Allocution du président français Nicolas Sarkozy au Dakar

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Jgpalmis
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Allocution du président français Nicolas Sarkozy au Dakar

Post by Jgpalmis » Mon Sep 24, 2007 4:07 pm

http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/f ... 79184.html

J'ai mis en caractère gras quelques paragraphes du discours mais j'aurais dû mettre tout le texte en gras. Je veux attirer votre attention sur le vrai message...


Le texte est très long.

Une chose, l'esclavage est un crime contre l'humain donc on ne saurait demander à des nations de dédomager les victimes....Se chay nou tout !

Ala yon Niko sa-a papa !

[quote]Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, prononcée à l'Université de Dakar.


Dakar, Sénégal, le 26 juillet 2007


Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de remercier d'abord le gouvernement et le peuple sénégalais de leur accueil si chaleureux. Permettez-moi de remercier l'université de Dakar qui me permet pour la première fois de m'adresser à l'élite de la jeunesse africaine en tant que Président de la République française.


Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l'on doit à des amis que l'on aime et que l'on respecte. J'aime l'Afrique, je respecte et j'aime les Africains.


Entre le Sénégal et la France, l'histoire a tissé les liens d'une amitié que nul ne peut défaire. Cette amitié est forte et sincère. C'est pour cela que j'ai souhaité adresser, de Dakar, le salut fraternel de la France à l'Afrique toute entière.

Je veux, ce soir, m'adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n'ont pas la même langue, qui n'ont pas la même religion, qui n'ont pas les mêmes coutumes, qui n'ont pas la même culture, qui n'ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l'Afrique.


Oui, je veux m'adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant hais, qui parfois vous combattez et vous haissez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l'humiliation, frères dans la révolte, frères dans l'espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez d'une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l'exil lui-même ne peut effacer.


Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l'Afrique. Car l'Afrique n'a pas besoin de mes pleurs.


Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour m'apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d'abord entre vos mains. Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ?


Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s'efface pas.


Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.


Il y a eu la traite négrière, il y a eu l'esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l'homme, ce fut un crime contre l'humanité toute entière.


Et l'homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l'un d'entre eux qu'on jette à la mer ». Cet homme noir qui ne peut s'empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ». Cet homme noir, je veux le dire ici à Dakar, a le visage de tous les hommes du monde.


Cette souffrance de l'homme noir, je ne parle pas de l'homme au sens du sexe, je parle de l'homme au sens de l'être humain et bien sûr de la femme et de l'homme dans son acceptation générale. Cette souffrance de l'homme noir, c'est la souffrance de tous les hommes. Cette blessure ouverte dans l'âme de l'homme noir est une blessure ouverte dans l'âme de tous les hommes.

Mais nul ne peut demander aux générations d'aujourd'hui d'expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.


Jeunes d'Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l'esclavage comme des crimes envers l'humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.


Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance.


Je suis venu vous proposer, jeunes d'Afrique, non d'oublier cette déchirure et cette souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser.


Je suis venu vous proposer, jeunes d'Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais d'en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble l'avenir.


Je suis venu, jeunes d'Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.


L'Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s'est entretué en Afrique au moins autant qu'en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu'ils devaient penser, ce qu'ils devaient croire, ce qu'ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l'Afrique.


Ils ont eu tort.


Ils n'ont pas vu la profondeur et la richesse de l'âme africaine. Ils ont cru qu'ils étaient supérieurs, qu'ils étaient plus avancés, qu'ils étaient le progrès, qu'ils étaient la civilisation.


Ils ont eu tort.


Ils ont voulu convertir l'homme africain, ils ont voulu le façonner à leur image, ils ont cru qu'ils avaient tous les droits, ils ont cru qu'ils étaient tout puissants, plus puissants que les dieux de l'Afrique, plus puissants que l'âme africaine, plus puissants que les liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le ciel et la terre d'Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges.


Ils ont eu tort.


Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale.

Ils ont eu tort.


Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l'ouverture aux autres, l'échange, le partage parce que pour s'ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l'autre, par la crainte de l'avenir.


Le colonisateur est venu, il a pris, il s'est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.


Il a pris mais je veux dire avec respect qu'il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n'étaient pas des voleurs, tous les colons n'étaient pas des exploiteurs.


Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l'aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l'obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c'étaient les esprits, c'étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l'amour sans voir qu'ils semaient la révolte et la haine.


La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictateurs. Elle n'est pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspillages et de la pollution.


Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l'amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.


La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l'estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.


La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l'embryon d'une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur.


La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l'Europe et le destin de l'Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes.


Et la France n'oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.


Nul ne peut faire comme si rien n'était arrivé.


Nul ne peut faire comme si cette faute n'avait pas été commise.


Nul ne peut faire comme si cette histoire n'avait pas eu lieu.


Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l'homme africain et l'homme européen.


Jeunes d'Afrique, vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l'Occident a déposé dans le cœur et dans l'âme de l'Afrique.


Jeunes d'Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de vos ancêtres, mais désormais la civilisation européenne vous appartient aussi.


Jeunes d'Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu'elle est une maladie, une maladie de l'intelligence, et qui est ce qu'il y a de plus dangereux au monde.


Jeunes d'Afrique, ne vous coupez pas de ce qui vous enrichit, ne vous amputez pas d'une part de vous-même. La pureté est un enfermement, la pureté est une intolérance. La pureté est un fantasme qui conduit au fanatisme.


Je veux vous dire, jeunes d'Afrique, que le drame de l'Afrique n'est pas dans une prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa culture. Car, pour ce qui est de l'art, de la pensée et de la culture, c'est l'Occident qui s'est mis à l'école de l'Afrique.


L'art moderne doit presque tout à l'Afrique. L'influence de l'Afrique a contribué à changer non seulement l'idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du monde du XXème siècle.


Je veux donc dire, à la jeunesse d'Afrique, que le drame de l'Afrique ne vient pas de ce que l'âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l'homme africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen.


C'est en puisant dans l'imaginaire africain que vous ont légué vos ancêtres, c'est en puisant dans les contes, dans les proverbes, dans les mythologies, dans les rites, dans ces formes qui, depuis l'aube des temps, se transmettent et s'enrichissent de génération en génération que vous trouverez l'imagination et la force de vous inventer un avenir qui vous soit propre, un avenir singulier qui ne ressemblera à aucun autre, où vous vous sentirez enfin libres, libres, jeunes d'Afrique d'être vous-mêmes, libres de décider par vous-mêmes.


Je suis venu vous dire que vous n'avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation africaine, qu'elles ne vous tirent pas vers le bas mais vers le haut, qu'elles sont un antidote au matérialisme et à l'individualisme qui asservissent l'homme moderne, qu'elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à l'aplatissement du monde.


Je suis venu vous dire que l'homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l'homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires.


Je suis venu vous dire que cette déchirure entre ces deux parts de vous-mêmes est votre plus grande force, et votre plus grande faiblesse selon que vous vous efforcerez ou non d'en faire la synthèse.


Mais je suis aussi venu vous dire qu'il y a en vous, jeunes d'Afrique, deux héritages, deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l'Afrique et celle de l'Europe.


Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vous-mêmes forment votre identité déchirée.


Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, vous donner des leçons.


Je ne suis pas venu vous faire la morale.


Mais je suis venu vous dire que la part d'Europe qui est en vous est le fruit d'un grand péché d'orgueil de l'Occident mais que cette part d'Europe en vous n'est pas indigne.


Car elle est l'appel de la liberté, de l'émancipation et de la justice et de l'égalité entre les femmes et les hommes.

Car elle est l'appel à la raison et à la conscience universelles.


Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.


Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès.


Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance.


Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin.


Le problème de l'Afrique et permettez à un ami de l'Afrique de le dire, il est là. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire. C'est de puiser en elle l'énergie, la force, l'envie, la volonté d'écouter et d'épouser sa propre histoire.


Le problème de l'Afrique, c'est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l'éternel retour, c'est de prendre conscience que l'âge d'or qu'elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu'il n'a jamais existé.


Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance.


Le problème de l'Afrique, c'est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter.


Le problème de l'Afrique, ce n'est pas de s'inventer un passé plus ou moins mythique pour s'aider à supporter le présent mais de s'inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres.


Le problème de l'Afrique, ce n'est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer le malheur, car l'Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde.


Le problème de l'Afrique, c'est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile.


Le défi de l'Afrique, c'est d'apprendre à regarder son accession à l'universel non comme un reniement de ce qu'elle est mais comme un accomplissement.


Le défi de l'Afrique, c'est d'apprendre à se sentir l'héritière de tout ce qu'il y a d'universel dans toutes les civilisations humaines.


C'est de s'approprier les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, l'égalité, la justice comme l'héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes.


C'est de s'approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l'intelligence humaine.


Le défi de l'Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s'enfermer parce qu'ils savent que l'enfermement est mortel.


Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de l'esprit humain.


La faiblesse de l'Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l'Afrique, ce désengagement du monde qui l'a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs, l'Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour. Ce métissage, quelles que fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie chance de l'Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale.


La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, au-delà des crimes et des fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l'universel et à l'histoire.


Ne vous laissez pas, jeunes d'Afrique, voler votre avenir par ceux qui ne savent opposer à l'intolérance que l'intolérance, au racisme que le racisme.


Ne vous laissez pas, jeunes d'Afrique, voler votre avenir par ceux qui veulent vous exproprier d'une histoire qui vous appartient aussi parce qu'elle fut l'histoire douloureuse de vos parents, de vos grands-parents et de vos aieux.


N'écoutez pas, jeunes d'Afrique, ceux qui veulent faire sortir l'Afrique de l'histoire au nom de la tradition parce qu'une Afrique ou plus rien ne changerait serait de nouveau condamnée à la servitude.


N'écoutez pas, jeunes d'Afrique, ceux qui veulent vous empêcher de prendre votre part dans l'aventure humaine, parce que sans vous, jeunes d'Afrique qui êtes la jeunesse du monde, l'aventure humaine sera moins belle.


N'écoutez pas jeunes d'Afrique, ceux qui veulent vous déraciner, vous priver de votre identité, faire table rase de tout ce qui est africain, de toute la mystique, la religiosité, la sensibilité, la mentalité africaine, parce que pour échanger il faut avoir quelque chose à donner, parce que pour parler aux autres, il faut avoir quelque chose à leur dire.


Ecoutez plutôt, jeunes d'Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les tragédies de l'histoire avaient placé l'Afrique.


Il disait, lui l'enfant de Joal, qui avait été bercé par les rhapsodies des griots, il disait : « nous sommes des métis culturels, et si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s'adresse aussi aux Français et aux autres hommes ».


Il disait aussi : « le français nous a fait don de ses mots abstraits -si rares dans nos langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d'un halo de sève et de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit ».


Ainsi parlait Léopold Senghor qui fait honneur à tout ce que l'humanité comprend d'intelligence. Ce grand poète et ce grand Africain voulait que l'Afrique se mit à parler à toute l'humanité et lui écrivait en français des poèmes pour tous les hommes.


Ces poèmes étaient des chants qui parlaient, à tous les hommes, d'êtres fabuleux qui gardent des fontaines, chantent dans les rivières et qui se cachent dans les arbres.


Des poèmes qui leur faisaient entendre les voix des morts du village et des ancêtres.


Des poèmes qui faisaient traverser des forêts de symboles et remonter jusqu'aux sources de la mémoire ancestrale que chaque peuple garde au fond de sa conscience comme l'adulte garde au fond de la sienne le souvenir du bonheur de l'enfance.

Car chaque peuple a connu ce temps de l'éternel présent, où il cherchait non à dominer l'univers mais à vivre en harmonie avec l'univers. Temps de la sensation, de l'instinct, de l'intuition. Temps du mystère et de l'initiation. Temps mystique où le sacré était partout, où tout était signes et correspondances. C'est le temps des magiciens, des sorciers et des chamanes. Le temps de la parole qui était grande, parce qu'elle se respecte et se répète de génération en génération, et transmet, de siècle en siècle, des légendes aussi anciennes que les dieux.


L'Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu'ils avaient partagé la même enfance. L'Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin, ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d'être en harmonie plutôt que d'être en conquête.


Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants, tous ceux-là ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur l'usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle nous puisons encore, aujourd'hui, un inestimable trésor de sagesse humaine.


L'Afrique qui a aussi ses grands poèmes dramatiques et ses légendes tragiques, en écoutant Sophocle, a entendu une voix plus familière qu'elle ne l'aurait crû et l'Occident a reconnu dans l'art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu'il éprouvait le besoin de ressusciter.


Alors entendez, jeunes d'Afrique, combien Rimbaud est africain quand il met des couleurs sur les voyelles comme tes ancêtres en mettaient sur leurs masques, « masque noir, masque rouge, masque blanc–et-noir ».


Ouvrez les yeux, jeunes d'Afrique, et ne regardez plus, comme l'ont fait trop souvent vos aînés, la civilisation mondiale comme une menace pour votre identité mais la civilisation mondiale comme quelque chose qui vous appartient aussi.

Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors commencera ce que j'appelle de mes vœux, la Renaissance africaine.


Dès lors que vous proclamerez que l'homme africain n'est pas voué à un destin qui serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d'autre but que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine.


Dès lors que vous, jeunes d'Afrique, vous déclarerez qu'il ne saurait y avoir d'autres finalités pour une politique africaine que l'unité de l'Afrique et l'unité du genre humain, alors commencera la Renaissance africaine.


Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l'Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l'Afrique, c'est qu'elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause.


Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l'Afrique.


La réalité de l'Afrique, c'est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.

La réalité de l'Afrique, c'est encore trop de famine, trop de misère.


La réalité de l'Afrique, c'est la rareté qui suscite la violence.


La réalité de l'Afrique, c'est le développement qui ne va pas assez vite, c'est l'agriculture qui ne produit pas assez, c'est le manque de routes, c'est le manque d'écoles, c'est le manque d'hôpitaux.


La réalité de l'Afrique, c'est un grand gaspillage d'énergie, de courage, de talents, d'intelligence.


La réalité de l'Afrique, c'est celle d'un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu'il n'arrive pas à se libérer de ses mythes.


La Renaissance dont l'Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d'Afrique, vous pouvez l'accomplir parce que vous seuls en aurez la force.


Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l'accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l'Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l'Europe et la Renaissance du monde.


Je sais l'envie de partir qu'éprouvent un si grand nombre d'entre vous confrontés aux difficultés de l'Afrique.


Je sais la tentation de l'exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille.


Je sais ce qu'il faut de volonté, ce qu'il faut de courage pour tenter cette aventure, pour quitter sa patrie, la terre où l'on est né, où l'on a grandi, pour laisser derrière soi les lieux familiers où l'on a été heureux, l'amour d'une mère, d'un père ou d'un frère et cette solidarité, cette chaleur, cet esprit communautaire qui sont si forts en Afrique.


Je sais ce qu'il faut de force d'âme pour affronter le dépaysement, l'éloignement, la solitude.


Je sais ce que la plupart d'entre eux doivent affronter comme épreuves, comme difficultés, comme risques.

Je sais qu'ils iront parfois jusqu'à risquer leur vie pour aller jusqu'au bout de ce qu'ils croient être leur rêve.


Mais je sais que rien ne les retiendra.


Car rien ne retient jamais la jeunesse quand elle se croit portée par ses rêves.


Je ne crois pas que la jeunesse africaine ne soit poussée à partir que pour fuir la misère.


Je crois que la jeunesse africaine s'en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut conquérir le monde.


Comme toutes les jeunesses, elle a le goût de l'aventure et du grand large.


Elle veut aller voir comment on vit, comment on pense, comment on travaille, comment on étudie ailleurs.


L'Afrique n'accomplira pas sa Renaissance en coupant les ailes de sa jeunesse. Mais l'Afrique a besoin de sa jeunesse.


La Renaissance de l'Afrique commencera en apprenant à la jeunesse africaine à vivre avec le monde, non à le refuser.


La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que le monde lui appartient comme à toutes les jeunesses de la terre.


La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que tout deviendra possible comme tout semblait possible aux hommes de la Renaissance.


Alors, je sais bien que la jeunesse africaine, ne doit pas être la seule jeunesse du monde assignée à résidence. Elle ne peut pas être la seule jeunesse du monde qui n'a le choix qu'entre la clandestinité et le repliement sur soi.


Elle doit pouvoir acquérir, hors d'Afrique la compétence et le savoir qu'elle ne trouverait pas chez elle.

Mais elle doit aussi à la terre africaine de mettre à son service les talents qu'elle aura développés. Il faut revenir bâtir l'Afrique ; il faut lui apporter le savoir, la compétence le dynamisme de ses cadres. Il faut mettre un terme au pillage des élites africaines dont l'Afrique a besoin pour se développer.


Ce que veut la jeunesse africaine c'est de ne pas être à la merci des passeurs sans scrupules qui jouent avec votre vie.


Ce que veut la jeunesse d'Afrique, c'est que sa dignité soit préservée.


C'est pouvoir faire des études, c'est pouvoir travailler, c'est pouvoir vivre décemment. C'est au fond, ce que veut toute l'Afrique. L'Afrique ne veut pas de la charité. L'Afrique ne veut pas d'aide. L'Afrique ne veut pas de passe-droit.


Ce que veut l'Afrique et ce qu'il faut lui donner, c'est la solidarité, la compréhension et le respect.


Ce que veut l'Afrique, ce n'est pas que l'on prenne son avenir en main, ce n'est pas que l'on pense à sa place, ce n'est pas que l'on décide à sa place.


Ce que veut l'Afrique est ce que veut la France, c'est la coopération, c'est l'association, c'est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs.

Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la justice, vous voulez le Droit ? C'est à vous d'en décider. La France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s'associera à vous pour les construire.


Jeunes d'Afrique, la mondialisation telle qu'elle se fait ne vous plaît pas. L'Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser-faire.


Jeunes d'Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n'est pas une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n'est pas une fin en soi. Vous ne croyez pas au laisser-faire. Vous savez qu'à être trop naive, l'Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d'humanité, avec plus de justice, avec plus de règles.

Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l'Europe, elle veut se battre avec l'Afrique, elle veut se battre avec tous ceux, qui dans le monde, veulent changer la mondialisation. Si l'Afrique, la France et l'Europe le veulent ensemble, alors nous réussirons. Mais nous ne pouvons pas exprimer une volonté à votre place.


Jeunes d'Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie.


Mais le voulez-vous vraiment ? Voulez-vous que cessent l'arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l'argent soit investi au lieu d'être détourné ? Voulez-vous que l'État se remette à faire son métier, qu'il soit allégé des bureaucraties qui l'étouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l'État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu'il peut attendre des autres ?


Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l'exiger, mais personne ne le voudra à votre place.

Voulez-vous qu'il n'y ait plus de famine sur la terre africaine ? Voulez-vous que, sur la terre africaine, il n'y ait plus jamais un seul enfant qui meure de faim ? Alors cherchez l'autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L'Afrique a d'abord besoin de produire pour se nourrir. Si c'est ce que vous voulez, jeunes d'Afrique, vous tenez entre vos mains l'avenir de l'Afrique, et la France travaillera avec vous pour bâtir cet avenir.


Vous voulez lutter contre la pollution ? Vous voulez que le développement soit durable ? Vous voulez que les générations actuelles ne vivent plus au détriment des générations futures ? Vous voulez que chacun paye le véritable coût de ce qu'il consomme ? Vous voulez développer les technologies propres ? C'est à vous de le décider. Mais si vous le décidez, la France sera à vos côtés.


Vous voulez la paix sur le continent africain ? Vous voulez la sécurité collective ? Vous voulez le règlement pacifique des conflits ? Vous voulez mettre fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine ? C'est à vous, mes amis africains, de le décider . Et si vous le décidez, la France sera à vos côtés, comme une amie indéfectible, mais la France ne peut pas vouloir à la place de la jeunesse d'Afrique.

Vous voulez l'unité africaine ? La France le souhaite aussi.


Parce que la France souhaite l'unité de l'Afrique, car l'unité de l'Afrique rendra l'Afrique aux Africains.


Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est regarder en face les réalités. C'est faire la politique des réalités et non plus la politique des mythes.


Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est le co-développement, c'est-à-dire le développement partagé.


La France veut avec l'Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs.


Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation.


Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une politique d'immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l'Europe avec dignité et avec respect.


Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur.


Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est préparer l'avènement de l'Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l'Europe et l'Afrique.


A ceux qui, en Afrique, regardent avec méfiance ce grand projet de l'Union Méditerranéenne que la France a proposé à tous les pays riverains de la Méditerranée, je veux dire que, dans l'esprit de la France, il ne s'agit nullement de mettre à l'écart l'Afrique, qui s'étend au sud du Sahara mais, qu'au contraire, il s'agit de faire de cette Union le pivot de l'Eurafrique, la première étape du plus grand rêve de paix et de prospérité qu'Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble.

Alors, mes chers Amis, alors seulement, l'enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu'il peut lever la tête et regarder avec confiance l'avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les deux parts de lui-même. Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l'humanité.


Je vous remercie.[/quote]

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Guysanto
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Lettre ouverte de la jeunesse africaine du Canada

Post by Guysanto » Mon Sep 24, 2007 6:37 pm

Lettre ouverte de la jeunesse africaine du Canada au président de la république française, monsieur Nicolas Sarkozy:
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Monsieur le président de la République Française,

Nous, jeunesse africaine du Canada, venons très respectueusement auprès de votre haute personnalité participer au débat pour l'invention d´un nouvel avenir auquel vous avez convié la jeunesse africaine.

En effet, lors de votre premier discours à la jeunesse africaine, le 26 juillet dernier à Dakar, vous nous avez interpellés sur plusieurs sujets et à maintes reprises. Derrière cette interpellation riche en emphase, nous avons perçu votre ferme volonté de discuter avec nous des problèmes brûlants portant sur les relations entre la France et l´Afrique, des problèmes que vos prédécesseurs n´avaient jamais osé évoquer au risque d´éclabousser la France. Mais, depuis votre campagne électorale jusqu´à votre montée au pouvoir, vous avez fait montre d´un réalisme et d´une ouverture sans précédents, déclarant à chacune de vos sorties publiques que vous changerez l´ordre établi et participerez aux côtés de l´Afrique dès lors qu´elle se déclarera prête à s´inventer un nouveau destin. Nous trouvant donc devant cette France progressiste, qui veut tourner la page des combines et des coups bas, nous avons jugé utile de vous dire, par la présente lettre ouverte, ce que nous avons compris de votre message, et porter à votre attention les points sur lesquels nous souhaiterions un regard différent de la France.

Permettez-nous, Monsieur le président, de mentionner que la jeunesse africaine dans son ensemble, a fait siens, depuis plus de cinquante ans, les outils de pensée de l´ère moderne, et se sent, tout comme par le passé, dans l´Histoire. Les problèmes économiques et matériels, qui sont légions dans l´Afrique d´aujourd´hui, ne sauraient donc être le critère déterminant de la qualification de cette jeunesse comme étant une jeunesse vivant des mythes d´un passé révolu. Votre compatriote européen Léo Frobenius, dont nombre d´intellectuels africains rejetèrent les thèses pour avoir tenté de falsifier la paternité nègre des civilisations pharaoniques, fut, au début du XXème siècle, si ému devant la prospérité de l´âge d´or des civilisations africaines et la percée des peuples noirs dans l´Histoire qu´il finit par dire tout haut ce que l´Europe avait caché depuis des siècles, à savoir que « des rapports des explorateurs du XVème au XVIIème siècle, il ressortait sans le moindre doute que l´Afrique noire, qui s´étend au sud de la ceinture désertique du Sahara, était civilisée jusque dans la moelle des os et prospérait dans la splendide beauté des civilisations harmonieusement développées, une prospérité que les conquistadors européens détruisirent à mesure qu´ils réussissaient à pénétrer à l´intérieur du continent. Car, l´Amérique avait besoin d´esclaves… Le commerce des esclaves ne fut cependant pas une affaire facile à légitimer: il nécessitait une justification. C´est alors que du Noir l´européen fit un être à moitié abruti, une marchandise. C´est ainsi aussi que le terme fétiche fut utilisé pour caractériser la religion africaine. Une marque de fabrique européenne! Moi-même je n´ai jamais vu de fétichisme dans aucune partie de l´Afrique noire. L´idée d´un Nègre barbare est une invention européenne, qui, à contrecoup, a marqué l´Europe jusqu´au début de ce siècle. (...) Nous avons beaucoup appris et savons depuis lors que les belles toges des peuples soudanais existaient bien avant l´Islam, que l´organisation politique des États, l´ordre civique et les métiers de manufacture sont, en Afrique, antérieurs de plusieurs milliers d´années par rapport à notre Europe Centrale. »

Monsieur le président, nous savons que malgré cette vérité historique que Frobenius décida finalement de dévoiler à la face de l´Europe en 1936, la classe politique française traite aujourd´hui encore les Africains de paysans vivant de mythes.

Mais comme nous le constatons, il y a très longtemps que l´Afrique est entrée dans l´Histoire. Et ce sont la France, l´Espagne, le Portugal, la Belgique, l´Angleterre et l´Allemagne qui, avec l´esclavage, la colonisation et le néocolonialisme, freinèrent sa marche. La «philosophie de l´Histoire» de Hegel, à laquelle vous avez semblé recourir, lorsque vous avez déclaré que « Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire », se situe donc aux antipodes de la description que Frobenius donnait de l´Afrique. Et au-delà de cette vision de Hegel, peut-on dire aujourd´hui que les Africains sont moins entrés dans l´Histoire ? L´Histoire telle que vous l´avez définie, c´est l´appropriation des valeurs de démocratie et de liberté. Or, nous savons que lorsque John Fru Ndi remporta les élections présidentielles au Cameroun en 1992, c´est la France qui, la première, salua la victoire de Paul Biya. Nous savons aussi que Sassou Nguesso du Congo Brazzaville a été réinstallé au pouvoir grâce à un coup d´état militaire entretenu par les réseaux françafricains sous la direction d'Elf ; que sous Giscard d´Estaing, la France lança une opération militaire pour déposer Bokassa après avoir retiré tous ses capitaux des banques centrafricaines pour fragiliser ce pays ; que lorsqu´au Togo, Bob Akitani remporta les élections démocratiques avec une majorité écrasante, il y a deux ans, c´est la France qui, avec les réseaux françafricains et par la force des armes, conduisit le fils de l´ancien dictateur Eyadema au pouvoir ; que vous mêmes avez donné la bénédiction au dictateur gabonais Omar Bongo qui, du haut de ses 40 ans de règne à la tête d´une république démocratique, ne semble pas susciter le rejet de la France. Monsieur le Président, la jeunesse africaine vous dit à cor et à cri que la colonisation et le néocolonialisme sont responsables des dictatures en Afrique et responsables du ralentissement de sa marche dans l´Histoire. Peut-être faudrait-il commencer par démanteler les bases militaires qui, à nos yeux, sont la preuve palpable de ce que l´Afrique est aujourd´hui encore sous occupation française.

Monsieur le président, la jeunesse africaine veut s´inventer un nouveau destin avec la jeunesse française et les autres jeunesses du monde. Elle en a non seulement la volonté, mais aussi les moyens. Car, il y a longtemps que l´Afrique s´est sentie « héritière de tout ce qu'il y a d'universel dans toutes les civilisations humaines ». Il y a longtemps qu´elle s´est « approprié les droits de l'Homme, la démocratie, la liberté, l'égalité, la justice comme l'héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes », ce que vous avez semblé comprendre lorsque vous avez cité Léopold Sédar Senghor à maintes reprises. En effet, c´est Senghor qui, en Afrique moderne, inventa le concept de civilisation de l´universel et invita les peuples d´Afrique à y prendre part. Mais ce que nous n´avons pas compris de votre premier discours à nous adressé, c´est que vous l´ayez prononcé à l´université Cheikh Anta Diop de Dakar sans prononcer une seule fois ce nom de Cheikh Anta Diop qui fit tant pour nous. Nous n´avons pas compris qu´une fois entré dans son temple, au lieu de le citer et d´honorer sa mémoire, vous ayez plutôt vanté Léopold Sédar Senghor, son rival sur le plan des idées. Nous avons cru, à cet instant précis, à cette manie séculaire de la France qui consiste toujours à opposer les Africains les uns contre les autres pour mieux les asservir. Vous le savez pourtant, monsieur le Président, que pour avoir mal compris son maître Léo Frobenius, Senghor déclara que l´émotion est nègre comme la raison est hellène, ce qui vous a sûrement inspiré lorsque vous avez évoqué dans votre discours l´Afrique comme étant un continent où règne aujourd´hui encore ce «Temps mystique où le sacré était partout, où tout était signes et correspondances (…) Temps de la sensation, de l'instinct, de l'intuition. Temps du mystère et de l'initiation » sans préciser toutefois que ce temps était d´une importance incommensurable dans l´émergence de toutes les sciences. Or, donc, même si le poète-président Senghor nous avait demandé de nous approprier les valeurs de la civilisation universelle, c´est encore Cheikh Anta Diop qui, mieux que quiconque, nous indiqua le meilleur chemin pour y parvenir. Car, en effet, s´approprier la civilisation de l´universel signifiait pour Senghor parler et penser en français, comme il le fit avec la création de la francophonie, alors que pour Cheikh Anta Diop, cela signifiait recourir à notre «âge d´or» et traduire le contenu de la science universelle en langue africaine, comme il le fit lui-même à travers la traduction de la théorie de la relativité en wolof. Nous comprenons, monsieur le président, que pour l´intérêt de votre pays, vous préfériez Senghor à Cheikh Anta Diop. Toutefois, si vous pensez que la construction de l´Afrique se fera sur la base de l´héritage de Senghor et non sur le fondement de celui de Cheikh Anta Diop, nous aimerions bien savoir pourquoi, malgré et depuis la création de la francophonie, les pays francophones d´Afrique sont devenus les plus pauvres de la terre, alors que leurs voisins anglophones comptent parmi les mieux structurés et les mieux développés.

Lorsque vous déclarez, monsieur le Président, que la raison en est que les Africains ont leur part de responsabilité dans leur propre malheur, puisque ce sont eux qui vendirent d´autres Africains aux négriers, non seulement nous pensons qu´il est facile de le dire, mais aussi nous avons la conviction que les Africains ne vendirent pas leurs frères aux négriers européens. En effet, nous savons tous que même les animaux protègent leurs petits des agressions extérieures et que la légendaire hospitalité africaine n´aurait jamais dû prédisposer les peuples noirs à vendre leurs enfants et leurs frères. Et, comme l´explique l´historien guadeloupéen Jean-Philippe Omotunde dans son ouvrage « La traite négrière européenne : Vérités et mensonges », la vérité, monsieur le président, c´est qu´à l´époque, en Afrique, les États et les royaumes se livraient constamment la guerre pour l´extension de leurs territoires et de leurs civilisations. Mais ce n´étaient pas des guerres d´extermination. C´étaient des guerres au cours desquelles des règles précises étaient mises en jeu pour des démonstrations de force sans effusion de sang. Ceux des philosophes des Lumières, qui imaginèrent le crime de la Traite Négrière, réalisèrent alors très vite que pour que ce crime fût réellement mis à exécution, il fallait nécessairement livrer aux différents royaumes africains, ainsi qu´à leurs royaumes rivaux, des armes à feu, et réclamer par la suite, à chacun des camps ennemis, les prisonniers de guerre. C´est ainsi que dans l´histoire africaine, les 400 ans de Traite Négrière correspondent à 400 années de guerre civile. Or, dans l´ignorance de la réalité du commerce des êtres humains qui se tramait derrière la distribution secrète de ces armes, dans l´ignorance absolue de l´existence du Code Noir, les souverains africains offraient le butin de guerre et recevaient les armes en retour. C´est dire que nos ancêtres n´avaient jamais considéré leurs prisonniers de guerre comme des marchandises. Ce sont les esclavagistes français et européens qui les considérèrent comme tels, parce qu´évidemment, ils les vendaient sur les côtes de l´Amérique et empochaient de l´argent. Le Code Noir, inventé par le roi de France, avait d´ailleurs, à ses articles 44 et 45, déclaré officiellement le Noir comme étant un meuble devant entrer dans la communauté des hommes, donc comme étant un objet vendable. Le Commerce des Noirs, c´est donc la France et ses alliés de l´Europe qui l´ont inventé, puisqu´ils étaient les seuls à en déterminer le contenu conceptuel et la pratique réelle.

Nous comprenons, Monsieur le Président, que vous ne souhaitiez pas que la France se permette la repentance de tout le mal dont elle a été à l´origine. Nous comprenons aussi que par ce refus de la repentance, vous rejetiez cette question toujours posée et jamais résolue des réparations. Nous vous comprenons d´autant plus que nous savons aujourd´hui que lors de l´émancipation de nos ancêtres, seuls les anciens propriétaires d´esclaves furent indemnisés financièrement. À titre d´exemple, et pour le cas de l´Angleterre, l´Eglise Anglicane reçut à l´époque 9.000 livres (500.000 livres d´aujourd´hui) pour la perte de ses esclaves dans la plantation de la Barbade. L´évêque d´Exeter (au Sud de l´Angleterre) reçut 13.000 livres en 1833 en compensation des 665 esclaves qu´il avait dû libérer.

Pour ce qui est de la France, il convient de mentionner ce cas rarissime dans l´Histoire, où ce furent plutôt les esclaves (d´Haiti) qui payèrent, conformément à l´ordonnance de Charles X du 17 avril 1825, des compensations financières d´un montant de 150.000.000 de francs or à leurs propriétaires français, en échange de leur liberté, comme en témoigne l´article 2 de ladite ordonnance qui stipule : « Les habitants actuels de la partie française de Saint Domingue verseront à la caisse fédérale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d´année en année, le premier échéant au 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs or, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité. ».

Monsieur le président, les classes politiques françaises qui vous ont précédé se sont toujours posé la question de savoir «comment, dans ce contexte de réparations, encore parler de réparations en faveur des descendants d´esclaves?» Fondant nos espoirs sur votre formation d´avocat, nous restons dans l´attente des mesures concrètes qui témoigneront à l´Histoire de ce que sous votre règne, la France a commencé à rendre justice.

Voilà, entre autres, les raisons pour lesquelles nous avons de la peine à croire en l´idée de l´Eurafrique. Nous n´y croyons pas parce que nous réalisons nettement que l´Eurafrique et la Françafrique finiront par devenir une seule et même chose. Nous n´y croyons pas parce que la Françafrique, qui pérennise l´esprit de l´esclavage et le système d´exploitation colonial, ne nous a apporté que des scandales, et surtout parce que dans votre ligne politique, vous excluez la Turquie de l´Union européenne au motif qu´elle fait partie de l´Asie. Comment alors l´Afrique, qui ne fait pas elle partie de l´Europe qui vous est tant chère, pourra-t-elle faire partie de ce nouvel ensemble imaginaire eurafricain, alors que les deux continents ne se partagent même pas de frontière terrestre comme la Turquie se la partage avec l´Europe ? Nous en déduisons alors, monsieur le Président, que le but de L´Eurafrique sera de remplacer la Françafrique, parce qu´avec l´avènement de l´Union Européenne, la France se sera dissoute dans l´Europe. Face au constat de cette réalité poignante, nous ne pouvons que dire non à l´Eurafrique de la même manière que nous avons dit non à la Françafrique.

Nous comprenons enfin, Monsieur le Président, qu´après deux mois passés à la tête de l´État français, vous n´ayez encore sur votre table que des dossiers déposés par tous vos prédécesseurs. Nous espérons par la présente lettre ouverte éveiller votre curiosité et vous inciter à rechercher la vérité sur la nature réelle des problèmes graves qui gangrènent les relations profondes entre la France et les pays africains et qui, dans un futur proche ou lointain, feront de la France la grande perdante d´un espace économique qu´elle aurait dû bâtir pour favoriser l´émergence d´un véritable empire francophone dans un monde dominé par la civilisation anglo-saxonne.

Nous vous prions d´agréer, monsieur le président de la république, l´expression de nos salutations distinguées auxquelles nous associons les assurances de notre très haute considération.


Pour la jeunesse africaine du Canada
Maurice NGUEPE, Ottawa.[/quote]

jafrikayiti
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Post by jafrikayiti » Mon Sep 24, 2007 9:32 pm

Bon zouti ! Maurice Nguepe pike Sarko ak tout bizawèl li yo byen pike!

Gen yon tèks Grioo.com ki fè konnen foutbolè Lilian Thuram pa dijere ni frekansite Sarkozy yo, ni djòb pou komisyonèz li bay Rama Yade fè a.

http://www.grioo.com/info11609.html

[quote]Quand Lilian Thuram tacle Rama Yade

Lors des élections présidentielles, invité de l'émission "En aparté" de Pascale Clark, Rama Yade avait affirmé à la journaliste que Lilian Thuram était son sportif préféré. "Je ne dirai rien contre lui" avait même précisé la future secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et aux droits de l'homme qui avait dit l'admirer car il était engagé et courageux.

On ne sait pas si Thuram l'a su, toujours est-il que le défenseur de l'équipe de France, s'est laissé aller à une déclaration qui n'a pas dû faire plaisir à Rama Yade qui dit l'admirer. Dans une interview conjointe avec Manu Chao, accordée à l'AFP, Thuram s'est un peu "lâché".

Pour lui, Rama Yade a été nommée ministre à 30 ans "parcequ'il fallait une noire dans le casting". "Elle existe parce qu'elle est noire, et c'est ça qui est triste" a t-il déclaré. "Mais ce n'est pas parce qu'on est noir ou blanc qu'on a telle ou telle valeur!" a t-il ajouté.

Farouchement opposé à Nicolas Sarkozy, Thuram avait dit de lui avant les présidentielles qu'il avait une "vision raciale" des gens, et qu'il pensait que "c'était les Noirs et les Arabes qui créaient des problèmes en banlieue". Thuram a par ailleurs critiqué le discours du président français à Dakar en disant qu'il "n'avait même pas compris pourquoi les africains s'étaient sentis insultés".

Après l'élection de Nicolas Sarkozy, la hache de guerre semblait enterrée d'autant que Thuram avait salué Nicolas Sarkozy et Rama Yade au mois de mai, à l'occasion des cérémonies de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Mais apparemment, Thuram n'est toujours pas "fan" de Sarkozy, voire de Rama Yade... [/quote]

Francafrique, Eurafrique, Franco-phony, Commonwealth...tout se salopri yo envite Bouki vin danse dan griyen, epi se manman l y ap sansinen.

Jaf
"Cheick Anta Diop nou di ou 77 fwa 7 fwa mèsi, paske nan je n ou te retire lasi"

Bouli

Post by Bouli » Thu Sep 27, 2007 11:16 pm

Gade you radiyEs melanje ak frekansite. Malerezman pa gen lidE ki pou remEt parazit sa monnen pyEs li. Depi kilE tik oubyen karapat konn tonbe damou anbrase fete lamitye ak viktim li? jouk pou-l rive fE resElE di li pa responsab grosE malE sa, epi l'ap ranje kO-l pou-l souse zanmi an plis toujou.

PwofesE Sarkozy bare tEt li ap bay leson epi li deklare se pa sa l'ap fE ankO. Ou pata di se l'apotre Paul k'ap depale.

Veye "l'ami sans frontiere"

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