élaboration d'un Plan d'Action ?

Répondre à ces questions permettra de centrer notre point de vue, notre analyse.

Avant de continuer, rappelons que les migrations paysannes, forcées par les abus dans l'utilisation des terres du pays durant l'Occupation américaine, ont conduit à des expériences malheureuses et douloureuses. De grandes extensions de terres, attribuées à des entreprises américaines, ont été à l'origine de grands désastres écologiques pour le pays. On paie encore aujourd'hui les conséquences. De grands déplacements de populations paysannes ont provoqué de nouvelles configurations et de nouvelles modalités relationnelles de l'Haitien à la terre.

Essayons de ne pas commettre les mêmes erreurs, maintenant qu'une « fièvre verte » semble vouloir s'emparer de nos amis américains, à la fois que la société haitienne semble s'enliser dans une situation d'ataraxie, profonde.

Comment et pourquoi réagir ?

En absence de planification, la production massive d'éthanol en Haiti supposerait définitivement la rupture de toute tentative de construction d'une structure solide d'État. De pays.

Je trouve, en ce sens, pertinent de reproduire une partie d'un texte du Dr. Roger Michel, publié sur AlterPresse le 22 Février 2005 :

… De la sortie de l'esclavage à l'émigration vers les pays avoisinants, les Haitiens, en grande partie la masse des paysans, n'ont pas eu le temps nécessaire pour se familiariser avec l'espace qu'ils occupaient pour s'y installer de génération en génération, pour le modeler et le protéger à leur manière et perpétuer un savoir-faire garantissant une certaine stabilité. L'espace agraire haitien a toujours fait l'objet de changement d'acteurs, de système de gestion, de production et d'exploitation constamment accompagnée d'une grande distorsion entre l'homme et ses besoins. La lutte des Haitiens, pour assurer leur survie socio-économique, les plonge dans l'ignorance totale des lois naturelles de la protection de l'environnement. L'espace agraire est ainsi traité par ceux qui ont eu le privilège de le spolier comme un objet de transaction pour s'enrichir et jamais comme un lieu dont ils dépendent et avec lequel ils devraient vivre en harmonie, tout en le protégeant et améliorant sa diversité biologique. Les Haitiens, ainsi que les étrangers qui interviennent dans l'exploitation de cet espace agraire, n'ont jamais eu une vision à long terme de contrôle et de gestion de ses ressources. Ils le réduisent de la sorte à sa seule fonction économique.

Les communautés rurales qui devraient assurer la protection de l'environnement demeurent instables sur la terre, vu qu'elles ne sont pas intégrées dans les structures d'organisation et de gestion des ressources en conformité avec les critères du développement économique et social imposé par les administrations publiques ou parapubliques. Elles jouent ainsi un rôle néfaste dans son exploitation par le morcellement accru et la forte pression exercée sur des terres atteignant déjà un seuil critique de dégradation. On peut dire que la reconquête de l'espace par la paysannerie - si elle continue selon le rythme actuel - laisse très peu de temps à la nature de se reconstituer.

Par conséquent, nous pouvons dire que les pays dits pauvres se trouvent dans une situation ambiguë, vu la grande difficulté qu'ils ont à protéger leurs espaces par leurs propres moyens. En effet, ils sont condamnés le plus souvent, pour des raisons de survie, à hypothéquer leurs espaces géographiques contre des contrats de concession qui ne peuvent en aucun cas garantir la protection de leurs ressources naturelles.

Pour les autorités de bon nombre de pays du Sud, l'utilité planétaire d'un site écologique dans la protection de la biosphère n'est pas, dans un tel contexte, une priorité. Leur principale préoccupation est le plus souvent limitée aux besoins de financement de leurs programmes de développement, et la protection de la faune et de la flore est rarement inscrite dans ces derniers, sauf cas exceptionnel et généralement sous pression extérieure. Nous voyons donc la difficulté d'avoir des objectifs de protection de la nature dans un contexte où les hommes et les femmes ne parviennent même pas à se nourrir correctement ...

Réfléchir sur ce fragment de texte peut nous permettre d'apprécier l'impact négatif que causerait sur notre société la production massive et non planifiée de l'éthanol, à la manière du Brésil ou dans l'optique des Etats-Unis d'Amérique.

Je vais essayer d'apporter d'autres éléments d'analyse en commençant par le début.

Précisons les termes de biocarburant et de biomasse.

La biomasse est la quantité totale de matière de l'ensemble des espèces vivantes, présente dans un milieu naturel donné. Dans le domaine de l'énergie, la biomasse regroupe l'ensemble de matières organiques pouvant se transformer en source d'énergie.

Ces matières organiques, qui proviennent des plantes, sont une forme de stockage de l'énergie solaire, captée et utilisée par les plantes grâce à la chlorophylle. Elles peuvent être utilisées soit directement (bois énergie) soit après une méthanisation de la matière organique (biogaz) ou après de nouvelles transformations chimiques (biocarburants ou carburant d'origine agricole). Elles peuvent être aussi utilisées pour le compostage.

L'un des éléments les plus importants est le fait que la décomposition organique constitue une décomposition récente. Cela permet alors d'exclure de cette définition toute référence aux combustibles fossiles (charbon – pétrole – gaz naturel) puisque leur transformation a eu lieu sur des millions d'années.

Le biocarburant est alors tout type de combustible provenant de la biomasse. Parmi les biocarburants, qui sont techniquement au point, on distingue trois grandes filières :

1. Ethanol et ETBE : des matières premières sucrées ou amylacées (provenant de la betterave, de la canne à sucre, du sorgho) sont fermentées pour obtenir de l'éthanol. L'éthanol est utilisé soit en faible proportion dans l'essence (5-20%), soit en forte proportion (85%) ou pur (95-100%) dans des moteurs adaptés. L'éthanol peut également subir une transformation en ETBE (éthyl-tertio-butyl-ether) qui est ajouté à hauteur de 15% à l'essence pour augmenter l'indice d'octane.

2. Biodiesel : des graines oléagineuses sont triturées dans des unités industrielles pour en extraire de l'huile végétale qui est raffinée. L'huile subit ensuite une transestérification pour former de l'ester méthylique ou biodiesel. Celui-ci peut être utilisé dans les moteurs diesel.

3. Huile végétale pure : la graine de colza est triturée dans de petites unités et l'huile produite est filtrée. Celle-ci est utilisée directement comme carburant, soit en mélange avec le gazole, soit pure dans des moteurs diesel modifiés.

Nous avons aussi les processus de valorisation énergétique des matières résiduelles telles que les huiles usagées, le biogaz par méthanisation des déchets organiques, etc. Il ne faut pas oublier que le bois, la paille, sont par exemple des biocarburants. Le classement suivant, des différents types de biomasse, peut permettre de mieux apprécier la diversité de sources d'obtention :

Voyons une description sommaire de chacun des éléments cités :

- Cultures énergétiques : ce sont les cultures utilisées comme sources d'énergie ou en tant que matière première pour l'obtention de nouveaux combustibles.

o Cultures traditionnelles : ce sont des cultures utilisées dans l'alimentation de l'être humain. Dans certains cas, l'utilisation pour l'alimentation rentre en conflit avec l'usage énergétique. C'est le cas de la canne à sucre, de la betterave, de la pomme de terre, des céréales. Ou aussi l'eucalyptus, le saule, etc.

o Cultures peu fréquentes : actuellement, les tentatives d'exploitation sont centrées dans des zones peu favorisées.

o Cultures aquatiques : principalement les algues, les jacinthes marines, etc.

o Cultures pour la production de combustibles liquides : principalement les palmes.

- Biomasse végétale ou primaire

o Biomasse résiduelle

§ Déchets agricoles et forestiers : Branches d'arbres, drèches en général.

§ Déchets de l'élevage : Obtention de biogaz

§ Résidus Industriels
 Forestiers : du bois en général
 Agroalimentaires : de l'huile en général
 Agricoles : tourteaux

§ Résidus Urbains
 Résidus solides
 Eaux résiduelles

o Excédents agricoles L'utilisation de la biomasse peut-elle remplacer l'usage des produits pétroliers dans :
1- L'Industrie
2- Les secteurs résidentiel et tertiaire
3- L'Agriculture
4- Le Transport
5- La Production d'Électricité
6- La production de cette panoplie d'articles dont l'utilisation est rendue indispensable dans notre société moderne : bitumes – cires – plastiques – huiles – sacs – sachets - etc. ?

Il est clair que non.

Il est clair que l'utilisation de la biomasse, à elle seule, ne va pas permettre de remplacer complètement l'utilisation du pétrole. Ou du moins actuellement, car, notre société s'est laissée aller, à partir de 1950, vers une économie excessivement dépendante du pétrole.

Actuellement, en plein changement de paradigme, pour vaincre cette pétro-dépendance, il faut penser au changement des attitudes, des comportements, et faire en sorte que le degré de satisfaction énergétique soit modulé par le sens de la responsabilité dans la consommation. La planification de la consommation et des besoins est donc fondamentale.

Que nous faut-il donc en Haiti, actuellement ?

La réponse est simple, il nous faut simplement que des décisions soient prises, de façon cohérente. Il nous faut des PLANIFICATEURS, car l'État haitien doit pouvoir :

1- Favoriser la Formation :

- Des utilisateurs finaux sur les modes d'utilisation adéquate de l'énergie, de l'efficacité énergétique et de la consommation responsable (Réduction du gaspillage – Réduire le niveau de pertes techniques et provoquées par les prises clandestines).

- Des enfants et des jeunes, de la maternelle aux classes terminales, à travers des interventions dans les médias, la réalisation de concours ou même la modification du curriculum scolaire.

- Des universitaires, dans les filières techniques de formation.

- Des écoles de formation professionnelle.

- Des techniciens à travers des stages de formation.

- Des professeurs de sciences et des éducateurs en général.

2- Faciliter la circulation de l'Information et la sensibilisation des différents acteurs sociaux à travers la vulgarisation dans les médias, et œuvrer afin de faire avancer l'éducation énergétique de la société haitienne afin d'implanter de nouvelles attitudes par rapport à l'énergie.

3- Créer un environnement légal favorable au développement des Énergies Renouvelables.

- Intervention en phase amont (Subventions- Financement – Crédit-Energie, etc.)

- Renforcement du volet réglementaire par l'imposition de normes, de standards et de réglementations.

- Économiques : Faciliter la création d'emplois et de richesses.

- Sociaux : Augmentation du capital social du pays et faciliter l'incorporation des technologies propres à la culture locale.

- L'uniformisation des normes techniques et des critères de qualité.

4- Créer un environnement stable facilitant :

a- le contrôle des terres improductives afin de faciliter leur valorisation par la production de biomasse.

b- la planification de la production agricole afin d'éviter les effets pervers de la production de biocarburants (voir les phénomènes d'éthanoinflation au Mexique).

c- les dispositions visant à rendre attrayant pour les producteurs aussi bien la « culture agricole » que la « culture énergétique ».

d- des mesures afin de légiférer, de façon imminente, sur les forêts et les zones arborées.

e- des dispositions pour faire de l'arbre un levier de transformation du pays et de l'Agro-énergie le mécanisme de satisfaction énergétique de la société haitienne.

f- des mécanismes visant à mettre en place une structure énergétique structurante pour la société haitienne.

Et, dans le même ordre d'idées, il reviendrait alors aux différents professionnels (techniciens, ingénieurs, administrateurs techniques) :

1- D'influencer les paramètres décisionnels :

- Politiques : implémenter des actions pouvant créer chez nos hommes politiques l'envie d'adopter une politique nationale favorable à la maîtrise de l'énergie :

- Politique d'Approvisionnement

- Choix technologiques

- Choix stratégiques

2- D'inciter les pouvoirs publics à adopter des mesures pouvant faciliter l'épanouissement des Énergies Renouvelables.

3- De faciliter la maîtrise des technologies associées aux Énergies Renouvelables en Haiti.

- Transformer l'utilisation traditionnelle :

- Du soleil (séchage en milieu rural)

- Du vent (voile)

- De l'eau

Utiliser, pour cette transformation, l'incorporation des nouvelles technologies :

- Séchoir solaire

- Utilisation d'aérogénérateurs

- Utilisation de turbines (micro et mini hydraulique)

- Vulgariser les technologies associées.

Voilà le cadre idéal de fonctionnement.

Mais, l'avenir se veut, se construit, se décide entre tous. Les décisions doivent être prises de façon résolue pour transformer le pays.

Avec cette proposition du Président Bush, les Etats-Unis d'Amérique et le Brésil (de grands amis d'Haiti) peuvent être animés de bonnes intentions, mais, aujourd'hui plus que jamais, il faut que Haiti prenne ses propres décisions au niveau de son FUTUR ÉNERGÉTIQUE. Et, la production de biocombustibles dans le pays, est une décision qui concerne le futur énergétique du pays, son futur tout court.

Des voix doivent faire savoir à la population quelles vont être les orientations technologiques, les choix, les priorités, les voies énergétiques.

Si personne ne met en garde contre les objectifs flous qui accompagnent généralement ce genre de projets, contre les effets pervers qui peuvent se produire, on court le risque de s'autodétruire. Les effets négatifs sur l'agriculture, l'érosion et l'appauvrissement des sols à cause des pesticides, doivent être pris en compte.

« Nous devons nous assurer que la production de biocarburant répond à des critères de durabilité, sans quoi nous allons nous retrouver avec des forêts tropicales défrichées et remplacées par des cultures destinées au biodiesel ».

Par exemple, au Mexique, le mais est la matière première utilisée pour produire de l'éthanol. Mais, avec l'explosion de la demande d'éthanol, la quantité de mais disponible pour l'alimentation animale et humaine diminue, et donc le prix du mais augmente jusqu'à provoquer ce qu'on appelle actuellement l'éthanoinflation.

L'Indonésie constitue un autre cas. De grands investissements ont été consentis pour la production de biocarburants. Près de 5 à 6 millions d'hectares de terres vont être destinées à la production de biocarburants pour les huit prochaines années. Cela suppose près de 4 000 000 d'emplois et plus de 17 milliards de dollars d'investissements : production d'huile de palme, d'huile de soja, entre autres. Les conséquences sont graves : des extensions énormes de forêts sont détruites, les écosystèmes s'appauvrissent, les populations changent de coutumes sociales, culturelles.

Après cette analyse, que peut-on conseiller ?

Je crois que tout un chacun peut se faire une idée des options possibles et, ensemble, arriver à dégager des choix consensuels qui soient porteurs de changement pour le pays, au niveau technologique, au niveau économique, au niveau énergétique.

Les biocarburants ont et doivent avoir une place de choix dans la structure énergétique du pays et constituent une alternative intéressante, une filière énergétique importante aussi bien pour le transport que pour la production d'électricité. Mais …

Il nous faut donc, grâce à ce prétexte que nous fournit cette « fièvre verte », de créer chez nous les bases nécessaires à la satisfaction énergétique du pays. Enfin, « l'avenir se façonne », mais c'est un ouvrage de longue haleine, un travail éreintant, à réaliser … ensemble.

Contact : iphcaten@yahoo.es

[1] Physicien Industriel[/quote]

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