Le chien aboie mais vous avez le choix

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Guysanto
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Le chien aboie mais vous avez le choix

Post by Guysanto » Wed Mar 21, 2007 10:29 am

EDITORIAL

PORT-AU-PRINCE, 17 Mars - A lire certains commentateurs, rien n'a changé et le pays se trouverait au même point qu'au plus fort de la dernière crise résultant de la chute brutale du président Jean-Bertrand Aristide en février 2004.

Et pourtant, en comparaison, la situation actuelle diffère comme le jour et la nuit.

Allons droit au but. On peut même, toutes proportions gardées, mettre quiconque au défi de prouver que les choses vont aussi mal et qu'il n'y aurait eu aucune amélioration. Et dans bien des domaines.

La crise persiste, oui, mais de plus en plus dans nos têtes. En plus du travail poursuivi inlassablement par certains petits cénacles pour qu'il en soit toujours ainsi.

Or qu'est-ce qui a changé ? Non pas tout, ce serait impossible, mais beaucoup, sur beaucoup de points.

Il a beaucoup plus ces derniers mois et l'on prévoit que la météo restera aussi clémente. Selon le bulletin local d'un organisme de l'ONU, cela garantit qu'il n'y aura pas de crise alimentaire aigue cette année.

La gourde maintient un cours régulier par rapport au dollar : pas plus de 40 gourdes pour un dollar américain depuis au moins deux ans.

Les gouvernants ne veulent pas non plus d'une gourde (si l'on peut dire) trop forte, cela comme une incitation supplémentaire à l'investissement extérieur.



Va-et-vient de missions commerciales...

A ce propos, les missions commerciales s'en vont et s'en viennent. Des hommes d'affaires du Canada viennent tâter le terrain, en même temps qu'une délégation mixte haitienne secteur public - secteur privé vient d'accomplir une visite très remarquée en France.

Des missions du grand patronat français (MEDEF, chambres de commerce de Bordeaux, Nice, Lille, etc), ainsi que d'organismes de financement (AFD, Agence française de développement) seront bientôt à leur tour dans nos murs pour approfondir les projets présentés.

Puis, coup de théâtre, levée d'une lourde hypothèque. L'énergie, le nerf de la guerre, sans laquelle rien n'est possible. Au terme de sa visite mouvementée du lundi 12 mars à Port-au-Prince, le président vénézuélien Hugo Chavez a promis trois centrales électriques au pays. Une de 30 mégawatts pour la capitale dont on dit que ses capacités vont de ce fait augmenter de 100 mégawatts , les deux autres de 15 mégawatts seront installées au Cap-Haitien et aux Gonaives. Facilitant d'autant des projets de zones franches et parcs industriels ou autres entreprises créatrices d'emplois dans ces régions du pays.



Les mégawatts de Chavez...

M. Chavez n'a pas la réputation de faire des promesses en l'air. Les cinq centrales qu'il a donné récemment au Nicaragua ont déjà été installées et sont en fonctionnement.

Que la lumière soit, et ce sont une multitude de moyennes et petites entreprises qui, jusqu'à présent handicapées par le coût prohibitif de l'autosuffisance énergétique, vont pouvoir reprendre et créer quelques emplois.

Du coup faisant tomber aussi les prix de quelques articles de consommation courante. Par exemple, dans l'agro-industrie et les produits de désinfection qui coûtaient plus de cinq fois moins cher avant l'uniformisation du black-out.

Idem pour la santé. L'accord signé le 12 mars entre Haiti, Cuba et le Venezuela assure l'envoi de médecins cubains dans toutes les communes du pays d'un côté, et de l'autre plus de bourses en médecine à Cuba pour de jeunes haitiens, puis leur installation aux quatre coins du pays.



Moins " chimériques "...

Que nous faut-il donc pour être non pas heureux, certes, mais commencer à être un tout petit peu moins nauséeux ! Moins " chimériques ".

Justement l'administration publique regorge d'ex-officiels et adeptes GNB, surnom des tombeurs du régime lavalas de Jean-Bertrand Aristide tandis que d'autres qui ont porté l'actuel gouvernement au pouvoir rongent leur frein. Ni les protestations ni les manifestations ne peuvent forcer le président René Préval à revenir sur la politique de réconciliation nationale.

De quoi donc se plaint-on ?

Les casques bleus de l'ONU ont le contrôle de Cité Soleil et Martissant aussi retrouve son calme, tandis que les chefs de gang les plus redoutés (dont le fameux Evens alias Ti Kouto) sont traqués, rattrapés un à un et placés derrière les barreaux.

Selon Le Nouvelliste, Amaral Duclona a, " du fond de sa cachette ", conduit la police nationale à la découvert e d'un véritable arsenal, dont 13 fusils d'assaut.

Mais Cité Soleil n'en reste pas moins le plat favori d'une certaine presse avide de sensation et non des moindres.

Le chef de la mission de maintien de la paix, Edmond Mulet, eût beau déclarer que le pays est " stable " et qu'il revient maintenant de consolider les institutions (interview au journal brésilien Folha).

Mais ces mots tombent dans l'oreille de nombre de sourds.

La même atmosphère de cauchemar soigneusement entretenue...

Comme si rien ne s'était passé depuis tout ce temps-là sinon la même atmosphère de cauchemar soigneusement entretenue. A quelles fins ? Devinez.

Même ces institutions dont parle M. Mulet qui ne sont pas vraiment au même point, voire au point mort. Prenons la police nationale. Sa performance lors du dernier carnaval (3 morts et de plus en dehors du défilé) fait date.

Quant à la justice, généralement qualifiée de pourrie et incompétente, l'ambassadeur de France en Haiti, Christian Connan, ne la considère pas pour autant comme un véritable handicap à la relance économique et aux investissements extérieurs, suggérant temporairement la création d'une commission d'arbitrage en cas de conflit (déclaration faite au MEDEF à Paris, le mardi 6 mars).

Et depuis quand le déficit en justice a-t-il jamais été notre principal souci ! Assez raconter des histoires.



Cependant le chien aboie mais...

Voilà donc des points positifs et irréfutables. Et l'on pourrait en relever des milliers d'autres. Mais à entendre certains, y compris des internationaux, Haiti continue à battre tous les records du monde de chaos, violences tous azimuts, brigandage généralisé, de petite et grande corruption et de trafic de stupéfiants.

Ces trouble-fêtes qui font plus de bruit que toute l'actualité des guerres, massacres et génocides réunis, des armes de destruction massive et autres crises d'armement nucléaire, quelles sont leurs véritables motivations ? Allez savoir.

Sauf que le pays dont ils parlent commence à ressembler de moins en moins à celui où nous vivons. Il suffisait d'y penser. Le reste, c'est une affaire de liberté d'expression. Ne vous attendez pas qu'ils rectifient leur tir le moins du monde. Cependant le chien aboie... mais désormais vous pouvez changer de poste !


Editorial, 17 Mars 2007

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