Un héritage embrouillé

Post Reply
User avatar
Guysanto
Site Admin
Posts: 1289
Joined: Fri Mar 07, 2003 6:32 pm

Un héritage embrouillé

Post by Guysanto » Wed Jan 09, 2008 8:40 pm

La situation sociale et économique dont hérite René Préval est embrouillée. D'abord, il y a le poids du passé : une société ébranlée dans ses fondations, une nation en déclin, un peuple en désarroi, une élite politique dysfonctionnelle et prompte à faire du « Blanc » le grand et seul responsable de nos malheurs et de notre déchéance.

En même temps que le poids du passé, René Préval doit faire face à une conjoncture pleine d'aléas. Entre la date de son élection et le moment où nous écrivons ces lignes, le nouveau Président a volé de pays en pays et de victoires en victoires, faites de promesses d'aides de toutes sortes, financière, économique, technique. D'un autre côté, l'agenda économique est confronté à trois grands défis : le déficit zéro, l'inflation à 8%, et la question de la dette.

A. Le poids du passé

L'indépendance compromise

En 200 ans, nous avons échoué à inventer et à faire fonctionner la forme de gouvernement qui aurait pu nous permettre de vivre ensemble dans la tolérance et de faire avancer notre pays vers la prospérité et le progrès social. Entre 1888 et 1915, aucun Président n'a pu terminer un mandat de sept ans, dix étaient renversés ou assassinés, et un seul est mort de mort naturelle. Sur les 18 ans qui vont de 1986 à 2004, nous avons compté plus de 1 gouvernement par an. Au total sur les 200 ans, nous avons en moyenne produit 22 Constitutions, 14 Amendements Constitutionnels et 25 lois électorales.

Nous avons aussi eu notre compte d'occupations étrangères, soit ouvertes, soit déguisées. Mais contrairement à ce qui s'est passé dans de nombreux pays où les occupations étrangères du territoire national ont provoqué chez les peuples l'éveil du salut collectif, à nous Haitiens, les occupations étrangères n'ont pas servi de détonateur et de levier pour nous inciter à nous reprendre en mains. Au contraire. Loin de faire taire nos querelles et de puiser dans les occupations l'occasion du renouveau, nos dissensions n'ont fait que s'aggraver au point où l'appétit du pouvoir n'a pas détourné certains de « célébrer » l'indépendance, sous la protection des soldats étrangers. Les Nations Unies auront dépêché des vagues de troupes, deux fois en dix ans.

Nous sommes un pays en régime de sous-traitance. Les Américains n'arrêtent pas de nous sous-traiter, tantôt au CARICOM, tantôt à l'OEA. Les Français en appellent à l'Afrique. Les Canadiens, quant à eux, veulent bien nous prendre en charge, mais par diaspora interposée, comme s'il suffisait aux Haitiens de vivre au Canada pour, comme par miracle, disposer des vertus et des recettes du « sauvetage » d'Haiti. D'ailleurs, ces même Haitiens du Canada étaient censés produire pour nous un Plan de Développement, lequel Plan on n'a toujours pas vu. Quant aux Dominicains, des voisins et, par hypothèse des amis, c'est la régénération même de l'intégralité de la classe politique haitienne qu'ils entendent assumer, chez eux, à domicile, pour nous montrer l'exemple et pour, en quelque sorte, nous recycler. Mettre Haiti sous tutelle internationale est devenu un projet banal, qui ne suscite plus que protestations hypocrites et indignation sélective.

Une Nation en déclin

En 25 ans, le pays n'a connu aucune séquence durable de croissance économique. En 2002, le PIB per capita ne représentait plus que 61% de sa valeur de 1980. La base de ressources est insignifiante : le taux d'analphabétisme chez les adultes est de l'ordre de 50%. Le taux d'accroissement démographique est de près de 2% par an. La densité est de 278 habitants au Km2, la plus élevée parmi les pays à niveau comparable. Le taux de fertilité est de 4.3 enfants par femme. L'érosion et la déforestation procèdent à un rythme rapide. En 5 ans, entre 1990-95, Haiti a perdu 3.4% de sa couverture forestière, à comparer à 0.6% pour le reste de l'Amérique latine. L'aire nationalement protégée se situe à hauteur de seulement 0.4% de la surface totale, beaucoup plus bas que la moyenne de 6.2% de l'Amérique latine. À cause de la dégradation de l'environnement, nous sommes en grand danger d'épidémies de choléra et maladies diarrhéiques, surtout dans les zones urbaines à bas niveau de revenus. Les ressources en eau fraîche étaient, en 1998 de l'ordre de moins de 1.500 m3 par tête, à comparer à 27.000m3 en moyenne par tête pour le reste de l'Amérique latine, et 8.500m3 pour l'Afrique au Sud du Sahara. Toutes les 18 sources d'eau qui approvisionnent Port-au-Prince sont contaminées.

Les infrastructures sont déficientes. L'énergie électrique disponible est insuffisante à couvrir une demande, par ailleurs, limitée et elle s'accompagne de fréquentes interruptions, et de larges fluctuations de voltage. Il y a 8 lignes de téléphone pour 1000 habitants. Et elles ne marchent pas toujours. Les routes et les rues sont impassables, par tous temps, bons ou mauvais. Seuls 20% des routes pavées et 4% du reste du réseau routier sont plus ou moins bien entretenus. Seule la moitié des terres irrigables est irriguée. Les systèmes d'irrigation, insuffisants, sont mal entretenus. Les politiques économiques se sont, la plupart du temps, révélées malsaines et contre-productives.

Un peuple en désarroi

Face à l'adversité et confronté à l'irresponsabilité de ses dirigeants qui non seulement sont indifférents à ses malheurs mais parfois même, n'hésitent pas, quand il s'agit pour eux de régler leurs comptes, à réclamer contre le pays des sanctions économiques internationales dont il est le premier à souffrir, le peuple haitien n'a trouvé de recours que dans la fuite à l'étranger. Nous sommes près de 2.000.000 à l'étranger. Et il est acquis que parmi ceux encore en Haiti, 80% n'aspirent qu'à s'en aller à leur tour, une fois un visa obtenu, et souvent ils sont prêts à prendre, sans visa, les risques les plus insensés et à subir les humiliations les plus révoltantes. Qu'on en juge :

Le bâteau de la honte

Dans la nuit du 31 Décembre 2000, le monde entier, dans la joie, fêtait l'avènement du siècle nouveau. Les télévisions étaient partout présentes. A Rio, on dansait la Samba. Broadway pétaradait. La Tour Eiffel s'était remise à scintiller. Pour ce qui est de nous, l'image d'Haiti qui réapparaissait sur CNN, c'était celle d'un bateau de boat people haitiens à la dérive, en quête d'un port d'accueil. Quelle honte ! Plus récemment encore, le « Nassau Guardian » du 15 Mai 2003 rapportait que 317 illégaux Haitiens avaient été interceptés aux Bahamas. Ils seraient donc conduits au Centre de détention mais on leur ferait passer au préalable une visite médicale. Naturellement, ajoutait le journal : « les officiers sanitaires chargés de l'examen porteront des gants et des masques, au cas où ces Haitiens seraient infestés de quelque chose ».

D'autres, plus charitables que les Bahaméens, disent : « Ah vous autres les Haitiens (en aspirant l'h) vous êtes des gens bien courageux ». Propos compatissant, derrière lequel se cachent la gêne, et aussi l'impatience : « quand donc cesserez-vous vos querelles pour vous regarder en face et vous mettre à construire un pays que 80% de vos compatriotes n'aspireront plus à quitter à n'importe quel prix ? »

Un pays en décomposition

Il n'y a encore pas longtemps, la Banque Mondiale disait : « Haiti est un pays en décomposition ». En 1996, l'Ambassadeur Preeg nous considérait comme « un Etat qui a failli ». Pour Roger Noriega, Haiti est un Etat « paria ». De la tragédie d'Haiti, l'art, bien avant la politique, s'était emparé. Jetons un coup d'oeil sur les rayons : « Le dossier Haiti », « Une nation pathétique », « Les affres d'un défi », « Sortir du cauchemar », « Haiti ou la permanence du malheur », le tout résumé récemment par un journaliste étranger, d'un trait fataliste et désabusé : « Si le Christ s'est un jour arrêté à Port-au-Prince, il ne s'y est pas attardé bien longtemps... ». Quoiqu'on nous fasse, quelque camouflet qu'on nous inflige, nous ne réagissons plus. Tout se passe comme si notre réservoir de honte s'était épuisé.

La majorité de la classe politique sans plan et sans boussole

Chez nous, partis politiques et candidats à la présidence naissent et poussent comme cactus en savane désolée. Pour 2006, le CEP avait recensé une pléthore de candidats à la présidence et le nombre de partis était de plus de 100. Rares sont ceux des candidats et des partis qui avaient un plan, une vision, en d'autres termes, rares sont ceux qui avaient une bonne raison de faire de la politique et d'aspirer à diriger l'Etat. Quand, à la plupart des politiciens, on demande « pourquoi voulez-vous le pouvoir ? », la réponse, aussi indignée que spontanée, est « comment cela, pourquoi faire ? Mais, « pour prendre le pouvoir » Nous, on veut bien. Mais, une fois au pouvoir, que ferez-vous ? « Ah cela mon cher, on verra après. L'important, c'est le pouvoir ».

La faute aux Blancs ?

Pour expliquer nos malheurs et notre déchéance, nombreux sont les commentateurs qui font référence à l'histoire : destruction de la civilisation indigène par les Espagnols, esclavage et monoculture sucrière par les Français et, l'indépendance conquise, la charge du paiement de la dette, et aussi la longue trame de divisions internes tissées par les manoeuvres incessantes des puissances impérialistes.

En bref, la misère d'Haiti et des Haitiens, tout cela, ce serait la faute aux Blancs, ligués contre nous pour nous faire « payer » le prix de l'indépendance. À quoi nous, nous répondons « Après tout, pourquoi pas ? » L'indépendance d'Haiti n'a certainement pas été une bonne affaire pour tout le monde. Par contre, ce que nous disons, c'est : « Manoeuvres des Blancs ou pas- cela fait 200 ans. 200 ans, c'est long et le bilan est maigre. Comment donc se fait-il qu'en 200 ans, nous autres Haitiens, n'ayons pas trouvé la parade ? Quand donc comprendrons-nous qu'une indépendance est faite pour être assumée ? La vérité est que notre classe politique, dans sa grande majorité, ne s'est pas montrée à la hauteur des défis de l'indépendance.

Le pouvoir : le temps des privilèges

L'élite politique haitienne est donc, dans sa grande majorité, dysfonctionnelle. Pour cette élite politique, le pouvoir n'est pas un lieu de responsabilité mais le temps des privilèges. L'élite politique haitienne est comme le chauffeur qui s'installe au volant sans se préoccuper de savoir si les pneus sont gonflés, le réservoir d'essence rempli et le moteur en règle. Quand on ne va nulle part, ou plutôt, quand la direction qu'on prend n'a pas d'importance mais au contraire quand seul compte le fait d'être au volant, se préoccuper de l'état de la machine et rechercher comment en améliorer le fonctionnement devient une préoccupation tout à fait superflue.

Mais il y a plus grave : les gens qui n'ont pas de plan n'ont, en réalité, pas non plus de comptes à rendre. Dès lors qu'ils n'ont rien promis, à quelle aune jugerez-vous de leur réussite ou de leur échec ? Dans l'absence de plan et de vision de la majorité de la partie de la classe politique, il y a, essentiellement, un manque de respect pour le peuple haitien, une méconnaissance totale de la nature et des implications de la détention du pouvoir politique et un danger permanent pour la démocratie dès lors que, sans plan et sans boussole, c'est à coups de slogans populistes que les acteurs, une fois au pouvoir, prétendront régler des problèmes compliqués.

B. Une conjoncture politique pleine d'aléas

La conjoncture politique est pleine d'aléas. Si l'élection de René Garcia Préval à la Présidence s'est accompagnée d'une relative accalmie au plan des kidnappings, des assassinats et de l'insécurité, nul ne peut prévoir comment évolueront -pour habiles qu'ils soient- les compromis et les alliances politiques qui expliqueraient cette accalmie. Les rumeurs d'alliance contre nature qui circulent dans la ville sont-elles fondées ? Si oui, sur quelle base ces alliances ont-elles été négociées ? Serait-ce sur un amalgame d'intérêts de circonstance ? Ou bien sur la base d'une appréciation concertée et responsable de l'aspiration à la paix du pays tout entier ? Dans le second cas, il convient d'applaudir et de respirer. Dans le premier, nous frisons chaque jour la catastrophe.

La Minustah à bon droit satisfaite

Pour sa part, la Minustah, à bon droit satisfaite de son bilan et de la sortie de la transition par la voie d'élection aux résultats incontestés, va entrer dans une zone d'action a priori plus paisible, à base de renforcement de la police et de la justice. Toutefois les ennemis de la démocratie et d'une société débarrassée du trafic de la drogue n'ont pas désarmé. Ces temps-ci, on assassine des policiers. N'est-ce pas un comble ? Parallèlement des groupes influents demandent la restauration de l'Armée, au nom du maintien de l'ordre. D'autres groupes ne veulent plus de l'Armée. Mais derrière ce désaccord, ce qui est en cause, c'est la recherche, par certains groupes sociaux, d'une protection et d'une garantie contre l'irruption des masses dans la politique. Et la querelle ne se résoudra pas si chacun fait semblant de ne pas comprendre les enjeux d'un côté comme de l'autre.

Et puis, bien sûr, il y a Jean-Bertrand Aristide. Beaucoup de gens espèrent pouvoir le garder en dehors du pays le plus longtemps possible. En supposant qu'ils y parviennent, le problème que pose Aristide n'en sera pas résolu pour autant, car le fond du problème que pose Aristide, c'est l'aspiration des masses à sortir de la misère, de la marginalisation et à voir mettre un terme à la persistance d'une société dans laquelle 5% de la population s'approprient, sans gêne et sans remords, 50% de la richesse nationale. Vis-à-vis des masses, Aristide n'a pas rempli son contrat. Ceci est son affaire. Mais Aristide demeure, qu'on le veuille ou non, le symbole des frustrations et l'expression la plus convaincante des sentiments dont se nourrissent les divisions et les soifs de revanche. De ce défi-là, on ne viendra pas à bout avec des artifices politiciens, encore moins par des combines avec les affairistes, mais par la prise en compte effective et sincère de l'attente des masses pour une société plus décente et plus solidaire et moins scandaleusement injuste.

Un gouvernement multiparti à base de loyauté personnelle et de technocratie

Sur le plan des structures politiques, la formule actuelle de gouvernement multiparti, mâtiné de technocratie et d'allégeance personnelle au Chef de l'Etat est nouvelle. Elle sera testée par l'expérience. Ce qu'on peut déjà prévoir, toutefois, c'est que, faute d'un accord politique préalable sur des objectifs précis, les intérêts des partis risquent de passer avant le souci de la cohésion gouvernementale et, au Parlement, la discipline des partis tendra à s'effacer devant les intérêts des parlementaires et de leur électorat.

Un autre problème de la conjoncture est celui de la Constitution. Existe-t-il une majorité pour changer la Constitution ? Si oui, pourquoi, dans quel sens et selon quelle formule ? Si on la change, comment éviter d'ouvrir la boîte de Pandore et d'exposer la Nation à de nouveaux tumultes ? Et puis, pour finir, quel genre de Président sera René Garcia Préval ? Aristide ? Probablement pas. Boniface ? Non, évidemment. Alors, une combinaison des deux ou une formule inconnue ?

Un troisième trait marquant de la conjoncture sera, sur le plan de l'économie, la nécessité de faire coincider l'intention déclarée de la communauté internationale de nous venir en aide et le besoin de stabilisation macro économique et de bonne gouvernance.

C. Un agenda économique à quatre défis

Si la conjoncture politique est pleine d'aléas, la conjoncture économique, pour sa part, est pleine de défis. Entre la date de son élection et aujourd'hui, le Président René Préval a volé de pays en pays et de victoires en victoires. Pas une fois, dans toute l'histoire de cette génération on n'a vu la communauté internationale accueillir un Président d'Haiti avec l'empressement, la sympathie, l'enthousiasme, et même - pourquoi ne pas le dire - l'affection dont elle a entouré René Garcia Préval. À New York, le Conseil de Sécurité lui a garanti le maintien de la Minustah. À la Banque Mondiale, il est question d'une enveloppe de $137 millions, à la BID, de $554 millions, à la SFI, d'un prêt de 15 millions au secteur privé, au PNUD d'un vaste programme de projets à haute visibilité, générateurs d'emplois, à l'Union Européenne de 223 millions d'euros à quoi s'ajouteront naturellement les aides bilatérales traditionnelles, USA, France, Canada notamment sans oublier l'Accord Petro Caribe avec le Venezuela et l'Accord de San Jose avec le Mexique et le Venezuela sur le financement d'une partie des coûts des importations des produits pétroliers.

Toutefois, ces bonnes intentions doivent s'apprécier au regard des projections recommandées à Brasilia le 23 Mai 2006 par le représentant du Fonds Monétaire International, à savoir ; un certain nombre de facteurs liés à la nécessité du maintien d'un cadre macro économique stable. Nous en voyons quatre :

. une croissance du PIB réel à 4%
. un financement monétaire zéro du déficit
. un taux d'inflation de 8%
. des réserves internationales atteignant au moins l'équivalent de sept semaines d'importations à fin Septembre 2007.

Nous sommes tout à fait d'accord avec la nécessité et même la possibilité d'une reconstitution des réserves à hauteur de sept semaines d'importations. Par contre, nous pensons qu'une projection de croissance à 4% par an d'ici 2001, est anormalement ambitieuse, qu'un financement monétaire zéro du déficit est déraisonnable et qu'un taux d'inflation de 8% sur la période est irréaliste.

Ne point perdre de vue ce qui est l'essentiel.

À lire, à entendre les commentaires de la plupart de nos responsables politiques, on recueille l'impression que, pour eux, l'essentiel de la politique économique se résume à la question de savoir combien d'argent les donateurs donneront à Haiti. Ces responsables s'épuisent en commentaires sur l'interprétation à donner aux résultats de la plus récente conférence des donateurs ou spéculent sur ce qu'il faut attendre de la prochaine. Et chacun y va de ses petits milliards. De toute évidence, on se trompe sur l'essentiel. L'essentiel est -et demeure- la question de savoir de combien nous allons réduire le nombre de pauvres sur les 4-5 prochaines années, en d'autres termes, de combien nous allons augmenter le Produit Intérieur Brut et comment nous entendons en répartir le montant entre tous les Haitiens. Or, le vrai débat, le débat sur la croissance, est complètement ignoré. Le gouvernement table sur une croissance de 4% par an. Supposons un instant, pour être optimiste, que le gouvernement ait raison et que la croissance sera de 4%. De combien, avec 4% de croissance, aurons-nous réduit la pauvreté ?

Compte tenu d'un taux d'accroissement de la population d'environ 2% par an, d'un taux d'inflation qui sera vraisemblablement plus proche de celui des pays d'après conflit (davantage que 10%) que ne l'est celui projeté par le gouvernement, l'augmentation du revenu réel par tête (en partant d'une base de $461 en 2002) qui résulterait d'une croissance de 4% serait insignifiante d'autant, le fait est bien connu, que le revenu est inégalitairement distribué.

Conclusion : dégager nos propres ressources

Or, il est déjà clair que, ressources du secteur public et ressources extérieures combinées, le montant total d'investissements en capital envisagé pour la période s'établit à hauteur d'une moyenne qui ne dépasse jamais 8%, ce qui nous situe très loin du minimum de 14% d'investissements/PIB qui aurait été nécessaire, rien que pour maintenir le stock de capital existant. Le recours au financement monétaire étant exclu, les dépenses de fonctionnement de l'Etat ayant été fixées à un niveau qu'on doit considérer comme incompressible (moins de 10% du PIB) et le secteur privé paralysé par l'insécurité, l'Etat doit donc considérablement relever sa part des dépenses d'investissements s'il veut augmenter le capital disponible pour chaque Haitien, améliorer la productivité, augmenter l'emploi et réduire la pauvreté. Il convient donc de procéder à une remise en cause radicale de l'attitude actuelle d'attente indéfinie du miracle de l'aide étrangère et que l'Etat, en Haiti, dégage les ressources nécessaires à la formation de capital et à la croissance.


A vous tous, je souhaite la meilleure année possible en 2008.


Marc L. Bazin
Président MIDH

Post Reply